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Kurosawa
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4,0
Publiée le 12 mai 2018
"La jetée" est l'histoire d'une image restée en mémoire; tout comme son personnage, le film est hanté par l'image, au point d'en rendre fixe tous ses plans – ou plutôt ses photos – accompagnés par une voix-off envoûtante qui laisse transparaître le mystère et la terreur. Moins construit comme un film de science-fiction que comme un film d'horreur, "La jetée" est gagnée par la peur, celle des réminiscences de la Seconde guerre mondiale et autres expériences scientifiques ignobles qui font de ses cobayes des esclaves. Même si le voyage dans le temps est contrôlé par ces inquiétants médecins, il est aussi synonyme d'escapade pour un homme qui devient amoureux d'une femme qui l'a longtemps obsédé; toutefois, soumis à la puissance étouffante de ceux qui le manipulent, il comprend in extremis l'image traumatisante de son enfance mais aussi que son voyage n'était en fait qu'un programme lié à une révélation funèbre et tragique, l'inverse total de son rêve sentimental.
16 201 abonnés
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4,0
Publiée le 28 février 2010
Film vertigineux, difficile et insoutenable, "La jetèe" rèussit le miracle de nous faire pènètrer de plain-pied dans un monde tout ensemble absolument familier et complètement ètranger! Nous sommes en une èpoque de survie souterraine, dont on sent qu'elle prèlude à la fin de toute vie! Un monde où les hommes dont les yeux se dissimulent derrière de terrifiantes lunettes (sans la lumière du regard, l'image d'un homme est dèjà morte) n'ont pas non plus le choix: tout se chuchote! Ces chuchotements sont d'ailleurs le plus souvent incomprèhensibles au spectateur! Ces hommes sans voix et sans regard se penchent sur une crèature humaine infiniment prècieuse, car une image de son passè (d'enfant) l'obsède, l'image d'une femme, le souvenir sans doute d'un amour! Les savants de cette civilisation en voie d'extinction tentent de sauver ce qui reste de l'humanitè en renvoyant cet homme dans son passè! Doit-il rapporter la vie ? Cela n'est pas dit! On sent seulement que cette continuitè rètablie est essentielle! L'effort auquel est soumis l'homme "cobaye" est plus qu'èprouvant, douloureux! Chaque fois qu'une image revient de son passè, Chris Marker la bloque, l'immobilise et, par ce coup de poignard de l'immobilitè, nous fait ressentir la souffrance et la violence! Procèdè absolument nouveau en 1963, date de sortie de ce moyen-mètrage! "La jetèe", c'est une sorte de "photo roman", les images sont fixes! Mais elles èclatent par leur insoutenable violence! L'homme voit son passè, fût-ce par èclairs seulement! il le revit en quelque sorte! On l'envoie aussi vers le futur, d'où il revient, porteur du salut! Mais il revient à son obsèdant passè! Enfant sur cette jetèe, il avait dèjà vu sa mort! "La jetèe", c'est aussi une poignante histoire d'amour, sur le bonheur et sur la paix...
Un jour, elle se penche sur lui. Un jour, il lui raconte le passé. Un jour, il se souvient du futur. Perdus dans une réalité rêvée, l'homme et la femme s'apprivoisent, s'aiment et rient. Logé dans un hamac, l'homme, l'expérience, l'instrument, tel un rat de laboratoire condamné, se souvient. D'une femme, sur une Jetée, figure récurante qui l'aidera à explorer le passé et ses merveilles de simplicité. Une chambre baignée de lumière, un bain de soleil glacé, une promenade au parc, l'homme, malgré la fatigue du voyage, répond à son sourire et lui tient la main. Lentement, les chuchotements d'outre tombe sont remplacés par d'innombrables pépiements d'oiseaux, la Grâce se pose alors naturellement sur l'épaule des personnage en quelques clignements d'yeux. Parfois, au détour d'une photo, le rythme s'accélère, les images défilent plus vite, les transitions frappent en plein coeur,Marker nous invite nous aussi, à faire partie de ce voyage dans le Temps.
Vvvvoui.... Les photos sont belles et le montage intelligent. Le scénario est fort bien ficelé et la musique très bien choisie. Il se dégage de «La jetée» (1962) une réelle poésie, et cela avec une économie de moyens assez féroce. Le moment où le film abandonne les plans fixes pour s'animer, alors que la jeune femme s'éveille au chant des oiseaux, est particulièrement touchant. Mais tout cela demeure quand même un peu sommaire. Je peine à trouver les profondeurs insondables censées me transporter au dixième ciel. Peut-être mon bathyscaphe n'est-il pas adéquatement paré pour sonder les abysses intellectuels de monsieur Marker? À tout hasard, je demanderai au professeur Tournesol de m'en concevoir un qui soit plus performant.
Un film de science-fiction réalisé uniquement en diaporama noir et blanc, avec une voix-off et de la musique, ça vous tente ? Rassurez-vous l’œuvre est magnifique et ne dure qu’une petite demi-heure tout en constituant un des plus beaux diaporamas que vous pourrez voir. Les photographies sont superbes, le narrateur très adapté à la situation et la musique crée une ambiance certaine. Le scénario, très bien trouvé, parle du temps, des souvenirs et de la mort avec des influences du Vertigo d’Hitchcock. D’ailleurs Terry Gilliam s’inspira largement de Vertigo et surtout de La Jetée pour son Armée des Douze Singes. La Jetée est donc un petit bijou à découvrir dès que possible.
L'unique fiction de Chris Marker n'est pas son meilleur film, loin s'en faut. Malgré le fait que La Jetée soit plastiquement superbe et scénaristiquement incomparable, j'ai peine à penser qu'il s'agisse d'un chef d'oeuvre de la science-fiction. Le réalisateur nous propose un dispositif jusqu'alors inexploité dans le cinéma français de l'époque ( le film date de 1962 ): un montage photographique commenté par une voix off ( mais le problème ne vient pas de là ). Le défaut majeur : ce court métrage n'aurait pas dû en être un. A mon sens, La Jetée aurait été un excellent film s'il avait été beaucoup plus long. Le propos est riche mais paradoxalement trop peu approfondi. J'aurais aimé un développement plus conséquent, ainsi qu'une psychologie des personnages plus fouillée ( au reste, les personnages de La Jetée sont schématisés et sont réduits à leur fonction narrative, à l'instar d'outils...). Cela dit, le film de Marker est respectable d'un point de vue philosophique ( c'est pourquoi je parle d'un propos riche ). Il faut voir cette oeuvre succinte comme le pilote de L'armée des 12 Singes, chef d'oeuvre dans lequel les thèmes de La Jetée sont traités jusqu'à leur aboutissement. Original, beau, inclassable...Mais trop bref.
Une oeuvre avant-gardiste et d'une noirceur encore jamais égalée pour un court métrage. Sur grand écran ça doit être sensationnel. Je trouve l'idée audacieuse : faire un court métrage de science-fiction, à base de photographies défilants en noir et blanc (à l’éclairage savamment travaillé), et, servi par la présence d'un narrateur ; narrateur nous faisant transporter, dans ce récit singulier, par les mots qu'il emploie. Les photos sont sublimes, c'est comme si elles étaient en mouvement par moment. Elles font appel au rêve, au souvenir. En l'espace de 28 minutes, le temps semble s'arrêter devant ce défilé d'images sombres, troublantes, poétiques, mystérieuses, angoissantes, et montrant un monde post-apocalyptique, sous l'imagination de Chris Marker (l'homme à tout faire dans le monde de la presse et du spectacle).
Un film extraordinaire au scénario redoutable et à la mécanique très particulière. Chris Marker réalise ici un court-métrage mythique, une œuvre fondatrice de la science-fiction moderne,un monument de cinéma. La mise en scène repose sur un système de "roman-photo" : des images qui s'enchaînent sur un fond de voix off pour raconter l'histoire. Cela crée une certaine froideur et une impression d'extrême réalisme, assez bizarrement.Sans parvenir à saisir ce futur apocalyptique de façon précise, on en ressent parfaitement l'essence, et on est bouleversé par cette histoire diablement bien ficelé aux personnages à la fois désincarnés et si touchants. Un grand moment de cinéma.
Amour : image urbaine de l’amour détruit et image humaine de l’amour retrouvé, ramené à la vie par la magie du cinéma. Exil : à la fois ancré dans un territoire défini – la fameuse jetée – et projeté dans le chaos temporel, le héros est ce fugitif qui s’engouffre dans une mémoire pour tenter d’y recouvrer l’image natale dont il a été écarté. Mémoire : matière du voyage. Musée : conservatoire de l’identité animalière où les deux personnages déambulent comme étrangers et pourtant familiers des créatures qu’ils connurent jadis. Photographie : support à la fusion du passé, du présent et du futur dans la création d’un même sens. Sous-terrain : concentration des maux, chambre noire où naît l’image, espaces d’archives. Vertige : image à reconquérir. Hitchcock imprègne la quête ; l’héroïne se fait Madeleine galvanisée donc anti-proustienne.
Je suis un peu (beaucoup ?) passé à côté de "La Jetée" lors de mon premier visionnage, il y a près de 15 ans. La cause : j'avais découvert le "12 Monkeys" de Terry Gilliam peu avant. Qui est un quasi remake de "La Jetée", au scénario forcément plus élaboré (2h09 contre 28 minutes !). Or, le moyen-métrage de Chris Marker mérite beaucoup mieux que d'être considéré comme un brouillon du film de Terry Gilliam. Déjà, sur la forme, "La Jetée" a réussi malgré les décennies à garder son statut de film expérimental. Puisqu'il s'agit d'un roman photo en noir & blanc, sans vrai dialogue. Tout nous est conté par une voix off caverneuse, et par les expressions des acteurs photographiés. Ensuite, en tant qu'oeuvre de SF, le film parvient à aborder des thématiques passionnantes malgré sa durée modérée. On y parle 3ème guerre mondiale, expérimentations sur des prisonniers, voyage dans le temps... Mais c'est aussi et surtout un film sur la mémoire. En effet c'est la mémoire forte d'un moment violent, vu alors qu'il était enfant, qui permet à notre héros de se détacher de la masse pour voyager dans le temps... et de (re)découvrir le monde pré-apocalypse. Une idée poétique, qui sera élaborée jusqu'à un twist final fataliste devenu célèbre. Et qui s'accorde parfaitement sur le fond avec la forme de roman photo, succession d'instants immortalisés. Avec en prime une jolie BO (musique religieuse !), et de très belles photographie. Où les ombres et les visages inquiétants, bien que minimalistes, sont parfaitement convaincants pour communiquer l'horreur d'un monde post-apocalyptique. Pour l'anecdote, "la Jetée" s'inspire doucement de "Vertigo" par quelques plans, dont celui du séquoia découpé affichant des repères temporels. Terry Gilliam honorera cette référence, projetant quelques images de "Vertigo" dans "12 Monkeys". La boucle (temporelle ?) est bouclée !
Connaissant (et adorant) le remake de ce film, L'armée des douze singes, je m'attendais à ce que La jetée ne soit qu'une esquisse de celui-ci... Quelle ne fût pas ma surprise de tomber sur un roman-photo, sorte de compromis entre le cinéma et la littérature. Pour ceux qui ne voient pas ce que c'est, c'est comme si on vous racontais une histoire à partir de vieilles photos qui illustrent cette histoire. Au niveau de l'univers, rien à dire, c'est exrrêmement inventif. Je comprends ce qui a pu séduire Gilliam dans celui-ci. D'ailleurs, au final, les deux films, mis à part pour les gros contours de l'intrigue, ne se ressemblent pas du tout : le narration et les images apportent à La jetée un côté très lyrique, là où L'armée des douze singes est bien plus barré, bien plus axé sur la folie (la Jetée s'axe sur le rêve), et bien plus élaboré au niveau de l'intrigue, ce qui est normal avec 1h30 en plus. Pour en revenir à La jetée, c'est un court-métrage remarquablement immersif (performance d'autant plus remarquable que l'imagerie du film n'est faite que de photos), sombre et désespéré. Même si personnellement je préfère L'armée des douze singes (selon moi plus élaboré, plus fou, plus immersif et forcément plus adapté au public actuel), j'ai pris plaisir à découvrir ce court-métrage pessimiste et poétique.
Tout a déjà été dit sur ce court-métrage exceptionnel qui est un pur bijou de SF poétique. Le recours aux images fixes est une idée brillante et l’histoire, condensée en 28 petites minutes bien trop courtes, est tout bonnement géniale. Elle comporte des éléments universels tel que le passage du temps, l’inscription de l’homme dans ce flux temporel, la peur de la destruction de l’humanité, mais aussi l’amour qui se révèle indissociable de la mort dans un final grandiose qui laisse sur les rotules. Il est absolument nécessaire de voir et revoir ce petit bijou pour tous les amoureux de SF, mais aussi pour ceux qui aiment se retrouver face à de la poésie brute. Assurément l’un des plus beaux court-métrage de l’histoire du cinéma.
Persistance rétinienne et persistance du souvenir : Il est donc question du visage d’une femme. Ou plutôt de l’image d’un visage. "Photographié" juste avant le tumulte. Entre "les avions en partance" (cette réplique est pour moi inoubliable), les coups de feu, la foule dominicale venue assister aux départs des avions sur "le décor planté de la jetée" ; et surtout juste avant la guerre. Une image de visage donc, gravée dans la mémoire du personnage (alors enfant), et destinée, comme toutes les images de visage, à subir les inévitables dommages du temps : les transformations, les petits arrangements avec la réalité des traits, un visage qui va se mélanger aux mille autres rencontrés par après. Mais cette image, notre héros va s’y accrocher éperdument. Comme à un souvenir arraché à la vie en temps de paix. Magie du cinéma, cette image se fait femme, telle que dans le souvenir - vertigo véritable, parfaitement illustré par l’unique plan filmé ! Se projettera sur elle tous les désirs : salut de l’humanité, amour, réparation du passé, espoir d’un avenir meilleur. Tant et si bien qu’elle poursuivra le héros jusque dans sa mort, dans un final vertigineux où passé, présent et futur s’entrechoquent, où la femme redeviendra image et où l’on se demande encore si cette image est le visage de l’amour ou celui de la mort - Eros et Thanatos sous les mêmes traits. En voilà une belle allégorie pour nous autres cinéphiles, friands (parfois jusqu’à l’excès) d’images de toutes sortes, allant jusqu’à s’en marquer l’esprit au fer rouge des visionnages et revisionnages "pour ne pas qu’elles s’échappent" - et Chris Marker savait bien de quoi il parlait, lui qui dit avoir vu Vertigo 19 fois dans Sans soleil. Des images dont on aime tant se nourrir et qui nous poursuivront peut-être (sûrement), nous aussi, jusqu’à la mort ? Enfin, là où cette "impression" de l’image dans l’esprit prend tout son sens, c’est que tout le film (enfin presque tout) est composé d’images fixes. Et c’est dans cette étrange fixité, si peu habituelle au cinéma, que l'image va s’imprimer, se figer dans la mémoire avec tant de force. Quel affront au 7ème art, quand on y pense, qui s'est construit sur l'illusion du mouvement. Comme ce film est puissant.
On est obligé de dire que c'est bien ? On ne peut pas regarder les choses en face et admettre que si Chris Marker a parfois réussi de beaux essais, celui-ci (le plus reconnu) est d'un ennui à faire se suicider les morts ? Franchement, vous aimez, vous, les romans-photos ? Ca vous intéresse ces trucs-là ? Ca vous prend des fois de regretter ce type d'âneries qu'on trouvait dans les journaux il y a quelques décennies ? Vraiment ? Parce que moi... Que Marker ait fait quelque chose qui se différenciait des spectacles de masse, je veux bien ; mais enfin, ce n'est pas une raison pour s'extasier dessus. Andy Warhol avait bien filmé un mec en train de dormir. Cool... A quoi ça rime ? A quoi ça rime de commenter des images qui n'ont en soi rien d'exceptionnel ? A quoi ça rime de faire une histoire avec ses photos de vacances ? On est dans une séance diapo là ? Qui plus est pour raconter des âneries dont on se fiche éperdument... Forcément, quand c'est prétentieux, que ça se prend au sérieux mais que ce n'est pas crédible, t'as du mal à t'y attacher à tes personnages et à ce qui leur arrive ! Et puis, t'as cette impression très bizarre et non moins désagréable d'être face à une sorte d'artiste fumeux qui se croit poète, que dis-je philosophe en nous déversant tout un tas de salade... Sorte de rencontre entre BHL et le mec chiant de ta famille qui te repasse en boucle l'album-photo de ses voyages. C'est vrai, Marker était en avance sur son temps, il avait anticipé l'utilisation de la musique pour ce type d'événements ; aujourd'hui, avec powerpoint, t'as toujours le même crétin dont je parlais qui te refait le même speech en te rajoutant un truc très solennel, très grandiose, très pédant aussi pour te montrer que lui en plus est cultivé. Mais au final, il te pompe l'air... Ben là, c'est pareil sauf que ça s'appelle "La Jetée", que c'est signé Chris Merker et que du coup, on est obligé de le considérer comme partie intégrante de notre patrimoine culturel. Je t'en foutrais...