J’y allais avec une vraie envie d’aimer, parce que sur le papier il y avait tout pour faire une grosse comédie populaire : un film centré sur les Dalton, l’univers de Lucky Luke, Éric et Ramzy en tête d’affiche, Philippe Haïm à la réalisation, un casting de seconds rôles français impressionnant, et un format court (1h26) qui aurait dû aller droit au but. Le problème, c’est que presque tout ce qui devait être une force devient ici une limite. On sent l’ambition industrielle, mais jamais la bonne idée de cinéma qui relie les morceaux.
Ce qui me gêne le plus, ce n’est même pas que le film soit “bête” (les Dalton peuvent l’être, et c’est même le principe), c’est qu’il confond souvent bêtise comique et agitation. Dans la BD, les Dalton sont des silhouettes très simples mais ultra précises, avec un sens du rythme, de la caricature et du contretemps. Ici, tout est surligné : les grimaces, les cris, les gags, les intentions. À force de pousser chaque scène, le film finit par s’aplatir. On n’a ni la sécheresse drôle d’un vrai western parodique, ni la folie absurde d’une grande comédie assumée.
Le scénario donne surtout l’impression d’étirer un postulat qui tient en quelques lignes : les frères Dalton veulent prouver quelque chose à leur mère, se lancent dans une quête de braquage, croisent Lucky Luke, et toute la mécanique tourne autour de ça. C’est exactement le genre de base qui peut marcher si la mise en scène invente sans arrêt, mais ici la progression paraît répétitive, et les séquences s’enchaînent comme des sketches inégaux plutôt que comme un film qui monte en puissance. Le fameux sombrero “magique” (qui est dans le pitch officiel) cristallise bien le souci : une idée potentiellement cartoon, mais exploitée de façon lourde, jamais vraiment inspirée.
Éric et Ramzy, que j’aime beaucoup par ailleurs, semblent prisonniers d’un dosage impossible. Éric force énormément la nervosité de Joe, Ramzy s’en sort un peu mieux parce que son inertie naturelle colle davantage à Averell, mais aucun des deux ne trouve un vrai terrain de jeu durable. Le film les utilise plus comme des “signatures” que comme des personnages. Et c’est frustrant, parce qu’autour d’eux il y a de vrais visages de comédie (Marthe Villalonga, Élie Semoun, Kad Merad, Michel Muller, etc.) qui auraient pu nourrir un chaos jubilatoire ; au lieu de ça, tout le monde semble cantonné à des apparitions ou des effets ponctuels. Même Lucky Luke, pourtant figure centrale de l’imaginaire d’origine, paraît davantage fonctionnel qu’iconique.
Visuellement, il y a bien quelques idées de couleurs, de costumes et de décors qui rappellent qu’on a voulu faire “grand”, mais le rendu reste souvent criard et sans souffle. Ça coûte cher, ça se voit parfois, mais ça ne fait pas cinéma pour autant. Et c’est peut-être ça le plus dur : le film a été lancé comme une vraie grosse production (budget d’environ 26 M€, gros démarrage, presque 2 millions d’entrées au final en France), donc la sensation de raté ne vient pas d’un petit film bricolé, elle vient d’un projet qui avait largement les moyens de réussir et qui passe à côté de sa promesse.
Avec le recul, je trouve même assez parlant que Michel Hazanavicius, crédité à l’adaptation/scénario sur le film, ait ensuite parlé des Dalton comme d’un de ses “boulets” et ait dit, en substance, que le film était raté : ça résume exactement ce qu’on ressent devant l’écran, à savoir le décalage entre ce qu’on devine du potentiel initial et le résultat final. Ce n’est pas un nanar fascinant, ce n’est pas une catastrophe drôle, ce n’est pas non plus un simple film pour enfants “inoffensif” : c’est surtout une adaptation sans élan, sans ton, sans vraie invention, qui fatigue beaucoup plus qu’elle n’amuse. Il reste deux ou trois mimiques, quelques têtes, une poignée d’idées visuelles, mais franchement, pour un univers pareil, c’est une immense occasion manquée.