Très classes avec leurs costumes noirs et leurs lunettes de la même couleur, deux agents du FBI débarquent dans une petite ville perdue au beau milieu de la campagne américaine, pour enquêter sur un quadruple meurtre. Face à eux, trois témoins (les seuls rescapés du drame en fait). Aucun d’eux n’a tout vu, et chacun ment un peu, beaucoup ou pas tellement, en proposant à leurs interlocuteurs une version différente de l’histoire que leur fait vivre Jennifer Lynch. De retour derrière la caméra, quinze ans après “Boxing Helena”, la réalisatrice n’oublie d’abord pas de rappeler qu’elle est bien la fille de David, en prenant deux acteurs vus chez son père (Julia Ormond et Bill Pullman, respectivement à l’affiche de “Inland Empire” et “Lost Highway”), un point de départ semblable à celui de “Twin Peaks”, et une scène d’ouverture qui rappelle certaines de ses fulgurances esthétiques. Mais passé ce clin-d’œil familial, elle lorgne nettement moins vers le cinéma de papa que vers “Rashomon” de Kurosawa, au cours d’une première partie ennuyeuse, et où l’accolage des récits n’a finalement qu’une fonction décorative, ce que ne contredit pas le recours à trois types de photos, selon le point de vue que l’on suit. Cependant, un doute finit par s’installer, quant à la part de vérité que chacun détient, tant les personnages (enquêteurs comme témoins) semblent bizarres. Un sentiment que vient confirmer la seconde moitié de “Surveillance”, quand le film s’extirpe de sa mollesse pour glisser vers la violence et l’amoralité, suite à un coup de théâtre malin qui nous emmène tout droit vers un dénouement jubilatoire, malgré une forte proximité avec le grand-guignolesque. Certes, le long métrage n’atteint pas pour autant les sommets qu’a souvent côtoyés son père, mais il contient finalement assez pour faire de Jennifer Lynch une artiste à… surveiller.