Almodóvar a souvent joué avec le chaos, la couleur, l'excès. Ses films précédents débordaient d'une énergie presque punk, une façon de tout mettre sur la table et de voir ce qui tenait. Ici, il garde ses ingrédients de toujours, cette galerie de femmes fracassées et magnifiques, ses situations limite, son goût pour le mélodrame à vif, mais quelque chose a changé dans la façon dont il les regarde. Il les tient avec plus de douceur, presque avec révérence. Comme si le cinéaste avait décidé, pour une fois, de ne plus agiter ses personnages mais de les laisser exister.
"Tout sur ma mère" est peut-être le film où il réussit le mieux à faire tenir ensemble le rire et les larmes, l'intime et le théâtral, sans que l'un écrase l'autre. Le récit oscille entre le drame le plus nu et une légèreté qui n'a rien de superficiel, portée par des dialogues qui sonnent juste à chaque réplique, et par des actrices qui semblent se dépasser mutuellement de scène en scène. Cecilia Roth, Marisa Paredes, Antonia San Juan, Penélope Cruz : elles composent ensemble quelque chose qui ressemble à un chœur, une chorale de la vie ordinaire et extraordinaire à la fois.
Le film avance comme un chant collectif sur ce que la vie fait aux gens : elle use, elle blesse, elle emporte, et pourtant elle se transmet. Almodóvar revisite son propre cinéma et son propre passé sans que pointe la moindre complaisance nostalgique. Juste un regard sincère et immense sur les choses qui ont été, qu'on ne regrette pas, mais qu'on aime encore. Peut-être son œuvre la plus accomplie.