De Verhoeven je connaissais surtout les films de sa période américaine, et je me suis donc lancé dans le visionnage de Turkish Delices, sans d’ailleurs avoir beaucoup d’attentes. J’ai eu la surprise d’un excellent métrage. 1er gros point, l’interprétation. Elle repose avant tout sur le duo Van de Ven, Hauer, et tout deux sont exceptionnels. Hauer trouve là un premier vrai rôle dans lequel il se montre impressionnant de précision, de charisme, dans un travail de composition pourtant complexe, son personnage étant réellement consistant et passant par des émotions nombreuses, pas toujours simples à rendre. Face à lui van de Ven est non moins convaincante, formant avec Hauer un couple magistral que l’on suit avec un réel intérêt. Autour d’eux aucuns acteurs connus. Si quelques seconds rôles sont moins percutants, pour ma part j’ai trouvé que l’interprétation était tout à fait à la hauteur. Deuxième point, le scénario. Franchement on pouvait craindre le pire, avec un synopsis basique, vu mille fois. Pourtant Verhoeven transcende celui-ci. A la fois film seventies par excellence, il est aussi curieusement très actuel, et développe son histoire avec intelligence. Si Turkish Delices est bien dans le style Verhoeven, sans concession, brut, il n’est pas pour autant caricatural, simpliste en amenant son propos de façon balourde. J’ai même trouvé le film souvent d’une grande poésie, imprégné de mélancolie. Passant par toute la gamme des sentiments humains, Turkish Delices est une merveille de ce point de vue, et la conclusion est remarquable. Jamais ennuyeux, teinté d’humour parfois, d’une grande noirceur d’autres fois, c’est un tourbillon lyrique assez fascinant. Sur la forme, il n’y a pas énormément à redire, surtout par rapport au faible budget du métrage. La mise en scène de Verhoeven est solide. Elle ne trouve pas encore pleinement son aboutissement, et est parfois un peu raide et manque de variété et de précision, notamment dans la manière de filmer les scènes érotiques. C’est néanmoins convaincant. La photographie est soignée. Jan de Bont est dans le coup, et délivre souvent un travail sobre, utilisant la lumière naturelle avec justesse, et d’autres fois un travail plus plastique, usant d’éclairages artificielles très violent, notamment lors d’une séquence de repas dominée par un rouge que n’aurait pas renié Argento ! On sent une recherche esthétique, que l’équipe du film s’est bougé pour cela, et c’est une intention qui non seulement et louable, mais ici a largement payé. Les décors sont assez restreints, mais compte tenu du budget, c’est honnête. Enfin la bande son est magnifique. C’est une pure merveille qui mériterait vraiment de figurer dans les musiques de légende car elle baigne le film d’une aura envoutant. Elle lui donne vraiment son atmosphère mélancolique. Pour conclure, je conseille indéniablement Turkish Delices. C’est un très beau film, d’une poésie un peu désespérée, souvent triste et pourtant traversé de moments légers, et souvent d’une grande fraicheur. Il y a des scènes absolument magnifiques (notamment sur une plage). Certes étiqueté années 70, on passe très vite sur cet aspect pour se concentrer sur les sentiments dégagés. Certes les scènes érotiques pourront rebuter un certain public, mais Turkish Delices évite vraiment la vulgarité dans ce domaine, et il serait dommage de ne le limiter qu’à cela. Je le conseille.
Deuxième long de l'ami Paulo avec son goût bien prononcé pour la violence dans quelques séquences mais il fait ici surtout la part belle à celui tout aussi prononcé pour le sexe, et parsème le tout de nombreuses scènes trashs bien dégueux. "Turkish Délices" est pourtant sans conteste un film romantique, mais bien bien à la manière très perso du "Hollandais violent", dans la mouvance de la Libération sexuelle, qui prend un tour véritablement inattendu sur les plans de l'histoire et de l'émotion dans le dernier quart (d'ailleurs au passage je me demande si "37°2 le matin" n'a pas beaucoup chouré à ce film !!!) . L'ensemble réussit donc l'exploit d'être subversif, à un point qu'on ne pourrait pas refaire le même film aujourd'hui à notre bienheureuse époque très politiquement correcte, tout en n'oubliant pas d'être profond. Et en plus côté interprétation, Rutger Hauer promène avec tout le talent qu'on lui connait son immense charisme et sa force faussement tranquille ; Monique van de Ven donne beaucoup d'intensité à son personnage. En résumé, Verhoeven n'avait pas attendu longtemps pour frapper très fort.
Pendant une grosse décennie, Paul Verhoeven a été reconnu comme un des réalisateurs bankables d'Hollywood, mondialement célèbre pour avoir révélé au monde entier la beauté sulfureuse de Sharon Stone dans "Basic Instinct". On connait assez mal ses débuts en Hollande, son pays natal où il réalisa six films avant d'émigrer aux Etats-Unis en 1985. "Turkish Delices" son deuxième film lui apportera la notoriété nationale en même temps qu'une solide réputation de cinéaste trash. A l'époque Verhoeven entame un compagnonnage avec son compatriote Rutger Hauer dont c'est la première apparition à l'écran. Voir Hauer sur son vélo les cheveux au vent fait penser incontestablement à Depardieu et Dewaere les post-adolescents fanfarons des "Valseuses" de Bertrand Blier qui sortira un an plus tard avec l'écho que l'on connait en France. Le parallèle entre les deux films ne s'arrête pas à la ressemblance physique entre les acteurs mais se prolonge dans la vision qu'ont les deux auteurs du devenir des idéaux de mai 1968. Les deux réalisateurs sentent bien que la morale bourgeoise a commencé à reprendre le dessus et que leurs héros sont déjà hors normes cinq ans seulement après les évènements, un peu comme les vieux cowboys de l'Ouest finissant de Robert Altman ou de Sam Peckinpah. Pour s'en convaincre il suffit d'observerspoiler: leurs deux conclusions au goût amer et tragique, Blier précipitant ses deux héros dans le ravin et Verhoeven infligeant une tumeur incurable à sa jeune héroïne. Mais là où le dénouement brutal surprend chez Blier, le basculement dans le tragique est bien plus précoce chez Verhoeven qui semble entrevoir un horizon très sombre pour cette jeunesse (un jeune peintre désargenté aimant une jeune bourgeoise) qui devra expier sa rébellion contre l'ordre établi. spoiler: A posteriori le film peut paraître prémonitoire et la maladie qui frappe la jeune fille une préfiguration du SIDA vu par certains comme intervention divine pour réprimer une trop grande libération des mœurs . Il n'est d'ailleurs sans doute pas anodin que ce soit l'élément féminin qui soit frappé car jugé par la religion chrétienne comme responsable du péché originel. Commencé dans l'allégresse, le film est clairement scindé en deux parties avec comme point d'inflexion la mort du père de la jeune femme seul élément de l'ancienne génération apte à comprendre les aspirations de cette jeunesse assoiffée de liberté et d'amour. La scène de l'enterrement où Rutger Hauer emmène sa femme vers une autre destinée fait étrangement penser à la celle du mariage du "Lauréat" où Dustin Hoffman enlevait Katharine Ross aux convenances d'une union raisonnable. Le film de Mike Nichols se concluant sur cette scène lyrique, on pouvait imaginer un avenir radieux pour les deux jeunes gens selon l'éternel optimiste américain.spoiler: Verhoeven semble vouloir nous écrire une suite beaucoup plus sombre que celle promise par Mike Nichol s. "Le Lauréat" est sorti en 1968 et en quatre ans, l'étau s'est déjà refermé sur cette parenthèse enchantée qui menée au bout de sa logique souvent moquée du "peace and love" conduisait inéluctablement à une remise en question trop profonde de l'ordre social. Le rappel à l'ordre sera vite mis en marche. "Turkish Delices" pas si subversif que l'on a bien voulu l'écrire, s'avère un formidable film témoin d'une époque où les utopies se brisent contre les remparts d'un système qui fonctionne toujours sur un ordre établi entre les classes sociales. Verhoeven continuera à distiller sa vision désenchantée du monde dans ses blockbusters hollywoodiens et Rutger Hauer l'ange blond de "Turkish Delices" finira en méchant de séries B. Curieux destins.
Le grand Paulo avec son ex-acteur fétiche Rutger Hauer nous offre un drame à la hauteur du talent du Hollandais violent. C'est trash mais c'est aussi un film qui fait réfléchir.
Film typique du début des années 70, bien mise en scéne par Paul Verhoeven. On suit cette histoire d'amour avec plaisir, on ne s'ennuie pas, mais on est pas non plus particuliérement surpris par le scénario somme toute assez classique.
le plus grand film de Verhoeven et une des meilleur histoire d'amour tournée: c'est vilkent, bestial et sans concession, et en même temps tendre, profond et émouvant. On est loin des histoires à l'eau de rose préfabriquées d'hollywood
Ca donne l’impression d’un remake cynique et malin de « Love story ». Autrement on peut souligner le talent du réalisateur pour brouiller les pistes, évoquer un drame de la jalousie inaccomplie, brouiller le fantasme et la réalité. On est dans les années 70, celles de la contre culture. Bourgeoisie dégueulasse contre bohème. L’aspect émouvant de la chose c’est de montrer un amour finissant, la désillusion et tout de même la tendresse avec. Rutger Haur est formidable. C’est tout.
Premier film que je voie de la période hollandaise de Verhoeven. On y découvre déjà son goût de la provocation. Rutger Hauer incarne à merveille Erik et la sublime Monique Van de Ven crève l'écran. Si dans la première moitié du film, on assiste à un ensemble de scènes crues avec de la provoc', la seconde moitié bascule vers un drame amoureux et change carrément de registre... Et c'est dérangeant d'assister à ça car si avec la seconde moitié Verhoeven prouve que son film a quand même une profondeur, la première moitié était bien plus drôle...
Turkish delices est une sorte de Love story version trash (c'est une adaptation du roman culte aux Pays-Bas étudié au Lycée de l'écrivain Jan Wolkers qui s'inspirent de sa propre vie), si certains le considèrent comme le meilleur Verhoeven personnellement ce n'est pas mon film préféré de ce grand réalisateur. Verhoeven ne fait pas dans la dentelle, c'est brut, sale, cru et percutant, ça secoue mais Turkish delices dégage une certaine beauté (l'histoire contient aussi un humour féroce), les acteurs sont formidables, Rutger Hauer nous livre un jeu très fort, Monique Van de Ven est une Olga touchante. Je ne peux pas dire que j'ai réellement aimé ce film mais Turkish delices ne m'a pas du tout déplu. Un film à voir pour se faire son opinion, Paul Verheoven est un cinéaste passionnant.
Pour son premier "vrai" film, Verhoeven réalise une sorte d'adaptation Hollandaise de Roméo & Juliette à la sauce marxiste. Turks Fruits ne laissera personne indifférent, comme peu de films savent le faire ! Erotique, cru, enivrant, choquant, frénétique, malsain, jouissif... les qualificatifs qui me viennent à l'esprit de manquent pas ! Superbe film, annonciateur de l'avant-gardisme et du talent du "Hollandais volant" -heu violent! XD
Une ode à l’amour et à l’hédonisme que Paul Verhoeven racontait avec son style qui lui est propre (dialogues crus, scènes de sexe très chaudes, humour noir, anticléricalisme assumé,…) sans oublier son lot de scènes chocs, provocantes, touchantes et parfois mêmes très drôles (notamment les relations entre le hippie qu’est l’excellent Rutger Hauer avec la famille bourgeoise de sa bien-aimée ou encore certains dialogues du genre « Je baise mieux que Jésus Christ »). Mais ce qui est hallucinant avec Turkish Delight est son avant-gardisme absolu, et par conséquent son modernisme total, qui prouvait clairement que le cinéma des années 70 proposait une liberté artistique hallucinante à des cinéastes comme Verhoeven qui est, désormais, un des plus grands auteurs actuels du septième art. Non pas son meilleur film certes, mais un second long-métrage archi prometteur et incontournable pour tout fan de l’Hollandais violent (et génial au passage) qui se respecte.
Je considère "Turkish delight" comme le premier chef d'oeuvre de Paul Verhoeven. Dès le début du long-métrage, le réalisateur nous plonge dans son bain glaciale puisque Erick, jeune sculpteur hippie, et rebel, abbat, à l'aide d'un marteau ainsi que d'une arme à feu, froidement un homme et une femme. On apercevra juste après le sculpteur allongé à demi-nu, dans un bordel immonde. J'ai littéralement été subjugué par la mise en scène et par l'audace du réalisateur, avec à l'image, du cul, du vomi, de la merde, de la violence. Mais c'est également avec l'interprétation de Rutger Hauer, magistral, que le film prend une réelle importance. Le jeune homme qu'il interpréte aime baiser, jusqu'au jour, où l'amour de sa vie apparait, Olga, il décidera alors de se marier avec. Dans "Turkish delight" ou encore "Turks Fruit", on sent un Verhoeven, talentueux, audacieux, et précautionneux. Chef d'oeuvre.