139 notesEn savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné
17 critiques spectateurs
5
4 critiques
4
7 critiques
3
6 critiques
2
0 critique
1
0 critique
0
0 critique
Trier par :
Les plus utilesLes plus récentesMembres avec le plus de critiquesMembres avec le plus d'abonnés
Filtrer par :
Toutes les notes
Un visiteur
4,0
Publiée le 15 mars 2009
Titre à la fois léger et mélancolique pour cet avant dernier- film de Ozu, en 1961, précédant son oeuvre ultime, un an plus tard : Le Goût du Saké. On a pu parler d'une oeuvre quasi autobiographique tant il est vrai que le personnage principal pourrait être la copie conforme d'un Ozu extraverti, cherchant à vivre à tout prix et à profiter de ses derniers instants comme s'il sentait la fin venir. On retrouve une chronique inter-générationnelle, une histoire de famille universelle où chacun peut se reconnaitre quel que soit son âge, et des situations où le drame alterne avec un humour bon enfant. Réflexion sur la vie et la mort, le temps qui passe, le côté éphémère de toute existence humaine, et le bonheur fait d'une douce résignation : Setsuko Hara,apaisante et sereine dans son personnage de veuve à marier, et de très belles scènes finales, notamment le cortège funèbre sur le pont, ou encore le couple de vieux pêcheurs en bordure de rivière, commentant le spectacle de "la cheminée qui fume", annonciatrice de mort. Un beau film, même si ce n'est pas le plus abouti du cinéaste, empreint d'une douce mélancolie.
Avant dernier chef-d'oeuvre représentatif de la dernière manière d'Ozu (plans fixe à hauteur de tatami, plans vides, refus de toute dramatisation etc.), «Dernier caprice» (1961) se distingue en créant une alchimie toute singulière d'atmosphères opposées, qui, en dépit du refus de tout pathos, ou plutôt à cause de ce refus, bouleverse littéralement le spectateur. L'ambiance générale oscille de l'allégresse insouciante, voire frivole, du personnage principal à l'anxiété de ses enfants, plus particulièrement celle de l'une de ses filles, pour déboucher sur un final sublime et étonnant qui mêle d'une part la résignation devant la mort et la fugacité du temps et d'autre part l'angoisse que celles-ci suscitent peu ou prou chez tout être humain. Cette angoisse, qui transparaît dans la superbe scène du cortège funèbre et dans la scène finale des corbeaux, et qui est très opportunément soulignée par la musique, ressort d'autant plus efficacement qu'elle se détache d'un contexte étrangement apaisé. C'est par de telles évocations des fondamentaux de l'existence humaine que, par-delà son ancrage culturel particulier, le cinéma d'Ozu touche à l'universel et nous émeut profondément et durablement. Et est-il besoin de rappeler qu'il opère avec une maîtrise absolue de son matériau (y compris, dans le cas présent, les couleurs), avec un bon goût devenu rarissime aujourd'hui et avec la pudeur la plus exquise jamais vue au cinéma? Toutes choses qui manquent cruellement à la plupart, sinon à tous ceux qui se réclament aujourd'hui de l'héritage du maître japonais. Un chef-d'oeuvre absolu et une leçon de cinéma!