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Mother
Mother
3,0
Publiée le 20 novembre 2012
Après deux chefs d'oeuvre, Bong Joon-ho s'attelle à un projet un poil moins ambitieux, en conservant toutefois les thématiques qui lui sont chères. Mother reprend ainsi des éléments de ses précédents films, mais le résultat n'atteint pas le niveau de ces derniers. On retrouve dans Mother ce qui fait l'habituel intérêt de l'oeuvre de Bong : une " antihéroïne " en lutte contre les institutions ( la justice et la police en prennent encore pour leur grade ), ou bien l'importance d'une solidarité au sein de la famille. Bong Joon-ho avait déclaré vouloir faire le plus grand mélodrame au monde ( rien que ça ), mais son cinéma semble ne pas pouvoir s'accorder à une telle ambition. Pourquoi ? Parce que sa force et son intérêt résident dans une glorification discrète de ses personnages et de leur respectable modestie. La simplicité est loin d'être l'antithèse du mélo, loin de là. Seulement, dans Mother, la corde sensible ne vibre que très rarement parce que Bong Joon-ho est intéressé par autre chose que l'émotion. Ce qui l'intéresse c'est plus l'effet, l'efficacité même. Il sait tout son talent de metteur en scène et en oublie peut-être d'injecter une âme et de la surprise à son film.

Bien sûr l'histoire en elle-même est touchante, surtout que le film suit principalement le personnage de la mère, dont le portrait est superbement réussi. Celui d'une femme qui n'a d'yeux que pour son fils, une mère pleine d'amour pour sa progéniture dont le courage et la ténacité ne peuvent que toucher. La capacité qu'a le cinéaste a créer des personnages à la psychologie si profonde trouve ici un aspect inédit dans le rapport entre son cinéma et le spectateur. Mais en dire plus serait gâcher le film ( un peu de mystère... ). Disons simplement que l'intérêt du spectateur pour l'enquête de la mère provoque une implication morale plus forte de sa part. Le spectateur est sans cesse stimulé, dérouté, remis en question dans son approche des interrogations que le film propose. Heureusement d'ailleurs, puisque le scénario n'est plus très surprenant au bout d'un moment. C'est d'autant plus dommage que le film promettait énormément au démarrage : en dix minutes, deux plans sur la mère et un accident qui n'a rien de hasardeux - pour la suite de l"intrigue - Bong Joon-ho parvenait à lier toutes les composantes de son film de manière brillante : il montrait l'attachement de la mère à son fils et préparait l'intrigue de son film en s'inspirant de Hitchcock ( la balle de golf ). Mais ensuite le film devient anecdotique sans être ennuyeux pour autant.

La mise en scène et le film en général sont largement au-dessus des autres films qu'on pourra voir cette année. Mais de la part de Bong on pouvait s'attendre à mieux, et la déception est légitime. Mother est un film solide, mais pas à la hauteur de ses grandes ambitions. Bong Joon-ho aurait dû prendre exemple sur ses personnages et se la jouer plus modeste. Il n'aurait pas donné de faux espoirs à ses spectateurs.