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Voilà enfin la Palme d'Or controversée de Ruben Östlund, trois ans après le déjà très grinçant "Snow therapy". Elles sont rares les Palmes qui font l'unanimité. Je ne rentrerai donc pas dans cette polémique stérile car le film contient à mon sens suffisamment de qualités et d'intérêt pour figurer au palmarès, quel que soit l'échelon de sa distinction. Christian (très bel homme aux idéaux philanthropiques qui roule en Tesla) est le conservateur d'un prestigieux musée d'art moderne en Suède. Alors qu'il marche dans la rue, les yeux rivés à son smartphone dernière génération, une femme pourchassée se précipite vers lui pour chercher protection. Il s'oppose à l'agresseur pour laisser la victime s'enfuir. Fin de l'histoire. Sauf que quelques minutes plus tard, il s'aperçoit que c'était une parodie d'offensive, destinée à lui faire les poches : son portable et son portefeuille viennent de lui être subtilisés. Il conçoit donc un stratagème (assez douteux) pour récupérer ses effets. À partir de ce moment-là, sa vie (personnelle et professionnelle) va partir en vrille ! Personnellement, j'ai pris un pied monumental à cette farce satirique qui est moins une critique de l'art contemporain (qu'Östlund égratigne bien sûr) qu'une satire sociale acerbe qui fustige l'individualisme de nos sociétés occidentales inégalitaires. La bonne conscience bourgeoise en sort atomisée ! Car Christian (Claes Bang, une révélation) vient d'acquérir pour son musée une œuvre d'art "The Square" : un carré posé au sol qui oblige toute personne passant à ses côtés à porter secours à qui que ce soit qui y trouverait refuge, forcément les plus fragiles (SDF, migrants…). Il réalise au passage à quel point ce n'est pas aisé au quotidien de mettre son discours, qu'il érige en principes moraux, en accord avec ses actes. D'autant qu'il est confronté à des emmerdements en cascades qui vont mettre à mal ses valeurs humanistes. Tout ce qu'il entreprend dysfonctionne dans les grandes largeurs, donnant lieu à des scènes de profonds malaises : le point d'acmé étant cette performance simiesque au sein d'une communauté d'happy few en smokings et robes de soirée, sidérante et extrêmement dérangeante. Tout cela s'enchaîne sans véritable progression dramatique il est vrai, mais la charge est tellement juste, le propos si pertinent et le film si drôle que, Palme d'Or ou pas, le moment est férocement jubilatoire.