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Qui marche sur la queue du tigre...
Qui marche sur la queue du tigre...
3,0
Publiée le 2 novembre 2015
Le Plus Dignement, œuvre précédente du cinéaste, portait déjà en son cœur très propagandaire, la marque de l’auteur : enjeux intimes reflétant les maux et aspirations de la nation, humanisme, beaux portraits de personnages – qui plus est féminins, et peinture d’un Japon contemporain. QUI MARCHE SUR LA QUEUE DU TIGRE… quatrième film d’Akira Kurosawa, porte en lui l’autre versant du réalisateur : celui tourné vers le divertissement et l’allégorie. Les personnages qui le composent sont par conséquent embryonnaires de ceux des films suivants. Du comic-relief faisant lien entre personnel et global, au maître à protéger coûte que coûte, en passant par les guerriers aguerris qui n’utiliseront jamais la force pour atteindre leurs objectifs ; tout cela rappelle entre autres, La Forteresse Cachée. Le contexte de production particulier (peu de moyens, 3e film d’un jeune réalisateur, contexte de guerre) s’accorde ainsi parfaitement avec le corps du film : une histoire de ruse et d’intelligence structurée par le dialogue et les interprétations (acteurs & personnages). Malgré l’indéniable talent de Kurosawa pour filmer les décors naturels, QUI MARCHE SUR LA QUEUE DU TIGRE… se suit sans déplaisir ni passion. En cause, le manque d’épaisseur et d’enjeux du scénario, traduit à l’écran par un récit convergeant vers un semi climax très attendu. Il y a cependant dans ce climax, une scène très controversée : celle où l’on voit SPOIL le seigneur Yoshitsune se faire rosser par son garde du corps et ainsi tromper la vigilance des gardes-frontières, ceux-ci pensant qu’il n’est qu’un vulgaire porteur. Cette scène, partie intégrante de la pièce de théâtre d’origine Kanjincho (1840), n’était absolument pas source de litiges dans la culture japonaise. Au contraire, elle exprime le paroxysme de la loyauté, via la transgression d’un code d’honneur et du sacrifice personnel qu’il exige. Un symbole très fort d’un patriotisme purement japonais ramené à des enjeux intimes qui ne fut pas du goût de l’occupation américaine d’après-guerre ; le film fut ainsi censuré, jusqu’à 1952. Une autre facette du cinéma d’Akira Kurosawa est donc déjà perceptible dans QUI MARCHE SUR LA QUEUE DU TIGRE…: l’allégorie d’un certain Japon et de ses valeurs antédiluviennes, entrant en conflit avec un capitalisme « récemment » implanté de force dans le pays. Le film a été chroniqué dans le cadre d'une rétrospective consacrée à Akira Kurosawa par le festival Lumière 2015; critique issue du Blog du Cinéma