Films
Séries
Emissions
Un film tétanisé par l’injonction au réel qu’il a lui-même mise en place. Les événements sont trop proches, trop connus, trop monstrueux pour que le réalisateur ose prendre la moindre liberté avec eux. Moyennant quoi, il les prive de toute vérité. Les personnages sont réduits à une illustration besogneuse des faits. Ils n’ont ni sentiments, ni contradiction, ni cœur, ni chair. Ne reste plus au spectateur qu’à avaler ce ...
Lire plus
Lire plus
Avec le film de Jérôme Reybaud, "Un balcon à Limoges", "Affection affection" est l'autre bonne nouvelle cinématographique de ce mois d'avril. Les deux films ont en commun un même goût du récit dérythmé, inattendu, immobile, devenant même par moment menaçant et sanglant, se suspendant au gré des scènes et des dialogues avec un évident plaisir à filmer les comédiennes et les comédiens. Avec un aspect un petit peu plus maniériste ...
Lire plus
Lire plus
Un peu comme un "Boudu sauvé des eaux" contemporain, Fabienne Babe en lieu et place de Michel Simon, déboule comme une tornade en femme sans domicile, mais pas sans principes, dans la vie d'une copine de classe, la (très) formidable Anne-Lise Heimburger. Fabienne Babe danse, désire, explose, vomit les conventions. Le jeu, les dialogues, nous épargnent le naturalisme et choisissent de croire à la fable, dans une lumière resplendissante, ...
Lire plus
Lire plus
Que 99 pour cent du cinéma actuel soit académique, soit. On a fini par faire notre deuil d'un style, d'une écriture, d'une invention personnels. Mais dès qu'on s'attaque à une histoire complexe comme celles de la collaboration et de la Seconde guerre mondiale, ça devient vraiment très gênant. La mise en scène lisse, le stéréotype et l'imagerie rendent tout digérable (parce que c'est du déjà digéré) et c'est plus que dérangeant. ...
Lire plus
Lire plus
Le pathos insistant du film est très pénible, surtout quand il s’attaque à la mort d’un enfant à coup de nappages indigestes de sound design et de musique. La lumière est indigente, jouant l’analogie permanente avec la peinture ancienne. Déco et costumes nous étouffent à force d’être chichiteux, tout comme le maniérisme revendiqué de la mise en scène.
Autant dire que de Shakespeare, il ne reste pas grand-chose. Si ce n’est ...
Lire plus
Lire plus
Trop loin ou trop proche : le film de Valérie Donzeilli n'est jamais à la bonne distance.
Trop loin, comme le personnage qu'elle y interprète et qui regarde tout ça en visio depuis le Canada où elle est partie avec ses enfants (sans qu'on comprenne vraiment bien pourquoi).
Trop proche, comme cette façon de coller aux visages en les filmant de tout près, donnant une impression voyeuriste, impudique — gros plans qui, en dissolvant le ...
Lire plus
Lire plus
Comme son plan d’ouverture, ce joli film flotte dans les airs. Le personnage principal (Laurent, interprété par le très convaincant Baptiste Pérusat), effarouché et gracile, ne sait jamais vraiment ni où ni comment se poser. Chacun tantôt s’aimante, tantôt se repousse ; tous un peu insatisfaits, un peu de guingois, un peu cabossés. Le désir circule partout. On pense bien sûr à Guiraudie, mais en plus mutin, sans l’épaisseur ...
Lire plus
Lire plus
Dominik Moll est aujourd’hui le grand cinéaste du film à thèse. Il devrait d’ailleurs laisser tomber la caméra et lui préférer le Stabilo, tellement il aime tout surligner. Si les dialogues explicatifs n’y suffisent pas, on rajoute une couche de musique, et si une fin semblerait trop ambigüe on en rajoute une, deux, trois, pour enfoncer le clou. La justesse absolue et urgente de la cause - hier les violences faites au femmes dans ...
Lire plus
Lire plus
Un peu comme les personnages qu’elle interprète, le film d’Hafsia Herzi avance suivant la trajectoire rectiligne des douleurs secrètes, de la colère rentrée, avec la loyauté en étendard et une obstination butée. Nadia Melliti et Ji-Min Park (déjà très juste dans « Retour à Séoul » de Davy Chou) sont bouleversantes, par la façon dont la cinéaste campe la force de leur présence (y compris physique, désirée et désirante). ...
Lire plus
Lire plus
Sergei Loznitsa est un réalisateur à sang froid. Dans la description de la terreur stalinienne ça a un intérêt : par un récit simple qui avance à coup de grands à-plats grisâtres, une ascèse (un peu démonstrative) du cadre et du découpage, il parvient à nous plonger dans une ambiance menaçante en tous ses recoins, un chape de plomb paranoïaque où l’on se sent radicalement vulnérable. Le défaut de cette approche clinique et ...
Lire plus
Lire plus
Est-ce cette reconstitution trop appliquée et fétichiste ? Ce noir et blanc maniéré (jusqu’à feindre les changements de bobines) ? Cette scénarisation sans vagues (ni vieilles ni nouvelles) ? Cette réalisation proprette et feel-good-movie ? En tout cas, on finit par s’ennuyer ferme. Seuls les actrices et les acteurs (souvent inspirés) nous tiennent un tantinet éveillés au jeu des ressemblances. Mais de tout cela on garde quand même ...
Lire plus
Lire plus
Sophie Letourneur avait ajouté un s au « Voyage en Italie » de Rossellini (cf. ma notule de l’époque sur le film). Voilà qu’elle retranche un v à « L’Avventura » d’Antonioni. Ici comme là, une apparente envie d’en découdre avec le grand cinéma. Ici comme là, une envie de substituer aux affres existentielles italiennes, une hypertrivialité franchouillarde revendiquée. Avec, en plus ici, le hit de Stone et Charden comme ...
Lire plus
Lire plus
« Ça vaut rien, c’est du toc ! ». Cette réplique du film le résume très bien, tout englué qu’il est dans les vertiges de la citation, du métalangage, de la référence culturelle et du clin d’œil appuyés. Pas un plan, pas une image, pas une séquence dont se dégage la moindre authenticité ou l’espoir d’une émotion. Le montage file à cent à l’heure, dans une virtuosité vaine, où s’enchaînent les plans ...
Lire plus
Lire plus
Pour commencer, deux écueils typiques du premier film de style international : sound design et coquetterie plasticienne. Ensuite, une Europe de l'Est toujours filmée de la même façon : zones post-industrielles moribondes esthétisées, sous-prolétariat déclassé, exploitation brutale des corps et des êtres. Et bien sûr de l'alcool, de la drogue, du sexe et des vomissements. Restent les jeunes comédiennes et comédiens, impressionnants de ...
Lire plus
Lire plus
La première partie du film est stupéfiante : en limitant les décors (l'arène resserrée sur les combats avec le taureau, le minibus qui conduit et ramène la cuadrilla, une chambre d'hôtel), Albert Serra parvient à sortir totalement la question de la corrida de ses polémiques habituelles et nous met frontalement face aux pulsions de domination humaines, ici dans leur version viriliste extrême, dont la mise à mort serait le point ultime. ...
Lire plus
Lire plus
Est-ce une tendance nouvelle cannoise que de faire de la Palme d'Or le prix de "la lutte des classes pour les nuls" ? Depuis Parasite de Bong Joon Ho et Sans Filtre de Ruben Östlund, il semble que dans les confortables salons du Carlton se joue une petite musique radicale chic où l'on feint de se colleter à des réalités sociales violentes, mais sans perdre une forme de cynisme béat. Il en est ainsi d'Anora où le poids du naturalisme et la ...
Lire plus
Lire plus
Ce "Brutalist" brutalise l'histoire, ici prétexte décoratif à une démonstration de force et à une prise de pouvoir. L'entracte nous est minuté pour nous à la seconde, comme s'il fallait tout diriger du monde, de son passé, de son présent, de sa compréhension. Pas grave si l'accent hongrois d'Adrian Brody et de Felicity Jones est retouché à coup d'intelligence artificielle, tout ici est ripoliné au goût du jour, tout en gardant le ...
Lire plus
Lire plus
J'aurais mieux fait d'aller boire une vodka que de voir ce film. Les cinéastes russes croient souvent que l'histoire c'est un travelling à la steadicam (Guerman, Sokourov...) : ni obstacle, ni chaos. Tout glisse. C'est aussi ce que semble croire Kiril Serebrennikov avec cet éprouvant Limonov. Déjà le roman d'Emmanuel Carrère (conseiller du film et qui fait ici un bref caméo) était un peu lourdaud mais semblait au moins trouver sa ...
Lire plus
Lire plus
Un « Mais qui a tué Harry ? » auquel manquerait la fantaisie. Un « Théorème » auquel manquerait la poésie. Un « Tous les autres s’appellent Ali » auquel manquerait la distance (et Brigitte Mira). Alain Guiraudie a vu des films. Il a aussi lu des livres. Dans un des dialogues les plus lourdement signifiants, le prêtre parle du monde allant à sa perte. On pense à Duras. Sauf qu’elle, elle ajoutait : « que le monde aille à ...
Lire plus
Lire plus
Si le nouveau film de Patricia Mazuy n'a pas la sidérante noirceur de "Bowling Saturne", ni l'étrangeté bourrue de "Paul Sanchez et revenu" et qu'il déploie un scénario plus linéaire, on y retrouve néanmoins l'acuité du regard, tranchant comme une lame, le goût du pays, pas trop chabrolien pourtant (quand bien même on peut furtivement penser à "La Cérémonie"), le théâtre humain y est trop ouvert et trop grave, sans nul effet de ...
Lire plus
Lire plus
L'enchevêtrement des récits et la lumière organique et sensuelle du film tissent entre les personnages et leur environnement des liens serrés, presque jusqu'à l'étouffement, tantôt toxiques et oppressants, tantôts innocents et splendides, souvent tout cela à la fois. Les acteurs jouent juste et faux, exactement comme il faut, enfants trop adultes, adultes trop enfants, emplis de mystères et de silence, prêts à l'explosion, mais qui ...
Lire plus
Lire plus
Le film dessine moins la question morale que le poids de la convention familiale bourgeoise, rappelée régulièrement par les personnages, "nous sommes une famille !", et son oppression sourde. Le désir vient là-dedans comme un objet obscur mais auquel on ne veut/peut échapper, parce qu'il permet justement aussi d'échapper au quotidien et à la "normopathie" que dénonce chez son mari le personnage formidablement incarné par Léa Drucker. ...
Lire plus
Lire plus
Sofia Coppola sait filmer les petites filles abandonnées. Et elle le fait de mieux en mieux, radicale et sensible, sans aucun apprêt ou séduction (pas d'érotisation de la détresse, pas de suspens sur la frustration et la satisfaction du désir, pas de voyeurisme...). spoiler: La distance que la réalisatrice instaure, toujours juste, avec un montage au cordeau, permet de faire circuler le désir entre une adolescente et un homme, puis ...
Lire plus
Lire plus
On ne doute pas de la générosité et de la sincérité du réalisateur à aller sauver des Ukrainiens victimes de la guerre pour les ramener en Pologne. Et si le film dessine par moment avec une grande force la réalité très concrète du conflit (un champ de mine empêche de passer, la douleur des enfants...), on finit par être un peu gêné de l'effet catalogue, interchangeable, des passagers qui vient lisser les chaos de leur tragédie ...
Lire plus
Lire plus
Les auteurs ayant sans doute adoré leur propre clin d'œil bressonien (parfaitement incongru au regard du film) du premier volet, l'ont resservi pour le résumé des épisodes précédent : "Le diable probablement" répète pleine de gravité et de mystère Eva Green... Pourtant, l'ensemble est toujours aussi indigeste avec l'effet de surprise en moins. Ce n'est plus Bresson cette fois-ci mais Reverdy ("il n'y a que des preuves d'amour") qui ...
Lire plus
Lire plus
Il y a quand même des relents inquiétants à associer la culture et la sortie d’un revolver, non ? C’est pourtant ce que fait sans barguigner Quentin Dupieux. Il faut dire que rien n’est impossible à partir du moment où le film pose que tout ici est odieux : la pièce de boulevard est bien sûr nulle, ses acteurs aussi (et veules, et lâches), lorsqu’un l’un d’entre eux s’empare de l’arme il devient carrément monstrueux, ...
Lire plus
Lire plus
Rien qu'en voyant l'affiche, j'aurais dû me méfier. Mais la curiosité de voir Catherine Deneuve dans le rôle a été trop forte. Hélas. Car tout ici est calamiteux : l'absence de mise en scène, un scénario réduit à un seul et unique ressort (ah ben finalement, elle n'est pas si ringarde que ça Bernadette, vous allez voir ce que vous allez voir), des acteurs utilisés comme des marionnettes (sans hélas la drôlerie des Guignols de ...
Lire plus
Lire plus
D'abord, on se dit qu'on est bien content d'un film qui échappe ainsi au naturalisme et se laisse guider davantage par sa mise en scène que par le scénario. Le jeu pétrifié de Tom Mercier en rajoute à l'étrangeté et au plaisir. On craint un temps d'être pris dans une nostalgie fétichiste des années 80 (Palace, défonce, stroboscopes et nuits porte-jarretelle...), mais finalement le film trouve son rythme et déroule élégamment le ...
Lire plus
Lire plus
— Anatomie d'une chute ? C'est le truc qui a eu le Prix du meilleur téléfilm psychologique ?
— Mais non ! C'est la Palme d'Or 2023 !
— Ah bon ???
— Mais oui, avec Ruben Östlund comme président du jury.
— Aaaaah OK ! Tout s'explique.
— Mais non ! C'est la Palme d'Or 2023 !
— Ah bon ???
— Mais oui, avec Ruben Östlund comme président du jury.
— Aaaaah OK ! Tout s'explique.
Un très beau film sur la fin des mondes. Celui du PCI, celui de la croyance, celui du cinéma en salles, remplacé par les plateformes, comme Netflix dont les représentants répètent ici comme un mantra être "présents dans 190 pays" dans une scène mémorable. "Pubblico di merda" faisait scander à ce même public Michele Apicella, le double de Moretti dans "Sogni d'Oro". Ici, même plus besoin d'un pseudonyme : Nanni Moretti reprend son ...
Lire plus
Lire plus
Le système emberlificoté de montages parallèles qu'apprécie tant Christopher Nolan porte ici à son comble les effets qu'il obtient régulièrement dans ses films : privilégier un morcellement signifiant (et plutôt autoritaire) au détriment du temps réel ou de son illusion. Est-ce une façon de masquer une mise en scène autrement plutôt plate et attendue ? Une direction d'acteur qui privilégie l'éclat furtif, l'instantané chic, ...
Lire plus
Lire plus
Hong Sang-soo dénude de plus en plus ses films. Ils en deviennent translucides. Être là, tout seul derrière la caméra, puis à la table de montage, y coller quelques notes de musique. Abandonnant toute équipe technique, le filmage devient une pratique solitaire. Dès lors, un petit zoom avant ou arrière, un panoramique qui suit le déplacement d'un chat, nous concentrent sur l'essentiel : regarder les bouleversants interprètes de cette ...
Lire plus
Lire plus
"You can't wake up if you don't fall asleep", "tu ne peux pas te réveiller si tu ne t'endors pas" dit la chanson écrite par Jarvis Cocker pour le dernier film de Wes Anderson (et ses deux chansons ne sont pas pour rien dans le charme du film). Voilà qui sonne presque comme un programme esthétique. Oui, il faut accepter de se laisser emporter par le monde clos, saturé, maniériste, un rien claustrophobe, de la fiction pour, quand on en sort, ...
Lire plus
Lire plus
Regarder un film de Bruno Podalydès, c'est comme avoir à dîner un cousin éloigné qu'on ne trouve pas antipathique, parfois un peu drôle, lecteur assidu de Télérama, mais qui finit toujours par nous épuiser à forces d'enfiler des banalités et de prendre des airs inspirés en s'attendrissant sur la poésie de la vie. C'est ainsi que se déroule paresseusement ce petit film à sketchs, où chacun des protagonistes cache des failles ...
Lire plus
Lire plus
Ce qui est très très réussi dans le film c'est la façon dont le regard de l'enfance digère et accepte le monde des adultes et sa violence rentrée, latente, qui transpire à chaque détour du récit, notamment grâce aussi aux aventures de Fantômette qui aident le petit héros et sa copine à mettre des images et des mots sur cette ambiance un rien dépressive d'une garnison française du bout du monde et au bout du rouleau. Il y a aussi ...
Lire plus
Lire plus
"Le diable probablement" répond Milady à d'Artagnan qui l'interroge sur qui l'emploie. Oups ! Robert Bresson a dû faire trois tours dans sa tombe. On ne peut en effet être plus éloigné ici de son "cinématographe" ciselé. Tout pèse des tonnes : les costumes alourdis par la boue et la crasse ou les brocards ostentatoires, les nappes de musique, la mise en scène convenue avec mouvements d'appareil épuisants (amusant : au générique ...
Lire plus
Lire plus