Un film fort, porteur d’autant d’amertume que d’espoir.
Film de science-fiction, comédie, western… On peut aborder ce projet comme une pure montagne russe de Corée. Mais "Hope" dresse surtout le portrait d’un pays et d’une époque. (…) "Hope" raconte ainsi ce paradoxe tragique, cette cruauté si évidente à la frontière des deux Corées : nos ennemis sont nos parfaits miroirs.
Se filmer nue, chez soi, pendant près d’une heure geste cinématographique pourrait sembler fou et provocateur. Avec Marina de Van, la prouesse – cela en reste une – paraît naturelle. Fatiguée de voir ses projets de films échouer pour diverses raisons, la réalisatrice est revenue à la matière filmique sur laquelle elle avait bâti le succès de son premier long métrage : son rapport à son propre corps. (…) La réalisatrice porte un regard plein d’autodérision sur ses tribulations et fait preuve d’une énergie sans pareil pour continuer à y croire.
La fiction parle d’expérience et de destin, de déchirures et de réconciliation, du patriarcat qui fait mal même hors champ, de femmes qui se tendent la main et se la donnent, à la vie, à la mort.
Il y a neuf protagonistes, dans Qui vit encore, neuf Gazaouies et Gazaouis qui commencent par tracer à la peinture blanche, sur un plateau de théâtre tout à fait similaire à celui de Dogville, de petits carrés chamboulés représentant leurs neuf maisons à l’intérieur du périmètre de Gaza. (…) Heureusement, ce formalisme est parfois atténué par l’élément qui va mettre ce qu’il faut de tristesse, de mélancolie, et parfois d’embryon de réparation : de la musique…
Dialogues pétaradants façon Dame du vendredi (…), narration astucieuse procédant par touches de révélation et moult allers-retours temporels, le film est tout aussi plaisant que celui de Fincher que Sorkin avait déjà écrit, même si la mise en scène assume d’être moins audacieuse. Les comédiens habités achèvent d’emporter le morceau.
Digger promettait beaucoup. (…) Le film commence comme une satire des hommes de pouvoir. Proches de Don’t Look Up dans la forme et de Docteur Folamour dans le fond, ces seules séquences auraient fait de Digger une œuvre assez peu originale. C’est en usant de la mise en abyme qu’Iñárritu parvient à faire un pas de côté. Le récit-cadre théâtral lui permet d’assumer pleinement l’artifice de la satire. (…) S’il est certes vain à beaucoup d’endroits, Digger propose par son dis- positif quelques jolies idées sur notre façon de le regarder.
La simplicité n’est qu’apparente, car il a fallu bien choisir quoi montrer, des élans collectifs aux états d’âme individuels, en passant par la question de l’autorité et quelques portraits qui disent en miroir ce que les collégiens sont devenus quelque temps après.
La mise en scène ne manque ni d’efficacité ni de tension dramatique, mais on peut légitimement s’interroger sur le choix du cinéaste de résumer la vie de Jean Moulin à son ultime sacrifice, à son chemin de croix chorégraphié par les nazis.
Ce film puissamment vénéneux vaut aussi pour son casting et pour une mise en scène qui évolue jusqu’à devenir presque documentaire à la fin, lorsque « c’en est fini de rire et de jouer ».
Quelques mots d’amour se construit sous la forme d’un roman d’apprentissage non pas pour un personnage, mais pour plusieurs. Chacun devra composer avec les désirs ou les réticences des autres. On sent le plaisir que prend Rudi Rosenberg, lui-même acteur, à diriger ses comédiens, autant qu’à leur laisser une grande liberté.
Adapté d’un best-seller jeunesse de Michael Morpurgo, "Le Mystère Lucy Lost" mêle fantastique et fait historique. Le récit très actuel sur une crise identitaire s’adresse à tous, à partir de 10 ans. Ce film d’animation au chromatisme somptueux est une ode à la tolérance.
La vivacité et la dignité qui émanent de ces citoyens irlandais à part reposent sur leur indéfectible soutien mutuel. Quel avenir pour cet héritage exceptionnel et fragile ? Ce portrait documentaire évoque avec réalisme et empathie leur précarité.
Bien qu’un vague thème d’identité non binaire soit évoqué, cette Marie Maternelle est interprétée avec fougue par la réalisatrice Gessica Généus. La musique porte, elle aussi, le conflit entre la liberté et la loi du plus fort : hymnes à la gloire divine contre mélodies rythmées dansantes.
Pour ce film modeste et dépouillé, le réalisateur-scénariste-producteur-directeur de la photographie-cadreur-monteur-compositeur retravaille des éléments et les modifient pour les pousser un peu plus loin.
"Petite Casbah" condense les six épisodes d’une série habilement feuilletonnesque et pédagogique diffusée sur le service public, et ayant provoqué des réactions hostiles de l’extrême droite. Le dessin est aimable et subtil (les ombres de la ville lumineuse et colorée), le récit documenté invite à réécouter les chansons judéo-arabes de Reinette l’Oranaise, l’écriture signée (entre autres) Alice Zeniter exprime bien la complexité des situations.
Dans ce film humble et plein d’humanité, les réalisateurs, histoire de voir comment s’applique la loi, sont allés rencontrer des gens de terrain, des élus, des syndicalistes, des chercheurs. Et bien sûr, des bénéficiaires du RSA, vous savez, ces « gens qui ne sont rien » (Emmanuel Macron, 29 juin 2017).
À la fois portrait d’un être humain dans son environnement et récit d’une existence ancrée dans une histoire traumatique, "Les Recommencements" retravaille les grands genres américains et bouleverse par sa capacité à saisir le surgissement du souvenir le plus intime et à le relier aux rythmes du monde.
Curiosité cinématographique que ce documentaire d’Arthur Dreyfus qui brosse le portrait sans filtre de Stéphane-Jacques Addade, dandy parisien de 55 ans au nœud papillon proéminent, ancien restaurateur de tableaux, habité par la haute culture et une fascination explicite pour la chair, les phallus et les madeleines proustiennes… Une œuvre brute qui mène à une profonde réflexion sur la manière dont le passé nous construit, mais aussi nous enferme.
L’ensemble se suit sans déplaisir, et on sait gré au metteur en scène d’être allé filmer des chemins de traverse maltais, loin, bien loin des paysages touristiques.

