Un huis clos dans les toilettes, c’est déjà une gageure. Un huis clos avec Jonathan Lambert la tête coincée dans le trou de toilettes turques, c’est encore plus fort. Grégory Morin, bien aidé par son scénariste David Neiss, gagne son pari haut la main.
Comme "Vertigo" de Hitchcock, auquel fait irrémédiablement penser le pont suspendu d’Ingrandes-sur-Loire, "L’Inconnue" réfléchit les mystères de l’incarnation théâtrale et cinématographique, non sans dédoubler chacun des deux interprètes, qui est à la fois telle qu’en lui ou elle-même et tout à fait un(e) autre.
Rien n’y est superflu, les dialogues sont peu nombreux. Car aux mots, on préfère le regard. Manuela Martelli narre son histoire à travers les yeux d’Inès… Le classicisme de la mise en scène permet à la réalisatrice de se mettre au service d’une mécanique du suspens extrêmement bien huilée.
Un humour bienvenu ponctue une histoire où résonnent des influences aussi variées que "La Nuit du chasseur", les films d’Alice Rohrwacher et les romans de Tayeb Salih. On n’oubliera pas les visages d’interprètes remarquables et sublimés par la caméra de la directrice de la photo Frida Marzouk…
Le film est une belle promesse. On est près d’un conte porté par le jeu complexe d’Anouk Grinberg, sa courte tignasse grise qui sublime la beauté de son regard, et la tristesse profonde qui la fait agir, malgré tout, à la lisière d’un avenir incertain.
Donnant sa structure libre et ouverte au montage, le style énumératif est essentiel, jusque dans son titre, qui suggère quantité de liens possibles entre des éléments a priori éloignés, et pourrait amorcer une comptine, un jeu ou un livre d’images.
Le scénario fait fi de toute vraisemblance… Le cinéaste achève son drôle de film par une rêverie bucolique sur fond de bluegrass dans un mouvement sentimental – voire un peu nouille –, dont il n’est pourtant pas coutumier.
Inspirée de Robert Louis Stevenson, l’action principale emporte une adhésion sans réserve, grâce à l’énergie et à la finesse de jeu des interprètes… Je suis moins convaincu par l’insertion de séquences montrant un groupe de rock engagé dans le Portugal Contemporain ou une intervention au Parlement sur l’injustice de la protection sociale…
Ce second film confirme la singularité d’Andrew Patterson. Elle repose ici sur le choix d’ancrer le récit au sein d’une petite communauté rurale soudée du sud des États-Unis, typique de l’Americana, dont il offre un portrait pittoresque et non dénué d’humour.
La projection finie, tout aura été fait pour nous donner envie d’y replonger, sans la certitude d’avoir bien saisi ce qu’on a vu, mais avec celle qu’il s’agit d’un vrai et très frais moment de cinéma.
L’originalité du scénario vient de ce que « l’entité » avec laquelle le héros entre en contact n’est pas visuelle, mais sonore… Le rythme trépidant, le dynamisme des jeunes interprètes et l’inventivité du sound design aident à remplir le contrat de ce plaisant divertissement.
Si le film souffre un peu d’une durée exagérée, c’est que Yuiga Danzuka en avait certainement gros sur le cœur, et la mise en scène de ce procès fait à la figure paternelle n’est pas sans rappeler le cinéma d’Edward Yang, inspiration revendiquée de ce cinéaste prometteur.
La réalité est dure et tragique, mais la force du film est de traiter la rupture consommée entre une mère toxique et sa fille, sur un ton décalé, léger, fort d’une belle énergie combattive.
L’économie de "The Good Sister" (peu de décors, peu d’acteurs, nombreux intérieurs) est parfaitement mise à profit pour dresser un passionnant portrait psychologique de la jeune femme.
Producteur du film d’animation à succès "Arco" d’Ugo Bienvenu, Félix de Givry passe à la réalisation avec une assurance remarquable. "Adieu monde cruel" s’inscrit dans une prestigieuse lignée d’un cinéma français du désarroi adolescent. Il ravive les ombres tutélaires de François Truffaut, Robert Bresson ou André Téchiné, tout en imposant une sensibilité romanesque propre.