Avec "Sabotage" (...) Ayer s'égare et signe un film esthétiquement flottant, foutraque, autour d'un magot dérobé à un puissant cartel de drogue et dont la disparition justifie l'avancée laborieuse du récit.
David Gordon Green vient peut-être de trouver le juste équilibre entre le pathos et l'issue de secours après lequel tant de films américains récents courent (...). "Joe", c'est un peu la rencontre entre "Le Canardeur" de Micheal Cimino et Killor Joe, si ce n'est que Green croit; lui, à la rédemption (...).
Bustillo et Maury ont une vraie "patte". La volonté de créer une ambiance propre, (...) cette "french touch" qui imposerait de donner du sens plutôt que de rechercher l'efficacité à tout prix. Tout ce qui fait qu'"Aux yeux des vivants" rate en partie la cible qu'il s'est fixée.
A mi-chemin de Droopy et du Peter Sellers de "Bienvenue Mister Chance", Geoffrey Rush donne le ton de cette romance cotonneuse (...). Tornatore abandonne malheureusement, et très vite, le terrain de l'étrangeté hitchcockienne, (...) pour celui, nettement moins stimulant, de Dan Brown et de ses crypto-intrigues.
"Heli" tire pourtant son épingle du jeu grâce à sa seconde partie, qui substitue au récit de la descente celui de la survie de son personnage principal. Escalante mise beaucoup, trop même, sur la séquence choc de torture de son film, sans voir qu'il est bien meilleur et puissant lorsqu'il s'agit de ne rien montrer.
On pourrait reprocher à "Nebraska" de toujours chercher à nous brosser dans le sens du poil, à la manière d'un mélo en sourdine qui utilise le pittoresque pour déminer tout ce qui devrait exploser (...). Une traversée plutôt fine et (trop ?) élégante au sein d'une Amérique qui ressemble à un hospice en open range (...).
Le résultat est plus déroutant que décevant, à l'image de cette magnifique séquence d'introduction qui enchaîne des photos de cinémas en ruine, à la manière d'un programme. "The Canyons" est en effet hanté par des fantômes de cinéma qui s'avèrent infiniment plus passionnants que ce que raconte son scénario.
Mollasson, flanqué d'une intrigue erratique, "Monuments Men" avance mais en déambulateur, hésitant constamment entre la comédie cool et potache façon "Ocean's Eleven" et le war movie à l'ancienne, mais filmé avec une énergie qui ferait passer Yannick Noah ou Doc Gyneco pour des réacteurs nucléaires.
Wiseman n'omet rien des difficultés, des fêlures, des plaies de l'histoire nationales, toujours vivaces. (...) Au fond, "At Berkeley" parle surtout du monde contemporain, de ses idéaux, de ses impasses, mais aussi de ce qui tient encore, de ce qui émerveille, de ce qui fonctionne (...).
Il se pourrait bien que "The Grand Budapest Hotel" soit, pour l'heure, le chef d'oeuvre de son auteur. (...) se déploie un récit gigogne où s'entremêlent avec une incroyable fluidité les époques et les personnages, les lieux et leurs coursives, le tout tenu par un style visuel toujours aussi affirmé et d'une inventivité constante.
C'est sur le terrain théorique que le film, hanté par une haine de l'argent qui est aussi celle de son auteur, se déploie et atteint sans doute l'un des sommets de ce nihilisme qu'on pouvait trouver dans certains des (meilleurs) films italiens des années 1970.
"Dallas Buyers Club" souffre d'un scénario parfois bancal, troué d'ellipses étranges et d'un traitement en silhouette de tous les personnages secondaires. Reste la performance phénoménale du couple McConaughey/Leto.
Un film profondément académique, habilement recouvert par les signes obligés du temps et un froncement de sourcils permanent. Le récit suit exactement la même pente dépressive voire tragique, et le scénario veut tout épingler [...].
"Lovelace" ressemble à un mauvais film dossier (le porno, c'est mal) qui non seulement se prend les pieds dans le tapis du discours féministe qu'il veut tenir [...], mais évacue intégralement le contexte de l'Amérique de l'époque, tant du point de vue des moeurs [...] que de ses répercussions politiques.
Le film oscille ainsi entre la vitesse d'un preston Sturges - dialogues écrits au cordeau -, des effets visuels à la Claude Zidi (ces piles de papiers qui s'envolent à chaque irruption du ministre) et une forme modeste, empruntée à la série télé.