"Let's talk of graves, of worms and epitaphs."
Suite de sept téléfilms d'une qualité égale sinon supérieure aux séries télévisées qui ont commencé à s'affirmer à cette époque (2012) comme art cinématographique à part entière, avec les budgets et les stars que cela induit, The Hollow Crown est avant tout un projet pharaonique dans sa conception : faire vivre en décors naturels, et dans une reconstitution à la fois précise et majestueuse, les pièces historiques de Shakespeare, de Richard II à Richard III en passant par trois Henry, cette période charnière où l'Angleterre guerroyait à la fois en France, héritage jugé légitime, et à l'intérieur même de ses frontières dans l'affrontement "des deux Roses".
Du talent, il en fallait pour que l'entreprise réussît à faire oublier An Age of Kings (1960), déjà production estampillée BBC. Jugez donc : Sam Mendes à la conception, des réalisateurices issus du théâtre télévisé et un casting hors normes. Il y a Ben Whishaw, d'abord, en Richard II superbe dans les deux sens du terme, mêlant l'emphase et l'arrogance avec légèreté et Rory Kinnear en futur Henry IV, sombre et pourtant légitime conspirateur, l'un et l'autre se répondant comme deux visions irréconciables du Moyen-Âge.
On pourrait regretter que le casting change dans la trilogie suivante, les deux Henry IV et Henry V, mais Jeremy Irons, explose littéralement d'une virtuosité telle qu'il a pu l'exposer dans quelques oeuvres, hélas mélangées à de mauvais choix. Tom Hiddleston, connu pour son interprétation figée de Loki dans l'univers Marvel, impressionne en jeune Prince Hal avant de devenir l'intraitable Henry V. Tom Sturidge joue quant à lui un Henry VI convaincant, à la fois lucide et naïf enfiévré par les malheurs du monde. Enfin, Benedict Cumberbatch arrive, talent suprême, à en faire trop tout en finesse dans le plus ingrat des rôles de méchant jamais écrit, jouissif.
Pour les seconder, on notera une foule d'interprètes de théâtre, de cinéma et de séries, révéré·es pour leurs partitions, tel·les que Patrick Stewart, Julie Walters, Michelle Dockery, John Hurt, Lambert Wilson, Geraldine Chaplin, Sophie Okonedo, Anton Lesser, Hugh Bonneville ou Judi Dench. Du gratin.
La réalisation et les adaptations sont, elles, assez inégales, les deux Henry VI souffrant ainsi d'un parti pris plus spectaculaire et donc un rien plus vulgaire. On sent que l'ombre de Game of Thrones a plané sur la conception artistique de cette partie, avant que le souffle shakespearien, glaçant et ne manquant pas d'humour noir, ne revienne dans la dernière.
Au final, série à la fois historique dans sa reconstitution matérielle et littéraire dans sa conception linéaire, The Hollow Crown réussit son pari de servir l'oeuvre multi-séculaire du barde anglais dans un spectacle beau, intelligent et, souvent, terrible.
"All murdered. For within the hollow crown that rounds the mortal temples of a king, keeps Death his court."