“May the gods be with you.”
Déconseillé aux moins de 10 ans et commençant à la façon d’un Disney des familles, Atlantis propose un style orienté jeune public. Ce n’est que vers la moitié du premier épisode qu’on se dit : “j’ai déjà vu un style pareil, mélangeant humour bon enfant, action facile, décors en carton-pâte assez bien faits et musique qui accompagne chaque mouvement du héros de manière guillerette”. Et de fait : après le succès de l’excellent Merlin (5 saisons de 2008 à 2012), la BBC a reconduit l’expérience avec les mêmes créateurs et scénaristes et la même équipe technique pour une épopée amusante concernant cette fois la mythologie grecque, toute entière concentrée dans la ville d’Atlantis (qui ne semble pas être une île), avec un héros qui serait à la fois Jason, Thésée et Persée.
Là où Merlin dévoyait la légende arthurienne avec un plaisir non feint, Atlantis fait de même avec les légendes antiques, mélangeant allègrement le fond grec avec des éléments latins voire médiévaux et même une incursion dans la dramaturgie de Star Wars. On n’est pas à cela près. En y réfléchissant pourtant, on aurait tort de croire que les récits anciens sont figés dans le marbre. A l’image, en effet, du cycle arthurien, les histoires ont été contées, écrites, réécrites, interprétées, réinterprétées et modifiées à foison durant des millénaires, d’Homère pour les premiers écrits cohérents à Percy Jackson en passant par le théâtre classique et Ulysse 31. Alors pourquoi pas, d’autant que la série ne se prend pas trop la tête et que Star Wars s’est abondamment inspiré des mythes ancestraux.
C’est d’ailleurs ce qui en fait le charme : des décors plutôt bien faits, donc, des personnages au très fort capital sympathie, des épisodes variés, de l’humour, du drame, des intrigues simples, de l’action, tout concourt à faire de cette œuvre un spectacle agréable. A l'interprétation, plus que correcte, on retrouve Jack Donnely, sans doute le maillon faible tant il manque de charisme, en héros fade si l’on compare à Colin Morgan, l’interprète de Merlin, Mark Addy (Robert Baratheon dans GoT) en Hercule paresseux, menteur, râleur, buveur mais incroyablement savoureux, Robert Emms (vu dans Andor) en Pythagore encore méconnu, intellectuel généreux, Aiysha Hart (vue dans Le Livre des Sortilèges/A Discovery of Witches) en princesse victime d’une famille royale oppressante, Alexander Siddig (Doran Martell dans GoT) en roi Minos mou du genou ou encore Sarah Parish, vétérane des séries télévisées britanniques, ici sobre en reine Pasiphaé venimeuse. Au fil des épisodes, on croisera également quelques célébrités ou figures bien connues des séries à succès, dont John Hannah qui en fait toujours trop ou l’incomparable Anya Taylor-Joy dans le rôle de la malheureuse Cassandre. A ce stade, il faudra souligner que bon nombre de personnages de la mythologie se retrouvent parsemés dans l’histoire sans lien direct avec leur propre légende, comme par exemple plusieurs argonautes employés dans d’autres rôles.
Reconduisant une formule ayant fait ses preuves, les créateurs ont également reproduit quelques patterns : un couple royal dysfonctionnel (Minos/Pasiphaé ici, Uther/Morgana là-bas), un héros guidé par une puissance magique (l’Oracle ici, joué par Juliet Stevenson, le dragon là), un oncle traître, une femme puissante exilée et prête à tout pour se venger et une alternance d’épisodes à quêtes uniques, souvent inspirées par des artefacts ou des personnages légendaires, et d’autres ancrés dans l’intrigue principale : la vie d’un héros naïf tiraillé entre un destin prophétique et des intrigues de pouvoir, le tout sur un mode assez sexiste ; les femmes sont en effet généralement décrites comme faibles ou perverses.
Si la première saison est globalement légère, elle s’assombrit sur la fin et la seconde poursuit dans cette tonalité, proposant un scénario plus adulte. Elle est également plus linéaire, sans péripéties inutiles, et plus proche d’une épopée initiatique telle qu’en proposa la mythologie. Les personnages sont aussi plus complexes, à commencer par celui de Médée. On regrettera néanmoins des invraisemblances scénaristiques comme des journées de voyage réduites à quelques minutes ou des escalades à mains nues réalisées trop facilement. Enfin, l’arrêt de la série après la seconde saison est assez brutal alors que la véritable aventure argonautique allait commencer et qu’on ne saura jamais si Jason recroisera l’Atalante.
Au final, Atlantis n’est pas un chef d'œuvre, loin s’en faut, mais se regarde comme un spectacle assez bien ficelé, avec des personnages attachants et des intrigues qui tiennent en haleine. Une assez bonne surprise qui ne s’encombre pas de trop de longueurs comme c’était le cas de Merlin.
“It’s not a triangle, Pythagoras, it doesn’t have to end up.”