Afin de poser les bases : je ne poste que très exceptionnellement sur Internet (mais cela m'a paru opportun de faire ici une entorse) et j'ai non seulement vu les 3 premières saisons, mais également lu l'intégralité de l’œuvre d'Asimov 2 fois dans ma vie. Et voici ce que j'en pense.
À notre qu'il y a potentiellement un peu de spoil dans ce qui suit mais c'est à chacun de décider s'il souhaite lire ou pas.
Selon moi, cette série est une série de SF correcte, pleine d'effets spéciaux, de personnages plus ou moins attachants et développés, de trahison, de violence... bref tout ce qui est dans l'air du temps, et c'est bien ce qui est dommage. Elle aurait été bien mieux sans se réclamer de l’œuvre d'Asimov tant elle s'en éloigne par l'esprit, et j'aurais été curieux de connaitre sa réaction (à Isaac) à ce nouveau scénario (si tant est qu'il ait pu l'accepter).
Toujours selon moi et le souvenir que j'ai des livres (ma dernière lecture date d'au moins une dizaine d'années), tout le génie d'Isaac Asimov a été de créer une saga s'étendant sur plus de 20 000 ans (même si ce n'était pas l'intention de départ) ne comportant aucune violence ou presque, lorsqu'elle existe, elle n'est que brièvement mentionnée.
Le cycle des robots met l'accent sur les 3 (+1) lois de la robotique, apparemment parfaites pour faire en sorte que les robots soient perpétuellement des serviteurs dociles de l'humanité. Mais son génie consiste justement à montrer que, même parfaites en apparence, ces lois qu'il a lui-même édictées ont en réalité de nombreuses failles. Et sa manière de le montrer n'est en aucun cas par la violence mais par la subtilité des échanges sociaux entre les robots eux-mêmes, les humains entre eux et les robots et les humains. Le déclin et la disparition des robots n'est selon mes souvenirs aucunement lié à une révolte de ceux-ci contre leurs créateurs (les "guerres robotiques" mentionnées dans la série ou illustrées dans film I Robot - que j'ai par ailleurs bien apprécié à l'époque) mais à une décision plus ou moins conjointe des humains et des robots eux-mêmes, plus en lien avec le fait que la civilisation se reposant de plus en plus sur les robots et leurs compétences finirait par entrainer le déclin et l'extinction de l'humanité dans une torpeur décadente par manque de motivation de se dépasser (exploration, inventivité, émerveillement, ...). C'est d'ailleurs le même sujet qui ressort du livre "La fin de l'éternité", qui ne fait partie d'aucun des cycles mais qui peut être considéré comme le premier livre de toute l’œuvre.
Quant au cycle de fondation, là encore l'objet est justement de montrer à quel point on peut venir à bout (voir éviter) la violence grâce à l'esprit et non en répondant bêtement à la violence par elle-même (ce qui est là encore la norme dans notre monde actuel). Les desseins de Daneel/Demerzel, qui reste le personnage central du cycle, bien que toujours en retrait, ne consistent qu'à protéger l'humanité en limitant toute souffrance et violence au minimum. Ce n'est qu'à ce titre qu'il encourage la naissance des 2 fondations (et d'autres projets qui ne sont pas encore mentionnés dans la série). L'adage de Salvor Hardin (dans les livres) "La violence est le dernier refuge de l'incompétence" est selon moi l'idée centrale de tout le cycle. À savoir comment éviter les pires crises tout en faisant fonctionner son cerveau et sa bienveillance plutôt que ses muscles et ses bas instincts. Cela vaut également pour le Mulet. Non, le Mulet n'est pas violent, il n'en a ni le besoin (de par ses facultés télépathiques) ni d'ailleurs l'envie. Ce qu'il souhaite est en fait la même chose que Demerzel, une humanité stable et fédérée, mais par la conversion forcée à ses idées et non par le libre arbitre.
Donc, et si vous avez tenu la lecture de cette critique jusqu'ici (chapeau ;-)), il est bien dommage que le nom d'Isaac Asimov et les véritables idées qu'il ait mises en avant dans son œuvre (réflexion, patience, tolérance, bienveillance, ...) aient été détournées pour devenir une vulgaire série ne véhiculant que les poncifs de notre civilisation actuelle (domination, loi du plus fort, violence, grands méchants et gentils plutôt instables psychologiquement, ...).
Dommage, car nous aurions aujourd'hui bien plus besoin dans nos vraies vies de ce que disent les livres plutôt que de ce que dit la série.