Je ne taperai pas dans l'originalité en disant que The Office est un véritable chef d'oeuvre. Mais il est compliqué d'utiliser un autre superlatif pour qualifier les neuf saisons de ce faux documentaire, que je suis maintenant bien déçu d'avoir terminé.
Sa première force réside bien entendu dans ce fameux format documentaire : les interviews des différents protagonistes face caméra sont hilarantes du début à la fin, et la façon dont l'équipe de production suit chacun des employés permet de s'immerger à 100% dans l'open-space de Dunder Mifflin. Les personnages, en particulier Jim, exploitent parfaitement la présence des caméras en leur glissant régulièrement un commentaire, un regard ou une petite mimique, qui font toujours sourire. Dans la dernière saison,
le teasing de la sortie du documentaire puis son accueil par les employés sont bien inspirés, et mettent au passage un peu de lumière sur l'équipe de tournage qu'on entend pour la première fois parler à quelques reprises.
Pour finir sur le format, j'ai lu que beaucoup de fans s'étaient plaints du fait qu'au fur et à mesure des saisons, les caméras sortaient des bureaux et suivaient les personnages dans des lieux ou un vrai documentaire n'irait pas (aux mariages par exemple). Remarque véridique certes mais reproche infondé à mon sens, puisque si on raisonne de cette façon, un vrai documentaire ne suivrait pas une entreprise de papier non-stop pendant 10 ans. Ces scènes extérieures au bureau permettent au contraire de montrer autre chose, de ne pas tourner en rond et de mieux connaître les employés.
En conséquence, bien que la première saison fête cette année ses 20 ans, la série se révèle extrêmement rafraîchissante par rapport à ce qu'on a l'habitude de voir, et offre une expérience unique (ou du moins très rare) en son genre.
On ressent certes les quelques années de décalage dans la façon de travailler et de vivre des personnages, surtout dans les premières saisons, mais la série vieillit très bien et sera je pense toujours une référence dans les décennies à venir.
Et ce sera également grâce à son deuxième point fort, tout aussi important que le premier : ses personnages. Les trois meilleurs sont sans hésitation possible Michael
- jusqu'à son départ -
Jim et Dwight. Le premier cité, à la fois insupportable mais sympathique, idiot mais touchant, gênant mais attachant, est brillamment interprété par Steve Carell. Ce dernier parvient à donner une profondeur incroyable à son personnage, devenu maintenant légendaire dans le paysage cinématographique. À ses côtés, Dwight dans un registre similaire au sien mais encore plus imprévisible et Jim (un des seuls personnages "normaux"), avec son humour et son tact, complètent un trio qui rythme avec brio le quotidien du bureau. Ce sont d'ailleurs logiquement eux qui apparaissent le plus souvent en interview face caméra (en moyenne plusieurs fois par épisode chacun).
Derrière ces trois monuments suivent deux autres excellents personnages principaux, en la personne de Pam et Andy (à partir de la saison 3), puis des personnages secondaires plus mitigés. La plupart d'entre eux sont en effet très bons (Stanley, Kevin, Angela, Oscar, Phyllis, Toby, Darryl et Erin à partir de la saison 5), chacun ayant son propre caractère bien défini qui rajoute piment et humour à l'intrigue. En revanche, d'autres sont bien moins intéressants comme par exemple Meredith et Creed, dont les personnalités tournent autour d'un seul trait peu captivant pendant les 9 saisons. Kelly cesse très vite d'évoluer et tourne en rond, Gabe, arrivé à la saison 6, est assez creux, tandis que Ryan, un des meilleurs protagonistes au départ,
disparaît de la circulation après son passage en prison. On a l'impression que les scénaristes (dont l'acteur fait d'ailleurs partie) ne savent plus trop quoi faire de lui à partir de ce moment, et il ne présente ainsi plus d'intérêt pendant la majeure partie de la série.
Outre la richesse de chaque personnage pris à part, leurs interactions et leur complicité (ou non) sont un véritable délice à suivre et amènent sans cesse à différentes situations absurdes et rocambolesques. Difficile de ne pas citer en ce sens le duo Jim-Dwight, alimenté par les différentes farces du premier au second. Ou, sur un ton plus romantique,
la relation entre Jim et Pam.
Le tout grâce à des acteurs de très haut niveau, mais aussi à une qualité d'écriture exceptionnelle, troisième force de la série.
En effet, sur le papier (sans mauvais jeu de mots), produire 9 saisons sur le quotidien d'une entreprise à l'activité aussi peu attractive semble sacrément difficile. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai beaucoup tardé à me lancer. Et pourtant, durant les près de 200 épisodes, on ne s'ennuie pas une seule seconde. Ou presque. Performance due à des dialogues parfaitement écrits, et à une imagination visiblement illimitée des scénaristes. En effet, quasiment tous les épisodes proposent quelque chose de nouveau et d'inattendu, à l'exception de ceux autour d'Halloween et Noël, qui reviennent assez régulièrement. Mais même là, les enjeux évoluent - un an ayant passé à chaque fois - et on n'a pas l'impression de voir deux fois la même chose une fois la première minute de l'épisode passée. En parlant de première minute, les scènes d'introduction avant le générique présentes dans la plupart des épisodes sont très plaisantes, de même que celles de conclusion avant les crédits. Et je souligne au passage l'excellent choix de durée des épisodes (21/22 minutes sauf quelques exceptions), qui rythme parfaitement la série.
Le scénario est ainsi très agréable et captivant à suivre, même si quelques épisodes sont bien sûr un peu moins bons, sans pour autant être de mauvaise facture. La seule baisse notable que j'ai relevée est en fin de saison 7,
après le départ de Michael. La transition est alors un peu lourde et les choses tournent en rond jusqu'à l'accession d'Andy au poste de directeur, couplée à l'arrivée de Robert California.
La série redémarre à ce moment de plus belle,
et l'absence de Michael ne pèse pas puisqu'Andy dirige le bureau quasiment dans le même style que lui (de façon légèrement moins excentrique ceci dit, du moins au départ). Autre bémol, plutôt au niveau de la cohérence, le renvoi de Toby par Dwight : si le directeur avait ce droit, Michael l'aurait exercé depuis bien longtemps.
On pourrait répondre que les incohérences sont légion pour le bon déroulement de l'intrigue, mais cette décision en particulier n'apporte rien au scénario (la série est terminée), raison pour laquelle je la mentionne.
Pour finir, mention spéciale à la conclusion de la série, qui parachève un travail de huit ans au sommet du genre humoristique.
Bien que les retrouvailles d'Erin avec ses parents tombent comme un cheveu dans la soupe, tous les personnages ont droit à une bonne conclusion pour leurs arcs respectifs (en particulier Dwight, qu'on est contents de voir enfin accomplir ses rêves), et c'est sympa de revoir un peu Michael. Seul le saut dans le temps d'un an avant le mariage de Dwight n'est pas très bien géré à mon goût. De plus, même si on se doute que son test de paternité plus tôt dans la série est bidon, ça aurait été bien de le préciser clairement au moment où on apprend - sans trop de surprises - qu'il est bien le père de Phillip.
En deux phrases, un géant du cinéma incontournable que je vous invite à consommer sans modération si ce n'est pas encore fait. On accroche facilement, on rit beaucoup, et on ne voit pas les épisodes passer !