À plus d’un titre cette série est révélatrice.
Elle dit beaucoup des personnages et beaucoup sur nous et notamment de nos fascinations malsaines.
Évacuons la fascination, pour l’acteur, Bryan Cranston.
C’est d’ailleurs l’entrée privilégiée pour évoquer cette série.
Depuis “Breaking Bad” (rôle déjà problématique en soi) tout rôle endossé le place dans une zone de bienveillance absolue.
Comme si la forme primait sur le fond.
Comme si c’était ça le plus important.
Le jeu d’acteur.
Là, il campe Michael Desiato, un juge à la Nouvelle-Orléans.
Ce n’est pas n’importe quelle profession. Rien d’anodin.
Il s’agit de personnes généralement élues par le peuple, sensées être garantes d’une éthique, d’une droiture, d’une exemplarité et de l’intérêt général.
Là, on en est loin. Le juge Desiato a toutes caractéristiques d'un ripou.
Et s’il feint de l’ignorer pour nous entraîner dans son sillage, lui, va vite s’en rendre compte et... nous avec...
Son fils Adam, au volant de son véhicule renverse mortellement un autre adolescent à moto.
Le jeune homme est tétanisé mais au lieu de sauver sa victime, il la laisse agoniser.
Il finira par prendre la fuite.
Et là, face à cette situation le juge fait finalement le choix de sauver son fils plutôt que de le livrer à la justice.
Tous les fameux principes supposés attachés à la fonction du juge Desiato volent en éclat.
Facilement. Bien trop facilement.
À croire, qu’il suffisait d’un déclic.
Alors évidemment l’angle présenté est celui-là : Jusqu’où sommes-nous prêt à aller pour sauver les personnes qu’on aime ?
En cela, le scénario est pernicieux et dérangeant.
Tout est mis en place, pour nous connecter au père de famille veuf, plutôt qu’au... juge.
Tout est mis en place pour nous connecter à ce fils qui débute une prometteuse histoire sentimentale.
Nous sommes poussés à nous identifier à cet adolescent, héritier du talent de photographe de sa mère défunte, qui voit son avenir potentiellement... gâché...
Au final, il y a tout un processus scénaristique qui, si nous ne sommes pas attenti•fs•ves, nous amène à nous inquiéter (à des degrés divers) du sort de deux pervers narcissiques, deux monstres à sang froid particulièrement détestables !
Car c’est de ça dont il s’agit.
Le juge est un manipulateur qui abuse de ses privilèges societaux, de son pouvoir de notable, de ses connexions et -de surcroît- de ses amitiés, pour arriver à ses fins.
Il ne faut pas se fier aux ficelles visuelles des gros plans sur sa mâchoire carré et ses airs de “chien battu”.
Ce juge n’a aucun état d’âmes.
La fin justifie les moyens et des moyens, il en a.
Le fils Desiato, est tout aussi manipulateur que son père.
C’est, en puissance, un séducteur de 17 ans capable de vivre une relation interdite avec sa prof à peine plus âgée que lui. Il fascine cette jeune femme autant qu’il fascine son père et un peu sa grand-mère.
Et c’est aussi un séducteur qui finira par se rapprocher sentimentalement de la sœur de la personne qu’il a laissé mourrir sur le bord de la route. C’est juste odieux !
Malgré cela, comme on nous le suggère fortement dans le scénario : Il faut sauver le soldat Adam ! Coûte que coûte.
Et à qui coûte ce sauvetage ?
Car si Adam ne paye pas sa dette à la société, il faudra bien que quelqu’un paye ?
Et c’est aussi, là que le bât blesse.
Pour sauver l’avenir du jeune blanc, un jeune noir devra morfler !
Le privilège blanc dans toute sa dimension.
Koffi, jeune homme noir des ghettos n’a rien à voir avec cette affaire. Certes, c’est un petit délinquant -du même âge qu’Adam-, mais qui n’a pas eu la chance d’être né avec une cuillère d’argent dans la bouche avec un père juge, un parrain en passe de conquérir la mairie et une grand-mère sénatrice de l’État.
Koffi est donc vite le coupable désigné du meurtre initial. C’est le lampiste. L’agneau porté au sacrifice. C’est lui qui va porter le chapeau.
Il se retrouve au milieu de cet engrenage mortifère, qui va faire que, lui mais aussi une grande partie de sa famille, vont payer de leur vie, les pots cassés des errances d’Adam et des manipulations du juge Desatio.
Mais qui s’en soucie ?
Contrairement à ce qui se passe pour la mort de la première victime, (où toute l’agonie est montrée) la réalisation “invibilise” jusqu’au dernier moment la mort de Koffi. Les images de son visage fortement tuméfié, son passage à tabac en prison qui entraîne sa mort, sont soigneusement évitées avant d’être finalement montrées partiellement, lors du procès. Une séquence qui intervient trois ou quatre épisodes après les faits.
À croire qu’il ne faut surtout pas qu’une connexion à Koffi vienne parasiter le message initial.
De la même manière, les sœurs et la mère de Koffi périssent dans l’explosion de leur modeste maison.
Tout est montré à travers les yeux du seul rescapé de cette tuerie, le jeune frère de Koffi qui rentrait chez lui au moment de la détonation.
Ces gens n’existent pas. Ils sont morts ! La série est presque en train de nous dire : Et alors ?
Je ne vais pas m’attarder sur les nombreuses incohérences de l’enquête.
Car ce qui dérange dans cette tragédie classique, c’est que les défaillances du système judiciaire dénoncées d’un côté sont particulièrement encouragées de l’autre par un scénario qui valide les manœuvres des personnages centraux.
Aux yeux de la justice, ces gens s’en sont sortis ! C’est terrible et c’est, du coup, la meilleure campagne publicitaire en faveur du statu quo.
Le coup de théâtre final n’est qu’un malentendu qui ne change rien à l’affaire. Il ne fait que poser la question suivante :
Faut-il en passer par là pour entrevoir un peu de justice ?