La saison 2 de The Last of Us était attendue au tournant. Adaptant un matériau aussi fort, poignant et viscéral que The Last of Us Part II, elle aurait pu s’imposer comme l’une des plus grandes séries de la décennie. À la place, elle s’enlise dans un océan d’erreurs de choix artistiques, d’écritures et de casting. Le résultat ? Une adaptation qui trahit profondément l’essence même de l’œuvre originale.
Les (rares) réussites
Commençons par reconnaître ce qui fonctionne, car il y a malgré tout quelques éclats dans ce champ de ruines :
- Les scènes pré-génériques de chaque épisode offrent souvent une mise en contexte réussie. Ces introductions parviennent parfois à capturer l’esprit post-apocalyptique de l’univers, avec une atmosphère pesante et un sens du mystère bienvenu.
- La scène finale de l’épisode 6, sur le balcon entre Joel et Ellie, bien qu’inférieure à son équivalent vidéoludique, parvient à retrouver brièvement un souffle dramatique authentique. C’est la seule séquence qui rappelle le potentiel émotionnel et la tension narrative du jeu d’origine.
Mais c’est à peu près tout.
Un gâchis monumental de la matière première
Le jeu The Last of Us Part II est une œuvre brutale, mature, déchirante, qui interroge la violence, la vengeance et la condition humaine dans un monde effondré. La série choisit d’en balayer la force dramatique pour la troquer contre une version édulcorée, presque méprisante envers son propre matériel de base.
Pourquoi révéler dès les premières minutes l’identité d’Abby et ses intentions ?
La tension du jeu repose sur une découverte progressive, un puzzle émotionnel et moral que le joueur assemble au fil des heures. Ici, la série choisit de tout dévoiler d’emblée, annihilant ainsi l’ambiguïté, la surprise, et l’impact émotionnel. C’est un contresens scénaristique majeur.
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- Bella Ramsey : un casting désastreux
Il est impossible de contourner ce point : Bella Ramsey est une erreur de casting monumentale dans le rôle d’Ellie. Là où Ellie, dans le jeu, incarne une intensité brute, une rage silencieuse, une jeunesse abîmée mais complexe, Ramsey n’évoque qu’irritation et dissonance.
Elle ne dégage ni la tension dramatique, ni la présence émotionnelle que le personnage exige. Pire encore, sa performance semble perpétuellement filtrée par une volonté de cocher des cases idéologiques plutôt que de s’inscrire dans le réalisme de l’univers. Dans un monde en ruines, son jeu sonne faux, artificiel, et totalement anachronique.
Certains y verront un engagement, d'autres une dérive « woke » hors-sujet. Dans tous les cas, cela participe à éloigner la série de la sincérité violente de l’œuvre originale.
- Pedro Pascal : juste mais sabordé par l’écriture
Pedro Pascal, sans être un acteur que je considère comme remarquable en général, incarne plutôt bien Joel, avec une certaine sensibilité et une voix intérieure crédible. Mais que fait l’écriture ? Elle en fait une victime fragile, un homme brisé bien trop tôt, bien trop facilement, vidé de sa force morale et de sa présence menaçante. Joel devient une ombre, une victime d’un scénario qui semble ne plus vouloir l’assumer.
La scène de sa mort, dans cette version, est insipide, plate, et bâclée.
Là où le jeu frappe comme un uppercut, la série détourne pudiquement la tête, comme si elle voulait s'excuser d’avoir à montrer une scène aussi importante. C’est à la fois incompréhensible, frustrant, et presque insultant.
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Une série qui choisit la facilité idéologique à la puissance narrative
Ce qui choque le plus, c’est la direction volontairement prise par la série : au lieu d’embrasser la noirceur, la complexité morale et l’ambiguïté de ses personnages, elle préfère axer l’essentiel de son récit sur une romance adolescente lesbienne ultra-centrée et dépourvue de subtilité. Ce n’est pas la relation en elle-même qui pose problème – elle existe aussi dans le jeu – mais le traitement prioritaire qu’elle reçoit au détriment de tout le reste.
Le récit, au lieu de s’ouvrir, se ferme sur des obsessions identitaires. Il ne s’agit plus de raconter l’apocalypse, mais de produire une version digeste, compatible avec les impératifs idéologiques de notre époque, au détriment total de la cohérence, du réalisme et du drame.
Conclusion : un supplice en 7 actes
La série aurait pu — aurait dû — rivaliser avec Breaking Bad, Chernobyl, ou même Game of Thrones dans ses meilleures heures. À la place, elle rejoint la catégorie des pires adaptations jamais réalisées. Une trahison esthétique et narrative, qui ne laisse à l’esprit du spectateur que frustration, colère, et lassitude.
Verdict final : 0,5 / 5
Jouez au jeu. Et oubliez cette adaptation, ou mieux encore : ne la commencez pas.
Surtout si vous tenez un tant soit peu à ce que représente Ellie dans le jeu original, car cette version en ruine portée par Bella Ramsey n’est qu’une caricature douloureuse à regarder.