« Je ne suis pas ici pour discuter de mon passé. »
La série tant attendue démarre sur deux épisodes parfaitement ratés. Sur le plan de l’histoire, d’abord, impossible à suivre si on n’a pas regardé les séries animées The Clone Wars (2008-2014) et Rebels (2014-2018), toutes deux excellentes, la première mettant en lumière le très attachant personnage d’Ahsoka Tano, padawan d’Anakin Skywalker (futur Darth Vador), le second révélant ceux de Sabine Wren, Hera Syndulla et Ezra Bridger. Sur le plan de la narration, ensuite, beaucoup trop lente, suite de scènes à la fois prévisibles et vides alors que la densité du propos exigeait un minimum d’explications. Les dialogues, d’ailleurs, sont quasiment absents et d’une banalité confondante. Enfin, on regrettera une direction d’acteur·trices beaucoup trop figée. Alors certes, le format série nécessite des clichés et des attitudes aisément reconnaissables mais pas à ce point, avec un tel matériel narratif. Enfin, il y a cette manie de toujours, à chaque nouvelle production estampillée Star Wars, vouloir upgrader la Force, comme pour épater le public de quinquagénaires (dont je suis), blasé qu’il serait de sa plus simple manifestation. Restent les décors et les effets spéciaux à propos desquels il n’y a rien à dire : c’est somptueux, on en a l’habitude.
Le ton change à partir du troisième épisode, précisément dans une scène simple et un rien éculée : l’entraînement au combat à l’aveugle, classique parmi les classiques de la licence, depuis le tout premier film (Star Wars/Un Nouvel Espoir, 1977). On peut enfin se plonger dans les personnages et savourer un casting quasi exclusivement féminin, proposant des archétypes variés : Hera Syndulla la générale consensuelle, Ahsoka Tano la jedi torturée, Sabine Wren la padawan mandalorienne encore plus torturée et tempétueuse, Morgan Elsbeth l’ancienne dignitaire impériale cynique et Shin Hati sa jeune recrue arrogante. Libérées du poids d’une réalisation désastreuse, les actrices, respectivement Mary Elizabeth Winstead, Rosario Dawson, Natasha Liu Bordizzo, Diana Lee Inosanto et Ivanna Sakhno, peuvent enfin affirmer leur jeu.
Un rien prévisible, le cinquième épisode apporte son lot de scènes épiques, à travers les réminiscences, un rien obligées, d’Ahsoka. L’ensemble donne lieu à la traditionnelle lutte interne entre bien et mal, la Force et son Côté Obscur, ainsi qu’à un duel franchement relevé.
Au fil des derniers épisodes, les personnages s’affinent et deviennent à la fois plus complexes et plus attachants, notamment, outre les caractères féminins déjà cités, celui de Baylan Skoll, dernier rôle du regretté Ray Stevenson. Entre plusieurs scènes assez imbuvables reprenant les codes du début, on en retrouve d’ailleurs également d’autres plus proches de l’esprit Star Wars originel où l’humour et la mignonnerie de créatures improbables et parfois déjantées ont leur place (avec un revival Ewok version tortuscargot).
Hélas, les dialogues restent d’une indigence totale et d’un niveau de langage très pauvre (du moins en VO), ce qui affadit terriblement l’ensemble. En outre, à force de produire des dérivés de dérivés de dérivés de l’univers de base (la trilogie originelle et centrale, dont la conclusion sert aussi de datation), la licence finit par perdre de sa cohérence et de son intérêt, du moins pour les fans de la toute première heure. C’est beau, c’est parfois enlevé mais ça manque cruellement d’originalité et de densité. A l’image, donc, des dialogues.
Au final, on retiendra que, précurseure en la matière, la saga Star Wars propose une série où les femmes sont mises à l’honneur, dans un spectacle qui va crescendo dans la tension et l’esthétisme mais manque cruellement d’originalité et de cohérence avec la base, également trop dépendant de séries annexes.