From raconte l’histoire d’un rituel originel fondé sur le sacrifice d’enfants accompli afin d’arracher artificiellement l’éternité à l’ordre naturel du monde. Mais au moment de son accomplissement, le refus de deux parents introduit une contradiction qui fracture la réalité et engendre un système autonome condamné à se répéter indéfiniment. Ce système, dont la ville, les créatures, les cycles de réincarnation et l’ensemble des phénomènes observés ne sont que les mécanismes internes, n’existe que pour maintenir l’équilibre nécessaire à la perpétuation d’une promesse d’immortalité devenue monstrueuse, en produisant simultanément peur, souffrance et espoir, seule énergie née du sacrifice dont dépend désormais sa survie. Depuis l’origine, deux forces opposées en assurent l’équilibre : l’Homme en Jaune, garant de la continuité du cycle et de la préservation du sacrifice, et le Garçon en Blanc, incarnation de l’espoir laissé par les enfants et de la possibilité qu’une issue différente demeure encore possible. Depuis des siècles, le système recycle ainsi les consciences humaines en effaçant leur mémoire, se nourrissant de leur espoir, jusqu’à ce que Jade et Tabitha, dernière occurrence des deux parents ayant autrefois tenté d’empêcher le sacrifice, retrouvent progressivement le souvenir du drame originel. En arrachant l’arbre à bouteilles, lieu où l’espoir des enfants s’est enraciné au moment du sacrifice, ils provoquent pour la première fois un dérèglement profond du système lui-même, désormais contraint de lutter pour sa propre survie. Dès lors, le récit atteint sa seule véritable issue possible : soit Jade et Tabitha parviennent à achever le rituel, libèrent les enfants et From disparaît définitivement ; soit ils échouent après avoir déjà détruit l’espoir qui maintenait encore la possibilité d’une réparation, condamnant alors le sacrifice à atteindre enfin sa finalité absolue — non plus un cycle cherchant éternellement à se corriger, mais un cauchemar parfait, privé d’espoir, devenu éternel.
Au-delà de son mystère central, From impressionne d’abord par la remarquable maîtrise de son exécution. La série bénéficie d’un casting d’une rare solidité, porté par des acteurs particulièrement charismatiques dont l’interprétation donne à chaque personnage une présence immédiatement crédible, humaine et profondément incarnée, condition indispensable à un récit reposant autant sur la tension psychologique que sur l’attachement émotionnel du spectateur. Sa cohérence visuelle est tout aussi remarquable : photographie, lumière, décors, architecture de la ville, forêt, tunnels, créatures, costumes, tout participe à une identité esthétique parfaitement homogène qui ne souffre d’aucune rupture de ton et donne au monde de From une existence tangible d’une grande maturité artistique. Là où beaucoup de séries à mystère empilent artificiellement des énigmes, From développe au contraire une impression constante de cohérence interne, chaque élément semblant appartenir à un univers pensé comme un tout organique. La série possède en outre une qualité d’écriture particulièrement rare : malgré la multiplication apparente des questions, aucune saison ne donne le sentiment d’improviser ou de chercher artificiellement à prolonger son intrigue, chaque épisode conservant une densité narrative et une progression dramatique remarquablement constantes. Mais ce qui distingue peut-être le plus profondément From reste sa nature presque intemporelle : sous les apparences d’un survival horror contemporain, la série fonctionne en réalité comme un conte moderne d’une étonnante sophistication, mobilisant les grands archétypes narratifs les plus anciens — sacrifice, innocence perdue, éternité, mémoire, espoir, monstruosité et rédemption — tout en leur donnant une forme visuelle, émotionnelle et philosophique d’une rare élégance. Si l’architecture interne de son récit se confirme pleinement, From pourrait alors apparaître non seulement comme une excellente série de genre, mais comme l’une des propositions télévisuelles les plus cohérentes, ambitieuses et esthétiquement accomplies de ces dernières années.