Dans une Gotham City où les ténèbres semblent n’avoir aucune limite, The Penguin nous offre un récit criminel à la fois brutal et nuancé, une immersion fascinante dans le monde des gangsters où les ambitions dévorantes côtoient les drames personnels. Portée par la performance magistrale de Colin Farrell dans le rôle d’Oswald "Oz" Cobb, la série explore avec efficacité la montée au pouvoir de ce personnage complexe. Cependant, quelques failles narratives et un rythme inégal empêchent la série d’atteindre la perfection.
Les premiers épisodes, notamment Cinq à sept et Infiltré, posent les bases de ce que sera le voyage tumultueux d’Oz. Ces chapitres, bien qu’efficaces pour planter le décor et introduire les conflits, manquent parfois d’impact narratif. Les intrigues secondaires et les sous-entendus politiques enrichissent l’univers, mais peinent à s’intégrer harmonieusement dans l’histoire principale. Cependant, grâce à une réalisation maîtrisée et une direction artistique oppressante, l’ambiance suffocante de Gotham est immédiatement palpable, capturant l’attention même lorsque le rythme vacille.
À partir de l’épisode À la vôtre, la série trouve son souffle et livre des moments d’une puissance émotionnelle remarquable. Cet épisode, centré sur le passé trouble de Sofia Falcone et la relation chaotique entre Oz et sa propre mère, Francis, marque un tournant dans l’histoire. Cristin Milioti brille dans son interprétation de Sofia, injectant une tension palpable dans chacune de ses apparitions. La dynamique entre elle et Oz est à la fois électrique et tragique, un duel intellectuel et moral qui élève la série.
Ce regain d’intensité se poursuit avec Haut de forme et culmine dans De grandes choses, de petites choses. L’avant-dernier épisode parvient à équilibrer magistralement action, intrigue et drame personnel, tout en laissant entrevoir la fragilité émotionnelle d’Oz, renforçant ainsi son humanité. La scène finale de cet épisode est un chef-d’œuvre de tension, un moment de bravoure à la fois intime et spectaculaire.
Cependant, malgré ces épisodes forts, la série n’évite pas quelques faux pas. Retour au bercail et Le sommet d’or se montrent parfois trop éparpillés, tentant de jongler avec plusieurs intrigues sans parvenir à leur donner un poids égal. Ces épisodes, bien que loin d’être mauvais, ralentissent le rythme et affaiblissent légèrement l’élan dramatique.
De plus, certaines sous-intrigues, comme celle de Victor "Vic" Aguilar, bien interprété par Rhenzy Feliz, auraient mérité un traitement plus approfondi. Sa relation avec Oz, pourtant riche en potentiel narratif, est parfois reléguée au second plan, diluant l’impact de son évolution.
Visuellement, The Penguin est un bijou sombre. Gotham City, dépeinte avec une minutie presque suffocante, devient un personnage à part entière. Les ruelles sales, les bâtiments délabrés et les éclairages froids plongent le spectateur dans un univers où le moindre rayon de lumière semble suspect. Cette atmosphère sert à merveille l’histoire d’Oz, un homme dont l’ascension repose sur les ombres qu’il manipule si habilement.
Le dernier épisode, bien qu’intense et satisfaisant sur le plan émotionnel, laisse une impression mitigée. La décision d’Oz d’assassiner Vic, son fidèle allié, tout en dansant avec une version symbolique de sa mère, clôt la série sur une note à la fois poétique et troublante. Ce choix audacieux, bien que cohérent avec le ton général, risque de diviser les spectateurs.
The Penguin est une série ambitieuse et audacieuse, portée par une performance centrale mémorable et une direction artistique irréprochable. Elle excelle dans sa capacité à créer une atmosphère immersive et à plonger dans les méandres psychologiques de ses personnages principaux. Cependant, des épisodes inégaux et certaines intrigues mal exploitées empêchent la série de devenir un chef-d’œuvre absolu.
Malgré ses imperfections, The Penguin reste une expérience incontournable pour les amateurs de récits criminels et d’histoires profondément humaines. Elle ne révolutionne peut-être pas le genre, mais elle le sublime par moments, offrant un spectacle sombre et captivant qui mérite d’être vu.