Que l’on sonne le glas pour cette série !
Soit honnis celui qui omet de louer la royale performance de l’interprète de Sa Majesté Henri VIII, ni de saluer la grâce ensorcelante de Natalie Dormer en Anne Boleyn. La première saison fut d’une exécution des plus honorables, elle se tint droite et fière, à l’image d’un gentilhomme paré pour sa joute. Les personnages, animés d’un souffle vif et juste, prenaient vie avec une prestance digne des grandes histoires. Le roi, tantôt exaspérant, tantôt tyrannique, nous accable de ses caprices, et la narration se déploie avec une aisance remarquable, oui mes seigneurs. Tout était à sa place, les palais et les appartements royaux resplendissaient d’opulence, les étoffes d’une magnificence détaillée seyaient aux plus insignifiants nobliaux autant qu’au plus vif des princes. Pour sublimer le tout, maître Trevor Morris composa des musiques qui venaient charmer l’esgourde du spectateur, comme une messe grandiose ! C’est bien ce dernier qui se laissait aisément enivrer par le jeu des alliances et des trahisons, tel un courtisan nouvellement reçu à la Cour de sa Majesté.
Hélas, dès la seconde saison, le ver ronge le fruit, et la grandeur s’efface pour céder place à la lassitude. La lenteur et la décadence ont usé les nobles fondations de cette série, et le bel édifice s’effondre tel un château de cartes balayé par le souffle de l’ennui. Les mêmes intrigues sont resservies à volonté : comment sa majesté se délestera-t-elle de son épouse pour en accueillir une autre encore plus fraîche de l’entrecuisse ? Les figures de la Cour, autrefois jadis si habilement introduites, ne sont plus que de simples pantins, surgissant et disparaissant au gré des caprices du récit – votre obligé soupçonne les sacro-saints enlumineurs du scenarium de les avoir décapités en douce. Les dialogues deviennent sur le chemin du récit de pâles échos de ce qu’il se joue devant nous. Quelle affligeante pauvreté ! Le calice étant vide, les grands horlogers de la série ont eu l’outrecuidance de le combler de chairs offertes et de lames ensanglantées. Au fil du récit, la luxure prend une place importante : pourvu qu’elle soit jeune et avenante, dès qu’une nouvelle dame entre en scène, point ne faudra attendre plus de deux battement d’horloge avant que sa peau ne soit dévoilée, le fessard et les dômes lactés dénudés. Les deux dernières saisons nous montrent un roi qui se déchaîne dans ses bas instincts tel un loup en cage, et sans raison entendable, ses sujets feignent de s’offusquer des adultères de leur bien-aimé(e) tout en cédant aux mêmes vices.
La psychologie des personnages, pourtant bien taillée dans la première saison, semble s’être envolée – votre obligé soupçonne à nouveau les enlumineurs d’y être pour quelque chose. Les personnages errent sans but, sans âme, leurs interprètes eux-mêmes n’ont plus la flamme des premiers jours ; et que dire de ce précipité vieillissement des personnages, imposé à la hâte, si ce n’est qu’il vient achever d’ôter toute crédibilité aux acteurs. L’ultime coup d’épée s’abat mollement avec le dernier épisode où l’on doit subir un ressassement d’une pesanteur fastidieuse des vestiges des saisons passées, tel un vieillard radotant des détails insignifiants. Rien de pis que cette attente, si ce n’est la réalisation que les personnages ont vieilli, mais n’ont point grandi, loin s’en faut. Quelle pitié ! Ce n’est point là, mes seigneurs, un récit digne des Tudors, mais un fragment mal dégrossi de la vie d’Henri VIII et des caprices d’un seul homme. Tant de richesses inexploitées, tant de splendeur sacrifiée sur l’autel de la paresse ! Les grands horlogers de la série le savaient pourtant, en s’excusant de façon à peine voilée dans un affront suprême, par un texte apposé sur une peinture mal cadrée de sa Majesté le roi.
Fade conclusion que celle-ci.