"What is beneath your feet ?"
Conscients de l'intérêt contradictoire pour l'univers carcéral du ludus qui a nourri deux saisons entières (la première, Blood and Sand, et la préquelle, Gods of the Arena), les producteurs et scénaristes de la licence Spartacus ont tenté le coup d'une mini-série dérivée centrée sur l'un des deux personnages les plus complexes de la licence : Ashur (l'autre étant Gannacus). A la fois attachant et détestable, combatif et arriviste, l'ancien gladiateur syrien nous revient donc dans une tentative de multivers très en vogue dans les productions étasuniennes actuelles. Après tout, ce concept d'univers aux destinées différentes n'est-il pas né dans l'antiquité, à travers les fils tressés par les Parques, ou dans le clinamen épicurien repris également dans la philosophie latine classique du Ier siècle avant notre ère ? Ceci pouvant racheter voire éclairer une conclusion, disons... problématique.
Tout comme dans la préquelle, l'ambiance et la reconstitution matérielle des anciennes arènes, plus petites que l'amphithéâtre irréel des première et deuxième saisons, offre plus de profondeur de champ et de réalisme, ce qui est incontestablement un plus. A ce stade (si j'ose employer ce mot), on pourrait se dire que les scénaristes ont pris note des erreurs commises dans les premiers épisodes de la première saison, qui manquaient d'à peu près tout : ce spin-off propose un scénario intéressant malgré quelques intrigues secondaires déjà vues dans d'autres saisons, une narration pédagogique non seulement sur les jeux et les différentes catégories de gladiateurs mais aussi sur les intrigues politiques du premier triumvirat et des dialogues plus charpentés même si toujours un rien répétitifs, des dialogues plus riches (ah, cette façon toute latine de remercier et de taper des voies passives à tout bout de champ !), une interprétation convaincante (Nick E. Tarabay est sans conteste la révélation de l'ensemble et Graham McTavish mériterait beaucoup plus de visibilité) et une réalisation qui fait le travail en ne se limitant plus à quelques effets faciles, surimpression d'images et ralentis. A ce titre, on notera la fidélité de l'écurie estampillée Sam Raimi additionnée de quelques invités.
Au rayon des défauts qui demeurent, notons quelques erreurs historiques dont la surreprésentation des mises à mort dans l'arène, atteingnant factuellement au maximum à 15%, ce qui est loin d'être le cas ici. Soulignons également des rebondissements ultra-prévisibles et un étirement des intrigues accessoires dans certains épisodes, rallongeant inutilement le propos plus que servant de transitions.
Au rayon des qualités, outre une réalisation beaucoup plus subtile et une reconstitution qui fait la part belle à l'édification (les commerces, le jeu des latroncules, sorte de mélange entre les dames et les échecs), il faut parler de la complexité du personnage éponyme, Ashur, remarquablement exploitée au fil de ses mésaventures pour se hisser, comme son ancien dominus, à un niveau qui n'est pas le sien, avec la difficulté supplémentaire d'avoir été esclave et d'être d'origine étrangère. Contre-balançant la prévisibilité de certains rebondissements, certains autres sont bien pensés, semant leurs graines tout au long de la narration pour éclore vers la fin.
Enfin, et toujours sur le plan du scénario, mettant en lumière une esclave nubienne, on peut aussi s'interroger : que vaut une oeuvre au propos progressiste (certains diraient "woke) traité de manière conservatrice, voire réactionnaire (le culte de la violence, une représentation physique ultra-normée et ses préjugés homophobes, racistes et sexistes) dans une société basée, il est vrai, toute entière sur la domination duale maîtres/esclaves, hommes/femmes, riches/pauvres, aristocrates/plébéiens, Romains/Barbares, pénétrants/pénétrés ? Personnellement, je n'ai pas de réponse. Et vous ?
Assurément la saison la mieux maîtrisée de l'ensemble.
"A man must accept his faith or be destroyed by it."