Comme d’habitude, ma fascination pour ce genre d’histoire terrifiante parce que réelle a été plus que satisfaite avec la saison 2 de MONSTRES. J’ai découvert L’HISTOIRE DE LYLE ET ERIK MENENDEZ en même temps que la série. Les faits se sont en effet déroulés au tout début des années 90, j’étais par conséquent trop jeune pour m’en souvenir, et je ne sais même pas si cette affaire avait fait grand bruit à l’époque en France. La saison une consacrée à Jeffrey Dahmer m’avait absolument choquée. Dans ce second volet, ce que je trouve remarquable, c’est d’abord l’esthétisme indéniable que l’on retrouve dans toutes les productions signées Ryan Murphy (AMERICAN HORROR STORY, HOLLYWOOD, AMERCIAN CRIME STORY), mais la particularité de cette saison est qu’ici, mis à part les meurtres, on ne va voir aucune des agressions sexuelles perpétrées par le père des deux garçons. On en ressent cependant totalement la gravité et l’horreur, lorsqu’Erik décrit les faits dans cet épisode 5, entièrement filmé en plan-séquence. Une performance bluffante. Du côté de l’enquête, un travail d’amateur. Heureusement que ceux qui avaient les informations permettant de compromettre les meurtriers se sont volontairement présentés à eux sinon l’enquête ne serait toujours pas résolue. Adapter un récit à une histoire vraie est toujours complexe, néanmoins, j’avoue en ressortir totalement perdue, pas plus avancée qu’au début de la série. Qui sont vraiment les Monstres… Les enfants ? Ou leurs parents ?
Les premiers épisodes sont plutôt clairs, cependant à partir du procès, on ne comprend plus rien : ce qui est vrai, ce qui est faux, sont-ce des souvenirs ou des spéculations de la part des auteurs ?
J’ai en tête la scène ou José téléphone à sa mère pour lui expliquer à quel point les sévices qu’elle a elle-même commis l’ont affecté. Il dit savoir qu’elle a perpétré ce que son oncle lui avait fait. Le fait est que pas un témoin dans cette scène n’aurait pu rapporter les faits, encore moins la mère. Donc, on ne sait pas trop comment analyser cette bombe qu’on nous envoie à la figure sans plus d’explication. Lorsque l’on décortique le comportement de Lyle, qui livre une prestation incroyablement poignante lors du procès, et explique ensuite à sa nouvelle confidente, Norma, à quel point le jury a bu ses paroles… Qu’en penser ? L’épisode cinq dans lequel Erik décrit à son tour les abus dont il a été victime, à Leslie Abramson (Ari Graynor), son avocate, puis perd ensuite tous ses moyens face à un bien plus vaste auditoire, semble nous garantir l’authenticité des faits. Mais alors, pourquoi n’avoir rien dit lors des sessions avec le docteur Oziel, surtout après les meurtres ? Il n’y avait plus à craindre la colère du père à ce moment. J’ai en effet d’abord pensé que les garçons se taisaient de peur que le psychanalyste ne répète tout auprès de José. Ce psy d’ailleurs, parlons-en. Où est-il lors du procès ? Quelles étaient réellement ses intentions lorsqu’il eut obtenu les confessions enregistrées ? Les faire chanter pour obtenir un financement ? Quant à Judalon (Leslie Grossman), qu’est-ce que c’est que ce cirque au tribunal ? Et ces graves allégations à l’encontre de Jérôme Oziel qui semblent amuser tout le monde ? Cet épisode nous a été servi comme si l’on avait déjà connaissance des faits originaux et qu’il s’agissait d’un récap rapide. Revenons-en aux garçons : si le motif n’était pas l’argent, alors pourquoi le dépenser comme des nouveaux riches du jour au lendemain ? Pourquoi agir ensuite comme des imbéciles avec cet héritage dont ils ne sont même pas certains de bénéficier ? Comment être si bons acteurs et agir aussi peu subtilement par la suite, lorsque l’on a travaillé son alibi et son storytelling ? Pourquoi attirer autant l’attention comme si l’enquête avait été bouclée et qu’ils ne craignaient plus rien ? Ensuite, il y a les passages transformés des faits, le jour du meurtre. Les frères qui jettent leurs habits dans la poubelle après s’être rendus compte que du sang avait giclé alors que dans la première version, ils restent dans la maison et se nettoient. Et cette perruque, bon sang. Pourquoi ? Quelle est la raison de cette alopécie précoce ? Stress ? Hérédité ? J’aurais apprécié un peu plus d’informations… Quid de ce début de romance entre Erik et le détenu qui lui prête des centimes pour le téléphone, puis disparaît du jour au lendemain. Enfin, pourquoi l’avocate devient-elle aussi peu compétente lors du deuxième procès ? Elle a l’air totalement dépassée et semble vouloir s’attirer les foudres du juge. Stratégie incompréhensible. Pourquoi avoir accepté de défendre les frères pro-bono si elle avait déjà baissé les bras ?
Bon et au final, les parents étaient-ils les monstres que l’on nous a décrit, ou bien ce gentil couple présenté sur le bateau à la fin de la saison ? Ce que je pense, après avoir visionné l’intégralité de la série, c’est qu’on ne saura jamais vraiment. Mais mon interprétation est la suivante : les frères ont bel et bien été abusés par leur père. Et le fait que Lyle confesse avoir ensuite reproduit cela sur Erik ajoute du poids à cette vérité sinon pourquoi ajouter cet aveu sordide, loin de le rendre sympathique aux yeux des jurés. Je pense néanmoins que cela a bousillé Lyle qui est devenu chauve et psychopathe. C’est un homme dangereux, narcissique, dénué d’empathie, calculateur et manipulateur, qui s’est servi de ce que son frère lui a révélé pour obtenir un mobile à son envie de tuer son père. Erik, qui a subi les sévices sexuels de son père et de son frère pendant plusieurs années, a perdu tous repères. Il n’est même pas sûr de sa sexualité, se pense homosexuel, mais finit par se marier avec une femme. Il fantasmait en revanche sur la mort de ses parents, d’où l’écriture de ce scénario avec son ami. Scénario qu’un jour, il présente à son frère qui le transforme en plan. Erik est un suiveur, et Lyle, un meneur. Mais l’argent était évidemment une énorme cerise sur le gâteau. Quant à assassiner leur mère, cela ne m’étonne pas beaucoup. Elle ne semblait pas les porter dans son cœur, bien au contraire, et ne les a jamais protégés. À mon sens, ils ne méritent pas ce qu’ils ont vécu en termes d’abus, mais ils méritaient la prison, car ils ne se sentaient pas réellement en danger de mort et ont souhaité la liberté financière, ne plus être sous la coupe de leurs parents. Ils auraient sinon simplement pu s’enfuir.
J’ai en tout cas aimé cette série et je vous invite à lire l’avis sur L’HISTOIRE DE JEFFREY DAHMER. Par ailleurs, la saison 3 consacrée cette fois-ci à Ed Gein, ce tueur ayant inspiré les film et série respectifs PSYCHOSE et BATES MOTEL, est en cours de production.
Update
Un documentaire produit par Netflix, est sorti le 7 octobre 2024 sur les frères Menendez, intitulé THE MENENDEZ BROTHERS. De quoi approfondir le sujet, mais surtout revoir l’histoire sous un nouvel angle, celui d’Erik, ainsi que celui des proches des frères.
L’intérêt pour leur affaire, ravivé par la série et le documentaire Netflix, a généré un mouvement de soutien en ligne, renforcé par le mouvement #MeToo et des figures publiques comme Kim Kardashian, qui appellent à reconsidérer leur situation. Le procureur a récemment demandé à un juge de réévaluer leur condamnation, ce qui pourrait les mener à une libération conditionnelle. Une audience pour étudier cette demande est prévue le 11 décembre prochain. On assiste ici en direct au pouvoir des séries, documentaires et du public, et je trouve cela incroyable. A suivre donc…
Autres faits autour de la série et de l’affaire :
En août 2018, un journaliste remarque Lyle et Erik dans le coin inférieur gauche de la carte de collection NBA Hoops 1990-91 de Mark Jackson.
Kim Kardashian a rendu visite aux frères Menendez en prison le 21 septembre 2024 afin de discuter avec des détenus, dont Lyle et Erik, de la réforme du système pénitentiaire aux Etats-Unis, un sujet qui lui tient particulièrement à cœur. Elle était accompagnée de sa mère, sa sœur Chloé et de l’interprète d’Erik dans la série, Cooper Koch.
Les frères n’ont pas aimé la version proposée par Ryan Murphy et Ian Brennan. Erik a notamment commenté: « Je pensais que nous avions dépassé les mensonges et les portraits désastreux de Lyle, en créant une caricature de Lyle enracinée dans des mensonges horribles et flagrants qui sévissent dans la série. Je ne peux que croire qu’ils ont été faits exprès. C’est avec le cœur lourd que je dis que je crois que Ryan Murphy ne peut pas être aussi naïf et inexact sur les faits de nos vies pour faire cela sans mauvaise intention. C’est triste pour moi de savoir que la représentation malhonnête par Netflix des tragédies entourant notre crime a fait reculer les vérités douloureuses de plusieurs pas – dans le temps, à une époque où l’accusation construisait un récit sur un système de croyances selon lequel les hommes n’étaient pas abusés sexuellement et que les hommes vivaient le traumatisme du viol différemment des femmes. »