Twin Peaks est à la fois une série et un univers. C'est le nom de la bourgade, dans un coin très reculé des États-Unis, à la frontière avec le Canada, dans une vallée encerclée par deux grands pics montagneux jumeaux. La vie sociale tourne autour de trois lieux : le restaurant Double R Diner, clin d'oeil à l'Amérique des années 1960 avec son jukebox, ses "pies" - tartes - , la déco très sixties, le Northern Hotel et la scierie industrielle (qu'on voit uniquement dans la saison 1 mais qui sert de trame de fond à l'univers de toute la série, c'est le pôle économique de la localité).
La série démarre par un décès mettant tous les habitants de cette contrée paisible en émoi, et donc on démarre l'histoire avec l'impression qu'il va s'agir de la résolution d'une enquête. Mais assez rapidement, le sujet du meurtre devient prétexte à montrer la vie sous son vrai jour, et les habitants, en apparence si paisibles, qui sont tous impliqués dans des histoires plus ou moins louches. En effet, d'apparence paisible, rurale, forestière, cette bourgade va vite s'avérer être le théâtre d'enjeux de pouvoirs et de manipulation entre ses habitants. Et il va rapidement s'avérer qu'il y a la présence d'une forme de surnaturel, dans les bois et dans certains agissements des uns ou des autres.
Dans cet ensemble assez sombre, plusieurs éléments permettent un peu de contraste : la figure de Dale Cooper (Kyle MacLachlan), agent spécial du FBI, se démarque par son détachement et son sens de la réparti. C'est lui le protagoniste central de toute la série, on apprécie son charme et sa classe élégante. Le couple formé par Lucy (Kimmy Robertson), et l'adjoint Andy Brennan (Harry Goaz ) est un des aspects les plus drôles de la série, avec quelques autres détails amusants comme l'omniprésence des donuts et du café, qui d'ailleurs tient une place centrale dans le série. On pourrait dire de la tasse de café fumante, qu'il s'agit d'un rituel. Et puis le personnage joué par David Lynch lui même (Gordon Cole, le supérieur de Dale Cooper), qui est assez amusant en tout cas fantaisiste (rien n'est vraiment amusant à Twin Peaks on l'aura compris).
J'ai vu la série d'une traite, en quelques semaines, et même ainsi, ce n'est pas toujours facile de s'y retrouver, j'ai terminé le visionnage, en regardant une seconde fois l'épisode pilote. La série est très bien ficelée, avec un scénario qui n'avance pas dans une direction précise, du fait de facteurs compliqués quand on s'attarde à l'histoire de la confection de la série (des changements dans l'équipe, un départ de David Lynch, puis son retour etc). Mais malgré cela, on s'attache aux personnages et on ne lâche pas facilement l'histoire. Il y a un côté un peu patchwork avec par moment l'impression qu'on démarre une nouvelle histoire, un peu comme les séries de Soap opera, où avec une trame de fond, on peut voir des épisodes indépendants les uns des autres.
Cependant, il y a bien une continuité du début à la fin, je trouve qu'il faut voir la série comme un ensemble. On est plongé dans la vie et l'univers de Twin Peaks pendant tout le visionnage. Après, pour durer aussi longtemps il a fallu intercaler des personnages et des rebondissements, c'est plus ou moins crédible, mais c'est toujours assez palpitant.
Les imbrications relationnelles et l'univers surnaturel ont inspiré d'autres séries, notamment X-Files dont l'épisode pilote est une référence explicite à Twin Peaks. Et puis, Desperate Housewifes avec son lot de personnages qu'on découvre dans leur noirceur. Voir d'ailleurs les articles sur le sujet dont un que j'ai trouvé sur ce site même ("13 séries qui n'auraient peut-être jamais existé sans Twin Peaks").
La musique apporte beaucoup à la série et on peut dire, qu'elle est culte (la musique aussi bien que la série).