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    Ces 5 légendes du cinéma n'ont signé qu'un film !
    Olivier Pallaruelo
    Olivier Pallaruelo
    -Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
    Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

    Par envie ou par défi, nombreux sont ceux qui réalisent un premier... et parfois unique film. Pourquoi ? Expérience douloureuse, raison financière...Ce ne sont pas les explications qui manquent. Voici cinq exemples.

    Ce n'est pas exactement une découverte. Le tournage d'un film, devant et / ou derrière la caméra, n'est pas toujours, loin s'en faut, un long fleuve tranquille. L'expérience peut même carrément virer à l'extrême, comme ce fut le cas pour Apocalypse Now, dont le tournage homérique est raconté dans l'hallucinant making-of Heart of Darkness. Ou encore Fitzcarraldo de Werner Herzog, et ses relations conflictuelles avec Klaus Kinski.

    Si certains talents du cinéma ne manifestent pas spécialement l'envie de coiffer un jour la casquette de réalisateur, tout aussi nombreux sont ceux qui finissent par céder aux sirènes de la réalisation, par envie et / ou par défi. Reste que certaines de ces tentatives ne seront pas reconduites. Pourquoi ? Expériences douloureuses et épuisantes, raisons financières... Ce ne sont pas les explications qui manquent. Voici cinq exemples.

    "The War Zone" de Tim Roth

    De quoi ca parle ?

    Pour Tom et ses quinze ans, la zone de guerre se trouve au coeur même de sa famille. Ni pauvre ni riche, apparemment heureuse. Lorsque la famille quitte Londres pour la campagne du Devon, Tom se trouve confronté à la solitude et à l'ennui. Mais rien ne peut le préparer à la découverte du secret qui lie son père, Dad, à sa soeur, Jessie, âgée de dix-huit ans...

    The War Zone
    The War Zone
    Sortie : 26 janvier 2000 | 1h 38min
    De Tim Roth
    Avec Freddie Cunlife, Ray Winstone, Tilda Swinton
    Presse
    3,5
    Spectateurs
    3,7

    Du film d'époque en costume (Rob Roy) au polar ultra violent (Reservoir Dogs) en passant par le Blockbuster (L'Incroyable Hulk), Tim Roth a depuis longtemps montré qu'il était un acteur accompli et unanimement respecté tant au sein de la profession que de la part du public, capable d'évoluer dans des registres très différents.

    En 1999, à 38 ans, il passe pour la première fois derrière la caméra avec The War Zone. Il envisageait de passer à la réalisation depuis quelques temps, mais ne se sentait pas encore prêt à "renoncer à jouer le temps requis pour un tournage".

    Avec The War Zone, il dégoupille une grenade jetée à la face d'un public pétrifié par un film d'une grande violence psychologique et physique. Dans cette terrible histoire d'inceste, même les acteurs furent mis à rude épreuve; notamment Ray Winstone (le père), qui dira "avoir testé les limites de ce qu'il était capable d'accepter pour faire son métier".

    "L'inceste est un sujet grave qui n'est pas toujours traité avec intégrité au cinéma" déclara Tim Roth; "je voulais faire un film sur l'enfance mais d'un point de vue adulte. Pas ce que l'on voit habituellement, pas un film hollywoodien". Pari très risqué mais réussi pour son premier galop d'essai en tant que réalisateur. D'autant que l'oeuvre a une portée à la fois salutaire et intime pour lui. Dix ans après la sortie du film, il révèle avoir été victime d'abus sexuels durant son enfance.

    "La Nuit du chasseur" de Charles Laughton

    De quoi ça parle ?

    Un prêcheur inquiétant poursuit dans l'Amérique rurale deux enfants dont le père vient d'être condamné pour vol et meurtre. Avant son incarcération, le père leur avait confié dix milles dollars, dont ils doivent révéler l'existence à personne. Pourchassés sans pitié par ce pasteur psychopathe et abandonnés à eux-mêmes, les enfants se lancent sur les routes...

    Même s'il trouvait son physique disgracieux ("j'ai le visage comme l'arrière-train d'un éléphant" disait-il), cela n'a pas empêché Charles Laughton de faire une très grande carrière sur les planches, et tourner dans plus d'une soixantaine d'oeuvres, sous la direction de metteurs en scènes de premier plan (Alfred Hitchcock, Jean Renoir, Stanley Kubrick, Billy Wilder, Jules Dassin...).

    Bien que La Nuit du chasseur soit l'unique film en tant que réalisateur de Laughton, ce n'est toutefois pas son unique expérience de la réalisation. Six ans auparavant, alors qu'il jouait l'inspecteur Jules Maigret dans L' Homme de la tour Eiffel, l'acteur en réalisa une partie sans être crédité. Le producteur Irving Allen était le réalisateur originellement prévu pour ce film franco-américain. Mais après seulement trois jours de tournage, Charles Laughton menaça de quitter le projet si Burgess Meredith n'en prenait pas les commandes. Laughton dirigea quant à lui les scènes où Meredith jouait.

    AlloCiné / Wildside

    D'une noirceur absolue, très inhabituelle pour un film mettant en scène des enfants (que, soit-dit en passant, Laughton n'aimait pas trop...), La Nuit du chasseur fut très froidement accueilli par la critique et le public. Blessé, Laughton jura de ne plus jamais réaliser d'autres films, et préféra de toute façon se (re)tourner vers sa première passion, le théâtre...

    Le script de son film suivant, une adaptation des Nus et les morts d'après Norman Mailer, restera au fond du tiroir, avant d'échouer entre les mains de Raoul Walsh en 1958. Heureusement, le temps a fait son oeuvre et a rendu justice à Charles Laughton. La Nuit du chasseur est à juste titre considéré comme un des plus grands films de l'histoire du cinéma, porté par un hallucinant Robert Mitchum.

    "Kotch" de Jack Lemmon

    De quoi ça parle ?

    Papy fait de la résistance... L'histoire de Joseph P. Kotcher, alias "Kotch", veuf septuagénaire refusant d'être mis à l'écart dans une maison de retraite par son fils et sa belle-fille.

    L'inséparable duo Walter Matthau / Jack Lemmon fut l'une des grandes réussites des comédies US des années 60-70. Mais devant Kotch, il n'est pas interdit de se montrer perplexe, notamment devant la moumoutte blanche de Matthau jouant les septuagénaires bien entamé alors qu'il avait à peine 51 ans. Vingt ans après la sortie du film, l'acteur estima que ce rôle était "sa meilleure performance". C'est son droit...

    Quant à Jack Lemmon, l'expérience du tournage ne lui laissa guère un souvenir impérissable. Il trouva l'exercice physiquement et émotionnellement trop contraignant. Il reprit les chemins des plateaux de tournage dès l'année suivante, cette fois-ci en tant qu'acteur, dans la savoureuse comédie Avanti ! de Billy Wilder.

    Pour l'anecdote, racontée d'ailleurs par Jack Lemmon lui-même, Kotch obtint quatre citations aux Oscars en 1972, dont celle du Meilleur acteur pour Walter Matthau. Mais ce fut Gene Hackman qui remporta la précieuse statuette, pour son extraordinaire composition de Popeye Doyle dans French Connection.

    Charles Chaplin adressa alors ces mots élégants à Carol Matthau, épouse de l'acteur, pensant la réconforter : "vous savez que vous êtes mariée avec un grand acteur" [Comprendre : qui n'a de toute façon pas besoin de statuette pour être talentueux]. Quand Walter a entendu ça, il a eu la mine la plus déconfite et plaintive que j'ai jamais vu avant et après".

    "La Vengeance aux deux visages" de Marlon Brando

    De quoi ça parle ?

    Deux bandits, Rio et Dad Longworth, dévalisent une banque de San Francisco. Encerclés, ils décident de se séparer. Dad s’enfuit avec le butin et Rio est capturé. Des années plus tard il s’évade de prison et retrouve son complice désormais marié à une mexicaine et shérif d’une petite ville côtière. Pour se venger, il décide de séduire sa belle fille…

    Unique réalisation de Marlon Brando alors au sommet de sa gloire, le western La Vengeance aux deux visages devait à l'origine être réalisé par Stanley Kubrick, finalement débarqué du projet. Très peu à l'aise derrière la caméra, le tournage fut pas loin d'être un supplice pour lui. Il le dira d'ailleurs dans son autobiographie parue en 1994 : "je ne savais absolument pas quoi faire"...

    Il utilisa une quantité astronomique de pellicule (gâchée donc), attendait des heures pour faire ses plans...En 5 jours de tournages, il accusait déjà 15 jours de retard sur le planning du tournage. Petite anecdote savoureuse : en bon adepte de la méthode Actors Studio, il insista pour être authentiquement ivre pour une scène où son personnage devait l'être... Sauf qu'il fut tellement ivre qu'il fut incapable de réaliser. Ce qui ne l'empêcha pas de répéter le même processus dans les jours qui suivirent...

    Lorsque Paramount découvrit le résultat final, long de 4h42, le studio fut horrifié. Non content d'avoir explosé le budget de départ, passé de 1,8 millions $ à 6 millions de $, le film était tout bonnement inexploitable avec une telle durée. Paramount pris les choses en main en salle de montage, et ramena la durée du film à 2h21, en plus de changer la fin.

    Le film obtint malgré tout un gros succès, mais Brando se déclara amer : "C'est un bon film pour eux [Paramount], mais ce n'est pas le film que j'ai fait... Les personnages sont désormais en noir et blanc, alors que je les voulais gris et humains".

    "Mr. Topaze" de Peter Sellers

    De quoi ça parle ?

    Topaze, un instituteur, est secrètement amoureux d'Ernestine, la fille du directeur de l'institution. Ce-dernier en apprenant la nauture des sentiments de son employé le licencie sur le champ. Topaze est alors engagé par un politicien véreux, expérience qui va le transformer du tout au tout.

    Auteur de la pièce éponyme, Marcel Pagnol réalisa deux adaptations de Topaze. La première version de Topaze (1936) met en scène Arnaudy, Delia-Col et Léon Brouzet. La seconde version de Topaze, tournée en 1951, est plus longue de presque vingt minutes et s'offre les services de Fernandel, Marcel Vallee, Jacqueline Pagnol et Pierre Larquey.

    BFI

    Deux ans avant de s'imposer dans l'irrésistible rôle de l'inspecteur Jacques Clouseau dans la saga de La Panthère Rose, et trois ans avant de camper le génial Docteur Folamour, Peter Sellers choisi curieusement de réaliser pour sa première mise en scène une adaptation de l'oeuvre de Marcel pagnol.

    L'Histoire retiendra surtout que l'acteur / réalisateur, insatisfait de son travail, aurait récupéré toutes les copies en circulation à l'époque de la sortie du film, et les aurait détruites... Quoi qu'il en soit, il n'existe qu'une seule copie du film connue à ce jour; elle est précieusement conservée dans les archives du British Film Institute. On est pas prêt de voir le résultat. D'autant que la copie n'a été projetée qu'en de rarissimes occasions, comme dans le cadre du Cardiff Independant Film Festival il y a déjà pas mal d'années.

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