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Lumière 2017 : la leçon de cinéma de Wong Kar-wai
Par Léa Bodin, à Lyon — 21 oct. 2017 à 05:00
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Quelques heures avant de recevoir le Prix Lumière, le cinéaste hongkongais Wong Kar-wai s'est soumis à l'exercice de la masterclass dans le magnifique théâtre des Célestins. Morceaux choisis.

Nicolas Guérin

 Le théâtre des Célestins à Lyon était plein vendredi après-midi pour accueillir la masterclass de Wong Kar-wai, Prix Lumière de cette édition 2017 du Festival Lumière. Jean Becker, Niels Arestrup, Hugh Hudson avaient fait le déplacement et le fidèle chef opérateur de Wong Kar-wai, Christopher Doyle, était également venu écouter son ami et ravir l'assemblée de quelques commentaires croustillants. C'est donc bien entouré que le cinéaste est revenu longuement sur son histoire, ses débuts et sa manière de travailler. Sans quitter ses lunettes noires. 

Un rapport particulier avec la Chine

"Ce voyage que j'ai fait, enfant, de Shanghai vers Hong Kong, c'était en 1962, quand j'avais cinq ans. Nous ne connaissions personne là-bas, nous ne parlions même pas la langue, puisqu'à Hong Kong on parle le cantonnais. Nous étions dans un état d'isolement et mon père disant que nous ne resterions pas, que dès que la situation s'améliorerait en Chine, nous y retournerions, mais il a passé le retant de ses jours à Hong Kong, et moi j'y suis encore, cinquante ans après. Mon lien avec la Chine a perduré, je retourne souvent à Shanghaï, je me promène le long de ces avenues. La maison où je suis née est toujours là, ej l'ai rénovée. C'est un lien étrange, car je me considère comme chinois et pourtant, je connais Hong Kong bien mieux."

La découverte du cinéma

"Je dois ma rencontre avec le cinéma à ma mère, qui compensait cette absence d'entourage familial et amical par le cinéma. Son plus grand plaisir était d'aller voir des films tous les jours et de m'emmener avec elle. Nous voyions des films hollywoodiens, des films français, des films italiens, mais aussi des productions locales, des films de Taïwan et mon éducation, mon apprentissage du cinéma s'est fait à travers ces séances où nous allions ensemble."

"À l'époque, Hong Kong était un endroit merveilleux pour découvrir le cinéma, étant donnée la variété de films qui nous était offerts. Un jour, mon père m'a emmené dans une salle tenue par le père d'un grand producteur de films de genre hongkongais, pour voir un film italien, car il trouvait que c'était intéressant pour moi de voir une comédie romantique italienne. Une fois que le film s'est terminé, ma mère et les gens autour l'ont regardé en lui demandant s'il était sûr que c'était une bonne idée de m'emmener voir ça. Après coup, j'ai compris que c'était un film de Fellini. Il était très important pour Hong Kong d'avoir le statut à la fois de très grand producteur de cinéma, et auss de découverte." 

DR
Wong Kar-wai

L'envie de devenir réalisateur

"Comme tous les enfants de ma génération, nos perspectives n'étaient pas si larges que cela, on n'avait pas la télévision, les jeux vidéos, et notre fenêtre sur le monde c'était la radio et le cinéma. À force d'être plongé dans les films, je commençais à me dire que c'était dans ce monde que je voulais vivre. Petit à petit, j'en suis venu à me dire que moi aussi je pourrais faire cela, et même que je pourrais faire mieux que ça."

"L'entrée dans le cinéma par le film de genre était une sorte de passage obigé, mais ça ne me posait pas de problème car je le voyais comme un cadre, une contrainte. Ce n'est pas parce que le genre vous était dicté que vous n'étiez pas libre."

"Je crois que j'ai eu la chance de me lancer dans le cinéma à un moment qui était considéré comme l'âge d'or du renouveau du cinéma hongkongais. Il y avait une vraie envie de faire quelque chose de nouveau John Woo, qui avait trouvé le succès avec Le Syndicat du crime."

Le processus de création

"Je n'échappe pas à la trinité de l'écriture, du tournage et du montage, mais on peut très bien remettre en question l'ordre de ces étapes et aucune ne doit éclipser les autres, on peut très bien réécrire pendant le montage."

Wild Bunch Distribution
The Grandmaster (2013)

"Il y a tout un tas d'événements absurdes qui peuvent survenir pendant l'écriture, le tournage et le montage d'un film, qui peuvent faire prendre au film une tournure différente de ce que vous aviez imaginé. Ce qui nous anime, c'est que la volonté de s'en tenir à la vision qui est la nôtre. Nathaniel Mechaly, qui est là, peut raconter comment je l'ai fait venir à Hong Kong et je l'ai enfermé dans un sudio en lui demandant de terminer la bande-originale de The Grandmaster en une semaine. Christopher Doyle peut vous raconter comment on s'est retrouvés en Argentine, au bout du monde, pour Happy Together, et on n'avait plus de pellicule. Il a fallu trouver une nouvelle écriture filmique, on ne travaillait qu'avec des plans fixes pour pouvoir nous en sortir avec nos bouts de pellicule et terminer quand même le film. Ces caprices de la vie font qu'au lieu d'être paresseux, on remet tout en question et on trouve des solutions. Parfois, on a aussi des anges gardiens, comme Gilles Ciment, qui est ici et qui peut témoigner du fait qu'il existe des êtres nécessaires, qui nous sauvent en faisant livrer coûte que coûte, in extremis, avec un jour de retard certes, mais tout de même, la copie de 2046 à Cannes !"

"Je dois dire que j'ai horreur de l'écriture, c'est la phrase, incontestablement, car c'est la plus solitaire. Comme je n'aime pas du tout cet été, je le repousse tant que possible. Le montage c'est toujours plaisant, mais comme beaucoup de gens le savent, mes postproductions sont toujours très brèves. Ce qui me prend le plus de temps et qui est l'étape essentielle et la plus appréciable pour moi, c'est le tournage. C'est effectivement long, mais finalement c'est là que vous voyez le film survenir."

"On dit que je tourne sans scénario, c'est complètement faux. J'écris, j'écris en permanence, le matin, à 7 heures, le texte arrive et je suis sans arrêt en train d'écrire."

Le travail avec l'équipe et les acteurs

"Il y a deux façons d'envisager la manière dont un acteur rentre dans un film. Soit vous commencez par écrire un scénario et les acteurs arrivent pour rentrer dans des rôles, dans des moules. Il y a un autre rapport aux acteurs, qui est le mien. L'idée est de les observer, de créer un espace dans lequel eux créent. Par exemple, avec Maggie Cheung, il est arrivé pour un film que je considère que ce qu'elle avait à dire, le texte que j'avais écrit, était moins intéressant que la façon dont son corps remplissait l'espace que j'avais créé, donc j'ai supprimé son texte pour la laisse s'exprimer autrement. Il s'agit de prendre les acteurs pour ce qu'ils sont, avec leurs spécificités, et de les accompagner dans la création d'un film donné. Ce processus n'est possible que s'il y a une confiance totale entre les acteurs et moi." 

DR
Maggie Cheung dans In the Mood for Love (2000)

The Grandmaster, l'origine du projet

"Le germe de ce projet remonte à 1997, quand on tournait Happy Together en Argentine. On était à la gare centrale, on s'apprêtait à tourner et dans un kiosque à journaux, il y avait le visage de Bruce Lee qui se démarquait  au milieu de toutes les couvertures de magazines. Je me suis demandé pourquoi, environ vingt ans après sa mort, Bruce Lee était encore une figure si évocatrice pour les Argentins et à travers le monde. J'ai commencé à penser à cette époque que pour parler de Bruce Lee, il serait intéressant de parler de ses maîtres. Il m'a fallu énormément de temps pour réaliser ce projet, et il a fallu s'ouvrir au marché chinois pour que ce soit viable financièrement."

Happy Together et la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997

"Dès Chungking Express, en 1994 la pression était démesurée. Dès qu'on présentait le film, on nous demandait partout ce qu'on pensait de la rétrocession. Tous les journalistes me demandaient si je voulais faire un film sur la rétrocession et cela avait tendance à m'irriter je leur répondais que non, je ne ferais pas de film sur le sujet, car si tant est que je voulais en faire, l'impact de la rétrocession sur Hong Kong et sur la société tarderait à devenir visible. Happy Together, qui se passe en Argentine, semble très éloigné des ces préoccupations, mais le film est parsemé de ces enjeux. J'ai aussi choisi de raconter cette histoire d'amour homosexuelle, car on ne savait pas si on pourrait encore faire ce film après la rétrocession, on ignorait si la censure chinoise s'appliquerait à Hong Kong. Cela fait partie de ces événements, de ces contraintes qui vous dirigent dans un sens ou dans un autre."

La bande-annonce de Happy Together : 

Happy Together Bande-annonce VO

 

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