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L'Extraordinaire voyage du Fakir : d'un roman écrit dans le RER à un film "qui fait chaud au coeur"
Par Yoann Sardet, propos recueillis le 23 mai 2018 — 29 mai 2018 à 20:00
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Quand un succès littéraire inattendu devient une fable cinématographique et un feel-good movie. Le "fakir" Dhanush, Bérénice Bejo, le réalisateur Ken Scott et le romancier Romain Puertolas reviennent sur cet extraordinaire voyage.

LE ROMAN

Romain Puertolas (auteur) : C'était mon huitième roman... sachant que les sept premiers avaient été refusés. Ma passion, c'était d'écrire des bouquins sur mon téléphone dans le RER. Le RER A en l'occurence, puisque j'allais au travail. J'avais une heure à tuer chaque matin et chaque soir, et donc j'écrivais. Ca me permettait de m'évader. J'avais parallèlement une chaîne Youtube où j'expliquais tous les trucs des fakirs, des illusionnistes, etc... Ce personnage de fakir m'est donc venu à l'esprit, je l'ai "mis" dans l'armoire IKEA de ma chambre pour parodier le tour de magie de la malle indienne, et je suis parti avec lui dans une histoire folle. J'étais dans le RER, mais en écrivant j'étais avec lui dans la montgolfière, au-dessus de Rome... C'était pour moi un voyage mental incroyable.

Et j'ai mis aussi dans le livre mon expérience de policier, pusique je travaillais à l'OCRIEST (Office Central pour la Répression de l'Immigration irrégulière et de l'Emploi d'Etrangers Sans Titre), un service qui démentèle les réseaux d'immigration illégale : comme j'ai toujours adoré les langues, les pays et les cultures, j'ai mis de cette expérience pour montrer ce qu'est le monde avec des frontières, pourquoi certains sont nés du bon côté de la Méditerranée et pas d'autres.... De manière très naïve, finalement. J'ai écrit ce livre en trois semaines et demie, il a été accepté par Le Dilettante en 2013, et avant la sortie en France il était déjà vendu dans trente pays, il y avait plusieurs propositions cinématographiques... J'ai vraiment été dépassé par tout ça, j'ai pris un congé de la police et depuis j'écris des histoires.

 

ÉCRIRE A QUATRE MAINS

Ken Scott (réalisateur) : Quand j'ai rejoint le projet, Dhanush était déjà attaché au film dans le rôle du fakir. J'avais lu le roman ainsi qu'une première version du scénario, et j'ai regardé plusieurs films avec ce comédien que j'ai trouvé fabuleux. C'était vraiment une très belle proposition qu'on reçoit rarement, comme réalisateur. Il s'agissait ensuite de mettre ma patte, d'intégrer ce projet et de proposer mes idées. C'était un vrai plaisir de retravailler ce scénario avec Romain. Mon idée, après avoir lu le roman, était d'intégrer d'autres éléments et concepts du livre dans le film. Il fallait trouver un langage cinématographique permettant d'intégrer toutes ces idées. Pourquoi les gens ont aimé le roman ? Parce que c'est foisonnant d'idées. Au cinéma, il faut trouver l'astuce pour pouvoir passer rapidement de surprise en surprise, d'idée en idée.

 

PREMIÈRE RENCONTRE

Bérénice Bejo (la star) : C'était pour les répétitions de la danse. Et c'était très stressant pour moi ! J'étais très impressionnée par Dhanush... C'est très étrange de rencontrer quelqu'un pour la première fois sachant que c'est pour danser ! (Rires) On ne se connaît pas et on doit se mettre à danser.

Dhanush (le fakir) : Bérénice s'en est très bien sortie. Vraiment très bien. On m'avait dit qu'elle répétait car c'est complexe quand on n'est pas habitué à ce style de danse, donc je suis allé la voir pour la rencontrer. Et j'ai vu qu'elle s'en sortait très bien. Et au-delà de ça, c'était vraiment un bon moment d'apprendre à se connaître et d'apprendre d'elle.

 

IL ÉTAIT UNE FOIS UNE FABLE

Ken Scott (réalisateur) : Le ton du roman était clairement celui d'une fable. L'histoire d'un Indien qui va à la rencontre de plein de personnages de cultures et de pays différents au fil des scènes. On voulait éviter les clichés, donc la meilleure manière d'aborder ces rencontres était de créer des archétypes. Il fallait utiliser les qualités de chacune de ces cultures pour créer des personnages qu'on reconnaît rapidement, tout en leur donnant une profondeur : le Français, l'Italien, la Star... 

Romain Puertolas (auteur) : C'est d'ailleurs une différence avec le livre, parce que moi dans le livre je m'étais autorisé le cliché et le stéréotype. Or dans un film, il faut aller vers plus de réalisme. On ne peut pas s'autoriser les mêmes libertés que sur un roman. C'était donc essentiel d'ajouter de la profondeur aux personnages.

Bérénice Bejo (la star) : On a tendance à mélanger "acteurs" et "histoire".  Mais l'histoire se raconte malgré nous en quelque sorte, par le scénario, le réalisateur, le choix des plans, le montage... Dans l'écriture, les personnages sont stéréotypés mais ils ont en même temps une vérité et une sincérité qui permettent de trouver un juste milieu. Ken me dirigeait pour que je joue avec une petite pointe d'ironie, presque comme un dessin animé ou une BD. J'ai beaucoup aimé son approche, qui m'a amenée à accepter de jouer la comédie en poussant un peu les traits et sans jouer "trop vrai". 

 

UN FILM SOLAIRE

Bérénice Bejo (la star) : C'est un film qui fait chaud au coeur. Il apporte du bonheur, de la joie... A Paris, il fait moche toute l'année : au moindre rayon de soleil, les filles sortent leurs jupes et leurs sandales, les garçons leurs bermudas et on se retrouve en terrasse à manger... Comme si on venait de naître. Le film fait le même effet. Vous rentrez dans le cinéma, et dans les deux minutes on sourit et on rit. Tu t'assois, et tu souris. Tout te fait du bien. Ça remplit ton coeur, ça parle de choses hyper importantes : la vie, l'amour, l'amitié, la rencontre, l'autre, les étrangers, le voyage, le besoin de grandir, le besoin de s'affirmer, le besoin de gagner de l'argent, d'en donner... Ça parle d'énormément de choses et en même temps tout a l'air... facile. Parce que tout part d'un sentiment très bon et très juste. Le film est un peu naïf d'une certaine manière, mais il aborde des sujets profonds. Parfois il vaut mieux passer par la naïveté et la poésie pour parler des choses graves.

Dhanush (le fakir) : Le film est plein d'émotions. Et plein de positivité. C'est ce que j'aime dans cette histoire. On parle de sujets graves, mais avec subtilité et humour. Tant qu'on reste soi-même positif, tout peut devenir positif. C'est un film plein de coeur.

 

SUR LE TOURNAGE

Romain Puertolas (auteur) : J'ai été sur le tournage à Bombay, j'ai rencontré Dhanush... et c'était très bizarre pour moi. Quand j'écris, j'ai en tête des concepts flous : je n'avais pas d'image, pas de visage du fakir. Quand j'ai vu Dhanush sur le plateau, je me suis dit : "Voilà, c'est lui". Je me sentais un peu comme son papa ! C'est très bizarre des retrouvailles quand on ne s'est jamais rencontré... Que quelqu'un incarne un personnage qui nous a fait vibrer pendant trois semaines et demie d'écriture puis plusieurs années de promotion, c'était magique.

Ken Scott (réalisateur) : C'est toujours magique. Avant d'être réalisateur, j'ai été scénariste. Quand un tournage commence, que vous arrivez sur le plateau, et que vous voyez tous ces gens travailler et exercer leur métier à partir de vos idées, c'est bizarre et c'est surtout très beau.

Romain Puertolas (auteur) : Et c'est très sérieux, en plus ! Je me souviens à Bombay, tu dirigeais cette équipe de 150 personnes dans les rues et je me disais : "ils sont tous là pour un truc que j'ai écrit dans le RER !" (Rires) J'avais presque les larmes aux yeux. Et j'ai toujours les larmes aux yeux quand je vois le film : la musique apporte une dimension incroyable, j'adore écrire avec de la musique de films, et voir le film avec cette belle musique... On s'autocongratule, mais c'est sincère ! (Rires)

Bérénice Bejo raconte les danses du Fakir, The Artist, L'Economie du couple, OSS 117, Chevalier...

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Danses avec une star (de cinéma) : Bérénice Bejo raconte Le Fakir, The Artist, L'Economie du couple, OSS 117 et Chevalier
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