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Réseaux sociaux, Netflix, culture à l'ère du numérique... L'équipe de Doubles vies se confie sur ces évolutions
Par Brigitte Baronnet (@bbaronnet) — 16 janv. 2019 à 05:50
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Doubles vies, nouveau film d'Olivier Assayas à l'affiche, ce mercredi, s'interroge sur l'évolution de la culture et de la communication à l'ère du numérique et des réseaux sociaux. A notre micro, l'équipe nous donne son sentiment sur ces changements.

AlloCiné : La dématérialistion du livre est au coeur de Doubles vies. Selon vous, le livre numérique, l'e-book, va-t-il remplacer le livre ?

Olivier Assayas, réalisateur : Ce n’est pas ce que disent les chiffres en tout cas. C’est ça qui m’amusait dans l’anecdote, l’arrière plan de Doubles vies, c’est qu’on a pensé à un moment donné que l’e-book était la solution à tous les maux, que la totalité de l’écrit allait migrer et se transposer sur tablette. J’ai envie de dire de la même manière que le microsillon a disparu au profit du CD et que le CD a disparu au profit du MP3. Et aujourd’hui on achète de la musique en ligne au lieu de l’acheter de manière physique dans un magasin de disque.

Or, ce n’est pas ce qu’il s’est passé avec le livre. Aujourd’hui on constate que les lecteurs d’e-book sont plutôt en régression plutôt qu’en augmentation, et les livres se vendent. Est-ce qu’à terme la situation changera ? Je ne suis pas prophète, je suis incapable de le dire. En tout cas, je suis attaché, et les enfants que je peux observer autour de moi, à la matérialité du livre. Il y a quelque chose de l’ADN qui nous lie à cet objet.

Guillaume Canet, comédien : Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, on est tenté par souci de consommer très rapidement et de digérer très rapidement, que ce soit les films, les livres, on se dit que c’est plus facile d’emmener une liseuse avec 50 bouquins. On va en commencer un et quand ça nous fait "chier", on passe à un autre. On ne va pas forcément essayer de passer la difficulté, d’aller plus loin, aller au bout de ce qu’a voulu raconter l’auteur. Pour les films, c’est pareil.

Il y a des gens qui critiquent ou jugent un film, se disent ‘ça me fait chier’ parce qu’ils ont la carte du cinéma, ils peuvent passer d’une salle à une autre et aller voir un autre film au bout de 10 minutes. Ils ne vont pas forcément avoir la curiosité de dépasser, voir la fin, qui peut être va les instruire, les enrichir. Et dans les relations amoureuses, c’est pareil. Le film d’Olivier Assayas est très intéressant car il parle très bien de ça aussi, du manque de combat que l’on peut avoir aujourd’hui. De dire ‘allez, on change, ça m’emmerde !’.

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Les réseaux sociaux occupent-ils une place importante dans votre vie professionnelle ?

Nora Hamzawi, comédienne : Oui et non car ce serait difficile de faire sans et ça n’aurait pas trop de sens. Et puis c’est quand même super pour faire savoir les choses : un projet, un film, un one man show… Pour ça, c’est important. Après, peut être que parfois, ça devient trop important. Je peux vite avoir tendance à aller tout regarder. Ca pousse un peu à ça, à tout contrôler, à tout regarder. Mais je pense que ça occupe, en ce qui me concerne, une place raisonnable.

Vincent Macaigne, comédien : Oui, parfois, ça peut servir pour parler de ce qu’on fait. Par contre, je n’aime pas trop quand on voit trop la vie des gens connus. Mais en même temps, bizarrement, je regarde vachement.

Nora Hamzawi : Oui, moi je regarde même des gens que je ne connais pas.

Vincent Macaigne : Oui, pareil.

Nora Hamzawi : Mais c’est vrai que ça casse un peu l’image, on n’a pas forcément envie de voir ça.

Vincent Macaigne : Mais dès qu’un acteur met un peu sa vie privée, je suis vachement curieux, je la regarde ! Mais je ne me sens pas bien, je me sens hyper coupable.

Nora Hamzawi : Mais tu te sens souvent coupable !

Vincent Macaigne : Oui, c’est vrai !

Ad Vitam

Les réseaux sociaux occupent-ils une place importante dans votre vie professionnelle ?

Guillaume Canet : De plus en plus. On peut faire sans, ça c’est sûr, mais je pense que c’est un outil qui est intéressant, dans le partage avec le public, essayer de donner un peu des informations, d’expliquer certaines choses aussi. C’est quelque chose en même temps dont je me méfie beaucoup, parce qu’on peut vite s’en servir de manière assez compulsive. Cela peut prendre beaucoup de place dans la vie de tous les jours. J’ai des choses que j’estime plus importante à faire dans mon travail ; je ne peux pas passer ma journée sur le téléphone.

Mais c’est un outil, oui. Un outil promotionnel intéressant d’échange et de partage, mais avec précaution quand même. Car c’est aussi un défouloir pour beaucoup. Derrière un pseudo, d’aller balancer des saloperies. Notamment sur AlloCiné ! Il y a beaucoup de gens très très « véner ». Je ne les lis plus, mais on m’en parle beaucoup. Je pense qu’il y a un certain plaisir des gens à déverser leur haine.

Quand on a bossé pendant trois ans sur un film de manière acharnée, on a pas forcément envie d’être maso au point d’aller lire ces commentaires. Les gens ont le droit de s’exprimer, et ils ont bien raison d’ailleurs, si ça leur fait du bien de se défouler, qu’ils le fassent. Après c’est à nous de ne pas forcément lire ces choses là, éviter de se faire du mal alors qu’on a tué personne !

Olivier Assayas : Je vais vous répondre très vite, très simplement. La place qu’occupent les réseaux sociaux est nulle, inexistante. Je ne les pratique pas du tout. Je passe du temps sur Internet. Disons que chacun choisit ses addictions ! Mon addiction, c’est plus l’information. Je lis de façon compulsive les journaux, plutôt sur mon téléphone ou l’ordinateur, indifféremment Le Monde ou le New York Times. Je le vis un peu comme une addiction ! Je ne le vis pas comme quelque chose d’aussi sain que ça car ce n’est pas normal d’avoir besoin de checker l’information toutes les 2 heures ! Mon addiction, c’est celle là ! Les réseaux sociaux, je n’y suis pas, je ne veux pas y être. Je n’ai pas envie que ça me définisse, que ça cadre quoi que ce soit dans mon temps et dans ma vie. 

Ad Vitam

Guillaume Canet, vous aviez justement beaucoup utilisé les réseaux sociaux lors de la promotion de votre film Rock n' roll, notamment sur Instagram...

Guillaume Canet : Oui, ça allait de pair avec le film. Je parlais de cette société totalement narcissique, qui raconte leur vie partout, ce qu’ils bouffent, ce qu’ils font, leur quotidien. Sans arrêt se filmer, les selfies quoi ! Les gens parlent beaucoup d’eux mêmes. Il y a des gens qui viennent vous voir pour faire une photo en selfie, et en fait, ils se prennent eux, et moi ils me coupent la moitié du visage. Parce qu’en fait, ce qui les intéressent, ce n’est pas moi, c’est eux avec moi ! (rires) Ca raconte beaucoup sur le narcissisme, le mode de fonctionnement que l’on a aujourd’hui.

Olivier Assayas, vous les observez beaucoup en revanche. C’était déjà le cas dans Sils Maria, et dans ce film également. On sent que vous connaissez bien ce sujet…

Olivier Assayas : Oui, disons que c’est en train de changer le monde. Il faut en être parfaitement conscient, lucide, et autant qu’on peut, l’observateur, sinon on aurait du mal à comprendre le monde dans lequel on vit et la façon dont les individus sont transformés par ces pratiques qui deviennent centrales à la société, y compris politiquement, parfois de façon calamiteuse. C’est vraiment au cœur de la machine de la société contemporaine.

Regardez-vous les critiques qui sont formulées en tweet ou plus largement sur les réseaux sociaux ? 

Olivier Assayas : Non, pas vraiment. De temps en temps, l’attachée de presse du film me fait suivre tel ou tel tweet qui s’ouvre sur mon téléphone, mais de mon plein gré, non. 

Ad Vitam

Netflix change-t-il nos habitudes de (télé)spectateur ?

Guillaume Canet : Oui, évidemment. C’une une forme formidable. D’abord, ça permet à beaucoup de gens qui n’ont pas les moyens d’aller au cinéma régulièrement, parce qu’un billet de cinéma coûte quand même très cher. Ca permet à tout le monde de voir beaucoup de films dans le mois, accessibles à toute la famille. Donc ça c’est quand même un atout et quelque chose de très positif. Après, la qualité des films n’est pas toujours là, sauf certains comme le film d’Alfonso Cuaron, Roma, par exemple. (…) J’espère simplement que les gens continueront à avoir envie d’aller voir des films en salles, de partager des émotions ensemble, de rire ensemble. Ce n’est pas la même chose de regarder un film sur son téléphone tout seul avec un casque !

Doubles Vies était en compétition au Festival de Venise avec Roma d'Alfonso Cuaron. Que vous inspire le fait que ce film, qui y a été primé, ne soit disponible que sur Netflix ?

Olivier Assayas : Je trouve ça idiot. Ca raconte quelque chose sur la situation actuelle du financement de cinéma. Qu’un film comme Roma ne puisse pas être financé par les studios, les filiales de studios, étant l’œuvre d’Alfonso Cuaron dont le film précédent est Gravity qui a été un succès mondial me semble raconter quelque chose sur là où on est le cinéma américain, qui est incapable de financer ce film sur la base qu’il est en espagnol, en noir et blanc et qu’il ne raconte pas une histoire de super héros.

Qu’Alfonso Cuaron soit obligé de prendre l’offre de Netflix qui à mon avis doit être financièrement très favorable raconte quelque chose sur l’évolution à la fois des spectateurs de cinéma américain, du marché international du cinéma. J’ai à la fois beaucoup d’amitié et d’admiration pour Alfonso Cuaron. Je pense que Roma est un des meilleurs films de l’année 2018. J’ai eu la chance de le voir sur grand écran. S’il sortait dans des conditions normales, il serait un succès mondial, sans le moindre doute. C’est assez étrange de se retrouver avec un des films les plus importants de l’année qui ne va pas vivre sa vie de film au cinéma alors qu’il avait un potentiel énorme. C’est une sorte de gâchis.

Un dernier mot : avez-vous un futur projet avec Kristen Stewart ?

Olivier Assayas : Oui. C’est un oui franc et massif. Il y a très clairement le désir qu’on refasse un film ensemble.  

Nous finirons ensemble : Guillaume Canet se confie sur la suite des Petits Mouchoirs 

Propos recueillis à Paris le 20 décembre 2018

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