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50 ans de Positif : interview de Michel Ciment
14 oct. 2002 à 16:30
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Le mensuel Positif fête son cinquantième anniversaire. L'occasion Pour AlloCiné de rencontrer l'un de ses plus anciens rédacteurs, Michel Ciment.

Positif a 50 ans. La revue de cinéma, au tirage limité à 8 000 exemplaires par mois, connue du monde entier pour la qualité de son travail critique et ses importants dossiers consacrés à la redécouverte de grands classiques du cinéma chaque mois, a décidé de célèbrer cette anniversaire comme il se doit. Elle organise une retrospective de cinquante films au Forum des images, publie deux anthologies de textes (une générale et une autre consacrée à Alain Resnais) et sort en Octobre un numéro 500 très spécial dans lequel on retrouve de nombreux envois de cinéastes et les cinquante années revues par quatre-vingt-sept rédacteurs passés ou présents de Positif.

A cette occasion, Michel Ciment, redacteur entré à la revue il y a déjà quarante ans, revient sur cette longue histoire.

Le 50e anniversaire :
Michel Ciment : Un demi siècle, c'est tout de même important. Des grandes revues qui sont vendues dans les kiosques, Positif est la seule qui n'appartienne pas à un grand groupe de presse. Elle est propriétaire de son titre et elle est totalement autonome dans sa rédaction. On a réussi en ciquante ans à survivre avec dix éditeurs différents. Positif est une revue qui se vend correctement tout en restant très exigeante. Quand on met en couverture un film taïwanais ou iranien, ce n'est pas ce qui fait vendre le plus. On est fier de cela et on voulait donc fêter ces ciqnuante ans.

Une longue histoire :
Positif, c'est une revue d'amis qui se connaissent, se téléphonent et se réunissent tous les dimanches. C'est une revue de bénévoles. Elle a évolué mais a également su garder un certain profil. Il y a eu des polémiques parfois, des choix à faire. Positif est une revue qui dans les années cinquante a dû se battre sur tous les fronts. Il y avait des gens de tendances diverses mais proches d'une gauche laïque et militante. Ils étaient énervés parce que les Cahiers défendaient Roberto Rossellini et Alfred Hitchcock avec des arguments spiritualistes comme la confession ou la rédemption. Aujourd'hui, les rédacteurs de la revue aiment Hitchcock, c'est évident. Malgré ces petits changements, il y a eu une vraie continuité parce qu'il y a dans chaque génération des gens qui arrivent, des gens qui restent et des gens qui s'en vont bien sûr.

Les goûts de Positif :
Il n'y a pas de théorisation. On n'a pas décidé que le cinéma devait être ceci ou cela. Par exemple, on pouvait lire en première page du Monde récemment, "Ten : l'essence du cinéma." Je suis incapable de dire que deux personnes à l'avant d'une voiture, en champ contre-champ, qui parlent pendant une heure et demie, c'est l'essence du cinéma. J'aime beaucoup Ten mais heureusement que tout le cinéma ne tend pas vers l'esthétique de ce film. Parce que pour moi le cinéma c'est aussi 2001 : l'odyssée de l'espace. Les Français ont cette horrible habitude de vouloir tout réduire à la théorie. A Positif, on a beaucoup plus suivi notre goût.

La revue a néanmoins toujours accordé une place importante à l'imaginaire. C'est ce qui peut-être la distingue de la tendance Cahiers qui est marqué par André Bazin, par Serge Daney qui est une tradition de respect de la réalité. A Positif, on aime de nombreux films de cette tendance mais il y a tout un autre aspect du cinéma qui est en général mal aimé par la tendance bazinienne. C'est le cinéma du rêve, de l'humour, du fantastique et Positif, je crois, a beaucoup défendu cela.

Les défis futurs de la critique :
Il faut parler de ce qu'on aime, c'est-à-dire réhabiliter des gens oubliés et découvrir de nouveaux talents. La revue doit aussi essayer d'apporter le maximum d'informations. Positif n'est pas fait pour la vulgarisation. On ne va pas faire en trois pages ou en six pages toute l'oeuvre de Josef von Sternberg. Si on revient sur John Ford ou d'autres, c'est pour faire de vrais dossiers de 25-26 pages et apporter des choses nouvelles.

Il y a aussi une nécessité polémique. Je crois qu'il faut que la revue secoue un peu le conformisme de la critique aujourd'hui qui annone à peu près les mêmes valeurs. Il y a tout un groupe de critiques qui aime systématiquement toujours les mêmes choses et qui essaie d'imposer ses goûts avec un succès relatif. C'est un peu irrespirable parce que c'est conformiste. On sait qu'à l'avance ils ne vont pas aimer Bertrand Tavernier, Patrice Leconte, Peter Greenaway ou Robert Altman. Une revue doit se battre contre cela.

Propos recueillis par Boris Bastide
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