Sa critique :
Il y a 2 cinémas: celui qui s'efforce autant qu'il peut de reproduire la réalité qui l'entoure, et celui qui créé son propre monde (et nous aide d'ailleurs bien souvent à mieux appréhender le notre). Sokourov fait partie de cette 2ème catégorie de cinéastes, celle des artistes. Voilà pourquoi "Aleksandra" n'est pas un film sur le conflit en Tchéchénie, mais un film sur la vie et sur ce qui a toujours intéressé Sokourov: les sentiments et les émotions humaines, et notamment, la solitude et la peur de la mort. Ergoter sur des sous-entendus politiques contenus dans le film, comme l'ont fait nombre de journalistes à Cannes, c'est se tromper d'étage. Sokourov ne fait pas de politique, il fait de l'art. Accuser le cinéaste de "pro-Poutinisme" (il faut lire par exemple l'article terrible du Monde), c'est bien plus grave que de la simple bêtise et du manque d'intelligence journalistique (si le film parle du conflit, il parle de réconciliation, c'est tout ce que peut faire un artiste): c'est tuer l'art, l'obliger à rentrer dans le moule du conformisme, l'obliger à se prononcer sur ce qui ne le concerne pas. Faudrait-il condamner l'oeuvre de Tarkovski parce qu'il n'y dénonce pas la "dictature communiste"?... Et bien sûr, nos "gentils" journalistes oublient allègrement de parler de l'essentiel ici: c'est à dire de mise en scène, et de poésie. Ils ne savent plus ce qu'est l'art. Question mise en scène justement, combien de films sortis en 2007 soutiennent la comparaison avec "Aleksandra"? Regardez cette chaleur blanche, étourdissante, ces couleurs toujours à la limite de rentrer en incandescence, ressentez cette douceur et cette sensualité extraordinaire enfouie derrière le mutisme...Si "Aleksandra" n'est pas le meilleur Sokourov (pas assez abstrait et onirique à mon goût et moins d'audaces visuelles que d'habitude), il n'en reste pas moins un très beau film sur la solitude et le manque affectif. Protégeons Sokourov, protégeons l'art et la poésie du fléau de la pensée unique.