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"On appelle cela la manipulation et la manipulation est notre métier". Sélectionné en 1994 à Cannes donc antérieur au Munich de Spielberg, il y avait de quoi attendre beaucoup de Les Patriotes, même si le casting avait de quoi faire peur. Et disons-le tout net, les comédiens sont tous aussi mauvais les uns que les autres (du monolithique Yvan Attal au cabotinage de Sandrine Kiberlain). Seuls certains seconds rôles tenus par Emmanuelle Devos ou Yves Lecoq peuvent encore convaincre, quoiqu'il ne s'agisse pas de leurs meilleures prestations. Aïe, le film d'Eric Rochant est sérieusement handicapé par son casting ... Mais l'espoir d'une plongée viscérale dans le quotidien des agents du Mossad a-t-il été satisfait ? Oui et non. Là où Munich faisait preuve d'une surcharge psychologique et souffrait justement de ce "trop-plein" sentimental, les Patriotes parie sur une approche beaucoup plus linéaire et de fait, beaucoup plus balisée. Aucun sentimentalisme ici, aucune psychologie des personnages n'est mise en avant si ce n'est l'évocation d'une love-story complètement importune et incompréhensible censée donner du volume au propos. Evidemment, le risque est grand de se trouver en face d'un produit dépouillé, et dans un certain sens, le film d'Eric Rochant est un objet filmique sans âme. Mais cette distance est finalement ce qui sert le film, qui se révèle plus convaincant que le Spielberg par ailleurs. Préservé du traditionnel virage mélodramatique, il exhibe consciencieusement ses ficelles scénaristiques, qui sont d'ailleurs d'une limpidité enthousiasmante alors que Munich pâtissait d'un gros problème de clarté, et conserve un intérêt documentaire et historique indubitable. A l'exception d'une ou deux situations improbables, les Patriotes demeure un divertissement très correct qui évite la surenchère rhétorique ou sentimentale pour parier sur une froideur appréciable. Pas mal.
Ajoutée le 26 oct. à 00h58 Signaler un abus
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