Avant tout, je rédige cette critique en septembre 2020, donc pendant la crise sanitaire du Covid-19.
Tiens, c'est curieux, le sujet de ce film sorti 13 ans plus tôt est proche : un virus brutal qui frappe l'humanité toute entière (jusque-là c'est comme la réalité), contre lequel on n'a pas encore de vaccin (idem), et qui transforme ceux qu'il ne tue pas en espèces de mutants qui grillent sous la lumière -- ils ne sortent donc que la nuit.
Neville, lui, est un survivant qui se débrouille comme il peut dans un New York où la nature a largement repris ses droits, au point que des fauves y rôdent, ce qui rappelle le lion dans la neige du film AI. On n'est pas encore au stade quasi-ultime de Postman 2013 ou, pire, de La Route, mais on n'en est pas loin, à ceci près que le héros a accès à plein de voitures et de boîtes de conserve -- même à l'eau courante, ce qui est un tantinet troublant du point de vue du scénario. Comme dans une des nouvelles des Chroniques Martiennes de Ray Bradbury, il se croit seul mais émet constamment un message "au cas où", jusqu'à ce qu'il soit enfin entendu.
On ne doit pas confondre les créatures avec des zombies. Ce sont des êtres contaminés dégénérés qui survivent comme ils peuvent grâce à des mutations. Dans le livre de Matheson dont s'est inspiré le film, il s'agit de vampires, mais peu importe, le fond de l'histoire reste, à savoir comment s'organise un homme seul (avec son chien) pendant plusieurs années, dans un lieu de plus en plus hostile. Un homme révolté et triste qui a perdu toute croyance, même en cet hypothétique lieu de sauvetage qu'il estime être une chimère (la fin donne la réponse à cette question).
Contrairement à beaucoup de séries/films sur une humanité en perdition que l'on a vus depuis (Walking Dead en tête), le film décevra les amateurs de gore et d'hyper-violence. C'est un film d'action rythmé, avec les surprises de rigueur et quelques respirations à l'américaine (sortez les mouchoirs). Will Smith a toujours son jeu à la fois émouvant et juste, et le film justifie son budget par des effets spéciaux à plans larges à couper le souffle.
Un bon film fantastique, qui, sans être un chef-d'oeuvre du genre, mérite une bonne note tant cette catégorie est encombrée de nanars sans nom.