La décennie cinquante sera celle de l'accomplissement pour Nicholas Ray. En terme quantitatif et qualitatif puisqu'il réalisera dix sept films dont trois chefs d'œuvre ("Le violent", "Johnny Guitare" et "La fureur de vivre") sans qu'aucun des quatorze autres ne soit pas digne d'intérêt. "Johnny Guitare" qui figure aujourd'hui au panthéon du western, un exploit pour une première tentative, démontre l'éclectisme de Ray qui s'il s'adapte aux codes du genre parvient à les tordre juste ce qu'il faut pour y inclure ses thèmes de prédilection. Ici "la chasse aux sorcières" qui bat alors son plein mais épargne le réalisateur pourtant catalogué à gauche grâce à la protection d'Howard Hughes. On peut voir en effet dans les agissements de la milice à l'œuvre dans le film dirigée par un Ward Bond, anticommuniste acharné, mystifié par Ray et croyant interpréter un héros positif, une similitude avec la commission McCarthy qui la rage aux lèvres accusait et condamnait sans preuve. Mais au-delà de ce sous-texte, dirigeant la grande Joan Crawford pour son dernier grand rôle de vamp avant qu'elle n'aborde sa période de déclin, Ray propose en réalité un affrontement amoureux mortel entre deux femmes basé sur un quiproquo (en réalité elles n'aiment pas le même homme). Dans une vallée minière désertique où doit passer la voie ferroviaire qui reliera l'Est à l'Ouest des Etats-Unis, Vienna (Joan Crawford) ancienne prostituée mise tout sur l'ouverture d'un saloon qui sera déjà présent quand le village deviendra ville. La rivalité avec Emma (Mercedes McCambridge) riche propriétaire terrienne qui ne voit pas d'un bon œil cette installation est à son comble quand le frère de cette dernière vient de se faire assassiner par Dancing King un malfrat dont Emma est secrètement amoureuse et qu'elle soupçonne d'être l'amant de Vienna. Dans l'entrefaite, Vienna a fait venir Johnny Guitare (Sterling Hayden) son ancien amant pour l'aider à protéger son saloon des attaques à prévoir. Nicholas Ray introduit tous ces éléments dramatiques lors d'une entrée en matière somptueuse qui livre toutes les problématiques à venir dans le décor d'un saloon comme on n'en avait encore jamais vu, creusé à même la face ocre d'une montagne. Tout d'abord vide, le saloon que découvre Johnny Guitare se remplit soudainement des membres d'une milice dirigée par John McIvers (Ward Bond) mais en fait manipulée par une Emma venue régler ses comptes. La tension créée ne retombera jamais, Ray contournant les contraintes techniques du Trucolor (procédé technique concurrent du Technicolor imposé par Republic Pictures qui produit le film ne supportant pas la couleur bleue) par le biais des costumes pour livrer une image aux contrastes saisissants qui mettent en valeur aussi bien les décors que Joan Crawford qui hormis chez Michael Curtiz en noir et blanc n'a peut-être jamais été aussi bien filmée, livrant toute la force et la fragilité de cette femme que les doutes de l'âge et une beauté chancelante commencent à tourmenter. Ray avait parfaitement saisi les démons de Crawford pour les imprimer sur la pellicule. Western psychologique à multiples entrées (certains critiques lui ont reprocher son côté bavard) offrant un duel final entre deux femmes inédit, "Johnny Guitare" met au service de sa cause une ribambelle de seconds rôles ayant fréquenté les spécialistes du genre allant de John Carradine à Ward Bond en passant par Ernest Borgnine, Paul Fix ou Ben Cooper. Après "A l'ombre des potences" qu'il tournera à la suite et "Jesse James, le brigand bien-aimé" en 1957, Nicholas Ray ne reviendra plus au western. Mais on le sait, ce n'est pas toujours la quantité qui compte.
Il y a quelques films qu'on peut revoir éternellement. L'amour brûlant de Joan Crawford qui ne se montre jamais. La blessure de Sterling Hayden qui sait qu'on ne l'a pas attendu. La nécessité de tout détruire pour se retrouver. La mort qui plane. Le "posse" (groupe de citoyens réunis par le shérif pour poursuivre les criminels) - tout noir, tous en deuil - qui poursuit les amants et traverse le film en tous sens. La trahison généralisée et l'appât du sang dans les groupes de lyncheurs. C'est THE western, le plus beau des westerns, un des seuls qui a pour centre l'amour, la tendresse, la nostalgie.
Western insolite et sensuel de Nicholas Ray qui transgresse les règles du genre en laissant la place d’héroïnes à deux femmes antagonistes dont Joan Crawford formidable en propriétaire à poigne d'un saloon-casino qui assume sa vie dissolue et ses sentiments. A voir absolument.
Johnny Guitare est un western très divertissant, ayant le mérite d'avoir une femme en tête d'affiche (bien qu'elle n'incarne pas le rôle-titre). L'histoire marche très bien, c'est bien écrit. Le personnage de Vienna est plutôt charismatique (c'est assez rare à l'époque d'accorder autant d'importance à un personnage féminin au cinéma). Joan Crawford est très bien dans le rôle principal. Sterling Hayden est très bien également. Les scènes de fusillades sont bien réalisées (pour voir que le film date des années 50, soit bien avant la révolution des films de Sergio Leone). Il y a de belles scènes (comme celle de l'incendie). Un bon western.
Un des sommets du genre : un beau film d'amour superbement mis en scène. L'utilisation des décors, magnifiquement baroques (le saloon de Vienna), est remarquable, tout comme l'interprétation, avec une mention spéciale pour Sterling Hayden, comédien en marge des studios, qui amène une touche à la fois physique et ambigüe, comparable au jeu du grand Mitchum.
Si ce western est très clairement à part de la production courante à l'époque (importance des rôles féminins en premier lieu), il faut reconnaître qu'il a plutôt mal vieilli, aussi bien le jeu des couleurs que le scénario passant en revue les éléments très basiques du genre. Les acteurs, quels qu'ils soient, ne suscitent pas vraiment l'empathie et la fin est franchement bazardée. Reste une mise en scène plutôt bien troussée et quelques effets de surprise assez bien amenés pour maintenir l'intérêt. Johnny Guitare demeure un objet de curiosité.
Western qui met en place des personnages travaillés qui ont tous de multiples facettes tout en gardant leur cohérence individuelle intrinsèque, Johnny Guitare nous plonge au cœur des sentiments qui prennent le pas sur la loi, l'intérêt personnel guidé par la malveillance et la jalousie la remplaçant. En effet ce n'est pas ici un simple western mais bien une étude de mœurs que nous livre Nicholas Ray. Les différents rapports entre les personnages créent une tension palpable du début à la fin, sustentée par les illusions, les peurs et les frustrations de chacun ou la vérité n'a le droit de citer qu'à des brèves occasions. Réussissant l'exploit d'être à la fois brutal et subtil, ce film est à classer parmi les chefs d’œuvres.
un des rares films qui m' ont fait adorer le cinéma, les couleurs, les acteurs mais surtout un scénario qui qui nous plonge dans une grâce un rien mythologique.
ils sont rares les westerns de type "classiques américains" que j'ai pris un minimum de plaisir à regarder. Evidemment, quand on connait les westerns Leoniens, celui-ci comme beaucoup d'autres font pâle figure. Des décors en peinture, de petits espaces clos, pas d'immensité et d'histoire épique. Ici, c'est une petite rivalité urbaine entre deux nanas qui ont quelques problèmes de coeur et de jalousie à régler. Mais ce film va plutôt droit à l'essentiel et le conflit laisse place aux agissements, une certaine action. On évite ainsi le film trop bavard bourré de sentimental niais. Il est également vrai qu'on peut applaudir la présence de femmes indépendantes et au fort tempérament qui contraste avec les habituelles soubrettes faiblardes coincées au foyer et bêtement amoureuses. Du coup, sans le considérer comme une merveille (faute à ce qu'on a su faire depuis, faut l'avouer), c'était plutôt agréable et j'en ai été assez surpris.
Johnny Guitar, western atypique dans le genre, les ressorts des grands westerns sont réunis, mais il y a un petit supplément d’âme, une haine qui lie des deux femmes héroïnes de cette histoire, le visage de Mercedes Mc Cambridge se transforme à mesure que sa haine explose au grand jour, une haine viscérale, qui aveugle, au point de frôler la folie. Et puis, Joan Crawford, femme de l’ouest, dur, que le temps à façonner tel un diamant brut, donne une partition de haute volée. Deux femmes tiennent le haut de l’affiche pour un genre de film destiné aux hommes, il fallait le faire et le résultat est une très grande réussite.
Un western classique dans la forme,et dans le fond un western insolite avec un véritable drame d'une tragédie shakespearienne réalisé de main de maitre par l'un des professeurs de l'Actor Studio,Nocholas Ray un ami très proche du co fondateur de l'Actor,Elia Kazan.
L'œuvre est réalisée comme un lyrisme dramatique dépeignant un magnifique portrait irréaliste de l'ouest à travers l'opposition de deux femmes.
Joan Crawford(Vienna) 50 ans était la seule rescapée du cinéma muet à jouer des rôles principaux quand le parlant arriva,et l'unique film en Technicolor de la grande dame ,elle était énorme de talent face à une autre,Mercedes McCambridge la vénéneuse ,Emma excellente. Deux femmes dans un l'ouest au décors somptueux,et dont les hommes ne sont que des pantins manipulés par ses diablesses mélancoliques.
Sterling Hayden un acteur remplis de talents,était une armoire à glace de 196 cm qui fut le cadet de 12 ans de la belle talentueuse Joan Crawford face une autre figure cinématographique dans les rôles de méchant,Ernst Borgnine,tous les deux sont fabuleux,sans oublier,Scott Brady,ward Bond et John Caradine dans l'un des plus beaux drames tragédiens westerniens accompagné de l'excellent musique de victor Young et la très belle chanson de Peggy Lee.
Cela me fait toujours sourire quand je vois des critiques qu'il n'ont aucun sens,quand elle disent que les actrices de ce western ne sont pas belles,même sous le maquillage,je suis désolé de vous contredire,elle sont magnifiques,et la couleur leur rend une accentuation dramatique sur un magnifique panorama.
La complainte mélancolique de Johnny Guitar, voilà comment pourrait se nommer autrement le film de Ray. Bien que le film commence par le personnage principal, celui-ci est petit à petit rangé au rôle de témoin, un homme honnête qui ne veut que retrouver son ancienne compagne, et au fil des évènements il sera obligé de se battre pour atteindre son objectif, essayant de se frayer un chemin de sauvetage parmi les conséquences des actes qu'a commis Vienna. La vraie place est donnée aux méchants et à la lutte contre une femme, qui, par vengeance personnelle, rallie tout une ville à sa cause pour abattre la jeune femme qui lui a pris Dancin' Kid. Les rôles sont inversés à vrai dire dans le groupe de Kid, ce dernier est violent mais exprime des sentiments envers Vienna et son gang va peu à peu se disloquer ( grande interprétation de Borgrine ) et se trahir. Ce qui vient d'un scénario travaillé, à la structure et personnages complexes ; la mise en scène de Ray y participe : l'intérieur du saloon est bâti comme un décor d'opéra, et la musique pour une fois n'est pas une pure orchestration hollywoodienne : elle dévoile toute la tristesse du destin des personnages. La séquence de retrouvailles intimistes entre Vienna et Guitar est particulièrement réussie, grâce au jeu d'acteur, à la musique, à la photographie et aussi au scénario ( Guitar ne pouvant faire face à la réalité, demande à Vienna de lui parler par mensonges pour le rassurer ), s'il y a bien de rares défauts ( une discussion en charette devant un fond de paysage qui défile à 150 km/h ), le film n'en est pas moins efficace, travaillé et solide dans les domaines artistiques et techniques, en faisant un western d'exception.
L'un des plus beaux western qui soient ! Les interprétations de Joan Crawford et de Sterling Hayden sont fantastiques. Quant à Mercedes McCambridge elle gagne le prix de la pire méchante de l'histoire du cinéma. C'est splendide, émouvant, roublard et passionnant.