Ceylan est un des seuls à filmer l'âme,à épurer les expressions faciales,à laisser parler la nature,à chuchoter avec douleur les horreurs d'une rupture,de l'amour.Tout est filmé avec une beauté désarmante,une sincérité qui fend le coeur,une douce chaleur exaltante.Ceylan réinvente le film d'amour,réinvente une manière de filmer disparue et qui n'est pas sans rappeler Bergman,il réinvente une mise en scène,il réinvente une direction d'acteurs libre,il réinvente une construction des plans que l'on croyait morte.Il est innombrable la quantité de scènes magnifiques dans "les climats",ou l'intime flirte avec le sublime,ou l'amour est une fatalité indéfectible,ou les relations semblent tissées de non-dits,et ou un soleil chatoyant peut représenter masse de symboles.A travers le temps météorologique et les saisons,Ceylan filme l'amour,cru,simple,émouvant jusque dans ses moindres parcelles.Dès les premières images,on a à faire à un film absolument bouleversant,nuancé,poétique et dont la légère mélancolie évanescente explose dans une fin déchirante.Rares sont les films longs mais si beaux,rares sont les films qui vous terrassent comme ça,juste en un plan,en un regard(les acteurs sont les meilleurs au monde!)."les climats" fait un ravage dans les coeurs,berce le spectateur avec une insondable justesse.Ceylan a en plus un sens de l'ellipse étonnant,et un humour ravageur:quand il sent que son film commence à s'étaler,il parvient subtilement à tomber dans l'absurdité,comme cette scène de sexe inimitable de sauvagerie et d'intelligence.Tout est magnifié,tout est désiré,tout est beau,pure.Le visage d'Ebru Ceylan,marqué par la vie,vaut à lui seul le détour.Cette femme est d'une beauté sidérante,Nuri Bilge Ceylan aussi,visage buriné et solitaire,douloureux et inconfortable.Tout a une trace de passé,de douleur,de sang,d'âme,mais surtout d'amour."les climats" est un rayon de soleil,un flocon de neige,une tulipe naissante.La palme d'or paraissait évidente.