En 1984, quelques années avant la Glasnost, 300 000 citoyens de RDA, pas moins, font métier de surveiller la population. L'un d'eux, le capitaine Wiesler, a pour mission d'espionner jour et nuit au moyen de micros un dramaturge est-allemand peut-être subversif.
Tout un chacun est suspect en RDA, et c'est ce que le réalisateur démontre, entre autres choses, dans ce film magistral, tout à la fois conçu comme une tragédie -dont ignore longtemps la gravité ou non du dénouement- et un thriller. Le film n'est pas cette chronique ou étude de moeurs plus générale de l'Allemagne de l'Est qu'on attendait peut-être. Cependant, le cas de l'homme de théâtre incriminé et de sa compagne, dont les moindres gestes sont consignés, porte un éclairage édifiant sur la Stasi et sur un régime paranoïaque jusqu'au grotesque.
Sujet au coeur du sujet, l'officier Wiesler est l'incarnation autant que l'instrument de l'inquisition d'Etat. Suspicieux par nature ou par réflexe, méthodique, il évoque parfois, y compris physiquement, le majordome psycho-rigide joué par Anthony Hopkins dans "Les vestiges du jour" d'Ivory. Un simple incident et l'intrigue prend un tour nouveau, passionnant.
Le film -et c'est sa force- témoigne parfaitement de l'efficacité ordinaire, sans bruit ni fureur, d'un système oppressif planifié et hiérarchisé; il reflète aussi le sentiment diffus de crainte qui asservit le citoyen.