Le cinéma russe a quelque chose de spécial. En tout cas, voir un polar russe tourné en terre américaine est un choix judicieux car on est dépaysé sans être largué. Little Odessa se caractérise par une narration lente, l'action complètement reléguée au second plan en même temps que le thème de la mafia qui cède beaucoup de terrain face à celui de la famille, tout en lui étant étroitement lié. C'est là que se situe la réflexion principale du film, au niveau des relations entre frères et entre père et fils face aux circonstances qui dévoile le sens caché des actes de chacun. Le père veut protéger son fils qu'il lui reste en acceptant son humanité, mais cela n'y change rien, il est humain donc imparfait et certainement pas blanc comme neige, donc il ne peut qu'échouer. Le cadet subit tout, mais il aime son entourage et s'accroche comme il peut à son frère car c'est lui qui est le plus atteint par la mort prochaine de sa mère. Enfin, le grand frère, est un salaud finis qui est humain, donc il a de bons moments de sympathie bien trompeur, et sa vraie nature est révélée à la fin du film à l'instar du père qui est exposé par un cheminement inverse au spectateur. Les acteurs sont brillants, surtout Edward Furlong qui réussit à nous toucher en mode minimaliste (rien que ses regards lors du meurtre qui arrive enfin et crée le moment le plus noir du film, valent toute l'émotion qui nous attache à lui), quand à Tim Roth il joue assurément mieux que dans le remake de la Planète des Singes. Les plans qui décrivent Brooklyn esquissent un portrait sombre de cette portion de New York, montrant tour à tour ce qui fait sa pourriture intérieure et ce qui fait sa beauté (scène sublime dans la neige lorsque Joshua humilie son père, où le risque de pleurer est des plus élevé!). Une foule de détail percent l'écran et gravent sur cette œuvre la puissance des grands films, qui livrent une parcelle d'éternité. La musique se fait souvent discrète pour mieux nous faire ployer les genoux lorsque le drame se noue. Le final en est totalement dépourvu, et cette séquence change radicalement de ton par rapport au reste du film : on passe à l'immédiat, au temps réel, la mort frappe à la porte. Tel un Duel ou un film d'Hitchcock, le suspense électrise l'air en nous prenant jusqu'à la moelle et le dénouement laisse sans voix. Terriblement dur et pourtant tellement logique et prévisible, une fois qu'on l'a sous le yeux. Ce n'est pas du tout du cinéma américain, c'est du cinéma sans concession, du cinéma qui montre la dureté de la vie, c'est douloureusement inoubliable.