L’amour et la mort, deux concepts étroits dont l’étrange gémellité fascine, traverse «Sunrise : a song of two humans» (USA, 1928) de F.W.Munrau et l’emplis. Histoire universelle et intemporelle d’après deux cartons symptomatiques, le film éblouit par sa propension fabuleuse à la métamorphose. S’ouvrant sur un dessin, de l’illustration naît le cinéma, du naïf naît l’incrédule. Par l’association des idées, le film s’étoffe et progresse. Avant que n’aveugle le «sunrise», l’aurore éternel de l’espoir sensible, luttes et confrontations s’encastrent dans une hiérarchie. Querelle au sein de l’homme : aime-t-il sa blonde femme, incarnation d’une douce innocence agreste ou sa brune maîtresse, avatar citadine stigmatisée ? Et puis, combat dans le couple : mépris puis amour. Enfin l’homme et la nature, conflit a priori perdu pour l’humanité mais c’est sans compter l’immortalité des sentiments. Sincèrement, il faut avouer : «Sunrise…» narre une histoire qu’on peut décrire comme doucereuse. Mais encore plus sincèrement, il faut consentir : Murnau fait don d’une mise en scène d’une telle virulence qu’il est impossible de ne pas en relever la maestria. Tout d’abord, fruit d’un long processus d’installation du langage cinématographique, les jeux d’acteurs sont exempts de toute hystérie accablante. La musique, ici celle d’époque par un procédé d’enregistrement du son, figure les élancées de véhémence, les violons illustrant posément les désarrois intérieurs tandis que les cors sonnent les turpitudes, parfois accouplés à des cymbales explosives. C’est l’idée de la renaissance du couple, de l’Amour, qui parcourt chacune des images fantomatiques du film. Il est étonnant de remarquer que c’est à l’aube du cinéma muet que Murnau en démontre une des plus belles figures, où les personnages ne s’efforcent pas à balbutier silencieusement, où les cartons ne paralysent pas les images (ici ils sont les images) et où la grâce du silence fait de «Sunrise…» le magnifique chant de deux humains.