3.5 - Bien
Dans l'état dans laquelle l'industrie du cinéma était (et l'est toujours) dans la période dans laquelle est sorti Démineurs, il était au bon moment et au bon endroit pour qu'on le prenne en considération le film comme un bel OVNI, mais surtout comme une sorte de bras d'honneur en trois "partie", et ce souvent sans vraiment le vouloir dans la majorité des cas, addressé à cette même industrie, le premier doigt d'honneur étant bien évidemment addressé à tous ceux qui attendaient du film de l'action explosive sans réflexion. En effet, la mise en scène des séquence plus ou moins d'action mise plutôt sur une tension permanente et le réalisme incroyable du traitement de choc donné par le film à un thème aussi récurent que la guerre moderne, le film s'attaquant, comme assez rarement dans le genre, au quotidien des démineurs, employés comme leurs noms l'indiquent, pour le désamorçage sur le territoire afghan. C'est d'ailleurs cette maîtrise quasi-documentariste de Kathryn Bigelow qui fut en partie récompensé par 6 oscars à la place du grand spectacle éco-technologique moraliste de James Cameron (l'ex-mari de Kathryn Bigelow (voilà qui explique beaucoup de choses...) avec son ultra-favori (et dans un registre qui reste tout de même très très différent) Avatar. Le film-choc de Bigelow fut d'autant plus surprenant qu'il provoqua un phènomène très rare chez les oscars qui ont plutôt tendance à saluer les films grand public, "fluide" (si vous permettez l'expression) dans leur mise en scène, faciles dans les sujets, souvent de grands classiques populaires et presque coutumiers (courage, liberté et Compagnie), mettant la fameuse distance entre le cinéma grand public que j'aurais déjà détaillé ci-haut (et qui n'a de secret pour personne je pense) et le cinéma plus adulte et plus réfléchi (on ne peut pas exclure que certains films arrivent habilement à se mettre entre les deux mais mieux vaut faire des généralités pour ne pas traîner en longueur), dans lequel Démineurs est à placer absolument, tellement il représente l'antonyme même d'un film grand public : avancée lente mais sure et de plus en plus crue dans une descente aux enfers traitant de sujets, qui, tout en comptant l'idée de départ au scénario qui fut pour le coup lauréat d'un des 6 oscars remportés, peuvent aisément et même facilement choquer ; tout cela pour faire une transition vers le deuxième doigt d'honneur du film, addressé dans le même ordre d'idée tous ces blockbusters qui essayent prétentieusement d'utiliser quelque chose ressemblant à un fond seulement pour combler la forme en y ajoutant un bout de morale à peine implicite, car si Kathryn Bigelow nous livre au début du film et en bonne et due forme un petit texte d'introduction expliquant clairement les dépositions anti-guerre du film, ne donne pas de leçon et se contente de montrer la réalité comme elle est : les fusillades, sont lentes mais incroyablement intenses et presque éprouvantes, et le travail sur la descente aux enfers des personnages principaux, bientôt à bout de force et totalement changés, est comme tout bon film de guerre assez intéressant, malgré des personnages quelque peu, si ce n'est très stéréotypés, parce qu'entre le baraqué, la tête brûlée et le simplet, trois figures dont on ne compte plus les utilisations diverses et variées, heureusement que la prestation des acteurs vaut largement la peine, sans qu'il soit pour autant extroardinaires. Enfin, le troisième doigt d'honneur, qui vient pour tout dire de toute la filmographie de cette réalisatrice talentueuse qui voit-là son couronnement, est addressé à ceux qui entreprenaient l'idée plus ou moins machiste de se résigner à croire à la naissance d'une génération de réalisatrices aussi influentes que les générations "masculines" (je ne vise personne en aucun cas), car si on ne jette rien qu'un oeil sur la filmographie de Bigelow, dont Point Break est le meilleur exemple, ses réalisations ont toujours été connoté "pour mecs" (croyez-moi, c'est vraiment difficile d'expliquer ça de la façon la plus polie possible...), et dans ce cas-là, Démineurs est un très bon exemple : avec adrénaline, scènes-choc et maîtrise parfaite de son sujet, elle nous offre un portrait sans concession de trois personnages perdus au coeur même de la guerre en Irak. Reste que si le film a aussi échauffé les "Pour/Contre" de la presse, ce n'est pas pour rien, car sans contester les qualités du film, Démineurs n'"explose" jamais vraiment et finit son chemin sur une fin... Mais est-ce vraiment une fin ? Conclusion : Autant les Oscars se seront emballés pour beaucoup moins que ça, autant l'impression finale de Démineurs ne laisse pas un arrière-goût très clinquant ni très marquant. Malgré tout, le spectacle choc et réaliste que nous offre Kathryn Bigelow est une indéniable réussite, même s'il décevra ceux qui attendaient de l'action, ceux qui attendaient de voir une explosion à la minute, ou ceux qui attendait l'adaptation du jeu démineurs... En les espèrant rares...
Ajoutée le 11 janv. à 01h37
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