Tavernier est un grand cinéaste, dont la production est brillamment éclectique, un peu à la manière d'un plus modeste Patrice Leconte.
Mais j'ai toujours regretté son manichéisme. Comme tous les artistes engagés à gauche (pléonasme ?), les grosses ficelles de son militantisme me gâchent en partie ses œuvres. Même s'il y a pire dans le genre.
Ici on n'y échappe pas toujours. Je ne ferai pas la litanie des clichés bien-pensants. Tout le monde semble s'en accommoder, bien que la réalité de la vie soit bien différente.
Heureusement ici ce n'est pas excessif et c'est au service de l'histoire. Très vite l'ambiance et le souffle emportent l'adhésion.
Car ces réserves mises à part, j'ai tout aimé dans ce film.
Mise en scène, image, montage, rythme, personnages, trognes improbables, jeu sobre, désabusé ou flamboyant selon les rôles.
Intrigue(s) complexes et riches, récits à tiroirs, personnages attachants et/ou bien trempés, dialogues fins et humanistes, scènes de violence réussies, réalisme général des situations.
La Louisiane et ses bayous sont remarquablement filmés. Son atmosphère, ses habitants, ses coutumes, son histoire, sa musique... On y est dès le générique.
Cerise sur le gâteau, l'onirisme et le fantastique s'invitent de manière récurrente, ce qui sied particulièrement aux lieux. Comme une évidence.
Ne connaissant pas ce film - à part son titre intriguant - j'ai cru au début à un Eastwood du meilleur cru. Ce n'est pas un mince compliment.
Tommy Lee Jones y est impérial.
Le scènes de fin sont jolies, mais j'attendais - comment dire - quelque chose de plus fort.
Eh bien je l'ai eu !
L'image de fin
, qui devient nette peu à peu grâce au zoom avant, comme dans le Répulsion de Polanski, est une manière de coup de théâtre
L'émotion vous submerge.