Un conte de Noël est peut-être le film le plus triste qu'il m'ait été donné de voir. Non pas parce qu'il m'aurait fait abondamment pleurer (d'ailleurs, aucune scène n'a cette volonté), mais parce que sa tristesse est bien plus profonde. Elle est comme gravée, immaculée dans l'image. Le désenchantement du film est primaire, originel, le film est construit sur le désenchantement, sur l'amertume. Tout les personnages, sans aucune exception, semblent traîner de lourds poids, une mélancolie comme incurable. Ils sont tous, dans des manières très différentes, totalement auto-destructeurs, perdus, déchus.
Et pourtant, dans un paradoxe total, il est presque effrayant de constater à quel point le film est jubilatoire. Bien entendu, en grande partie grâce au personnage de Mathieu Amalric, brillant. Mais, à y regarder de plus près, peut-être aussi car le spectateur occupe du début jusqu'à la fin la confortable et rassurante place du voyeur (chose que Arnaud Desplechin ne se prive pas de souligner dans sa mise en scène.) Il est en effet extrêmement rassurant de pénétrer dans le coeur, dans les tripes, dans les viscères d'une famille et d'en découvrir tout les maux, toutes les fissures, de découvrir tout ce qu'il y a de sale derrière les apparences proprettes des fêtes de fin d'année. La ville de Roubaix, sublimée par la caméra de Desplechin, devient alors le théâtre saugrenu et viscéral d'un règlement de compte familial. Une famille qui va, à défaut de se réconcilier, se déchirer encore plus qu'initialement, jusqu'à arriver à un point fatal de non-retour.
Au final, Desplechin nous offre un conte de Noël particulièrement triste, amer, acide, cynique, sinistre, drôle, jouissif, touchant, attachant et conquérant. Il nous a conquis, nous.