Je doute qu’on ait jamais fait un bon film à partir d’un mauvais livre. Mais s’il est quasiment impossible pour un cinéaste de faire un film meilleur que le bon livre qui l’a inspiré, ce qui me paraît sûr c’est qu’avoir vu un film avant d’avoir lu le livre dont il est tiré présente le risque d’un blocage de l’imaginaire, et donc risque d’appauvrir l’expérience de lecture…
Il y a un peu plus de dix ans, j’ai été voir « The reader », un film qui m’a pas mal remué. Aujourd’hui, à l’heure où j’écris ces lignes je suis plongé dans le livre de B.Schlink, « Der Vorleser », que je découvre pour le plaisir en allemand (dans le cadre de l’apprentissage de cette langue). Et j’en veux à deux personnes :
-A moi d'abord, pour avoir dérogé à mes principes, à l'époque où j'ai vu cette bonne adaptation : ne pas voir un film avant d'avoir lu le bouquin dont il est tiré, surtout si le bouquin est bon, même et peut-être surtout si le film est réussi. Principe qui prime encore plus si le bouquin est meilleur que le film, ce qui est presque toujours le cas…
-A S. Daldry ensuite, d'avoir réussi une honnête adaptation, en respectant la chronologie événementielle et en confiant le rôle d'Hanna à K.Winslet, parfaite en initiatrice littéralement amorale (au sens de dépourvue du sens moral commun) mais sensible, sans excès d'affect et bien sûr avec ce qu'il faut d'animalité pour coller au personnage dans sa plénitude sexuelle (Peut-être un peu moins convaincante en vieille femme, mais ça c'était difficile !).
D'avoir su faire passer à l’écran l’ambiance du cheminement intérieur que traversent les protagonistes au cours de leurs vies respectives : face à K.Winslet, R.Fiennes et D.Kross sont tous deux convaincants et déroulent leurs partitions avec sobriété et justesse, même s'il nous manque l’analyse des conflits intérieurs, la recherche d’objectivité dans l’introspection chez Michael, sa volonté de se comprendre et de comprendre Hanna, choses que le texte met en évidence avec une grande finesse dans le livre. Enfin de n'avoir pas (trop) édulcoré la fin de partie, même s'il aurait fallu que K.Winslet prît une quinzaine de kilos pour coller physiquement à ce qu'écrivit B.Schlink...
Bref, d'un bon livre on peut faire un bon film mais il vaut mieux lire avant de voir. C’est le cas ici, tant pis pour moi si j'ai marché à l'envers...