La laideur de l'affiche faisait peur, mais "L'agence tous risques" est loin d'être aussi ridicule que je le craignais. Commençons par la liste des défauts (supportables) qui m'ont tout de même un peu gâché le plaisir. Tout d'abord Joe Carnahan (réalisateur de l'excellent "Narc" avec Ray Liotta et Jason Patrick) a pris la drôle d'habitude de dépersonnaliser à mort ses mises en scènes, on a droit ici à un montage digne d'un Michael Bay (comme si l'épilepsie visuelle avait quelque chose à voir dans le rythme d'un film) et les cadrages sont tous dénaturés à grands coups de filtres lumineux façon produits Bruckheimer ou frères Scott (Tony et Ridley (d'ailleurs producteur ici) pas la série pour ados neuneus de TF1) les entrées de champs sont un plagiat du style de Spielberg, et les scènes d'actions, qui se voudraient fun et décomplexées, finissent par tomber dans la grandiloquence à force d'en rajouter dans la démesure façon Emmerich. Dernière grosse bourde de l'équipe: confier le (seul) rôle féminin de la chose à l'insipide Jessica Biel, cette "actrice" est décidément la transparence incarnée. Les bonnes petites surprises finissent heureusement par prendre le dessus, la première étant l'efficacité certaine du scénario. Il a beau être classique (efficace j'ai dit, pas original) les situations sont souvent mises en places avec ingéniosité, la mise en parallèle de l'explication et de l'exécution de certains "plans" ne les empêchent pas d'être parfois gentiment surprenant, et les dialogues des bad guys sont impeccablement soignés. Ils sont d'ailleurs campés avec énergie par les irréprochables Patrick Wilson (ça fait du bien de le voir en autre chose qu'en super héro ou en catho récemment confessé) ainsi qu'un revenant: Brian Bloom. Bref idole des jeunes filles pour divers passages éclairs dans des séries télés 80's (tiens tiens) le type s'est un peu étoffé et dégarni, mais sont oeil bleu n'a rien perdu de sa présence, et on sent que le gars s'en est payé une bonne tranche sur le tournage. Brian Bloom est accessoirement (ce qui est étrangement moins connu des jeunes filles des années 80) le héro de l'une des plus jolies scènes que j'ai pu voir dans un film: c'est lui qui joue le gamin qui fini par manger le gâteau à la crème dans la cage d'escalier de "Il était une fois en Amérique". Et pour finir, il faut bien admettre que le quatuor de tête, la bande à Liam, emporte le morceau. Leur roublardise et leur camaraderie évidente fait franchement plaisir à voir, certaines séquences de pure déconne fonctionnent imparablement, et chacun à sa petite gloire personnelle sans pour autant tirer la couverture: Sharlto "looping" Copley a tout du futur second rôle emblématique (il était l'excellent anti-héro de "District 9"), Quinton Jackson n'a pas à rougir de la comparaison avec Mister T, Bradley Cooper, qui peut être formidable (Happiness therapy) ou insupportable tellement il est en roue libre (Very bad trip) est ici en roue libre, mais ça va plutôt bien au personnage de Futé. Et puis il y a Liam. Le type a beau orchestrer sa carrière de manière à finir dans des "direct to DVD", sa présence est quand même assez inimitable. Ce n'est pas pour rien qu'il a joué Schindler (prestation boudée au Oscars au profit d'un deuxième consécutif pour Tom Hanks, ce qui est un scandale) comme ce n'est pas pour rien qu'on lui fait jouer Zeus (oui, là, d'accord...) même lorsqu'il cherche son Zippo dans ses poches pour rallumer son barreau de chaise, il crève l'écran.