Très académique dans son traitement, plutôt long (2 h 06), ample, dense, ce péplum peut rebuter le spectateur à la recherche d'un divertissement sans prise de tête et pas trop didactique. De fait, on ne peut s'empêcher, en le regardant, de penser qu'il conviendrait parfaitement comme support vidéo à un cours d'histoire sur la Grèce antique pour collégiens ou lycéens. Ca donne envie... ou pas... La première heure, surtout, frappe par son sérieux et l'austérité de ses dialogues scientifico-philosophiques. Il convient cependant de persévérer car si l'on ne décroche pas en cours de route, on a la bonne surprise de rentrer dans l'histoire alors qu'on n'y croyait plus trop et de s'attacher aux personnages, unis jusqu'à la mort par le tumulte de leurs passions et de leurs convictions jusqu'auboutistes, aussi bien amoureuses que religieuses. L'action se passe au IVe siècle après JC. Belle, indépendante d'esprit, agnostique, Hypatie enseigne l'astronomie à l'école platonicienne de la Grande Bibliothèque d'Alexandrie. Assis sur les bancs sans distinction entre chrétiens, juifs et musulmans, ses élèves sont exclusivement masculins, de jeunes adultes dans la force de l'âge. Tous suivent avec ferveur les cours de cette femme charismatique, en avance sur son temps, dont la curiosité, la liberté de pensée et la tolérance se seraient parfaitement inscrites dans la science éclairée de l'esprit des Lumières. Pour son malheur, elle est née 14 siècles trop tôt... Entièrement vouée à comprendre la place de la Terre dans l'Univers et à apporter la preuve de la théorie héliocentrique, encore considérée par les autorités religieuses de l'époque comme hérétique, Hypatie se perd dans l'observation du ciel et de savants mobiles reproduisant l'organisation cosmologique, elle étudie sans relâche les rouleaux de parchemins qui compilent les connaissances astronomiques, l'intelligence toujours en éveil, sans préoccupation de plaire et de paraître. Et pendant ce temps, l'intégrisme monte... Ambitieux dans sa réalisation, avec un évident parti pris d'esthétisme rigoureux, Alejandro Amenabar a traité son sujet en intégrant l'histoire humaine à l'histoire universelle, comme un grand tout, faisant la passerelle de l'une à l'autre par des vues de nuit étoilée. Alors que là-haut l'Univers poursuit sa course imperturbable, en bas, la Terre, circonscrite à une Alexandrie reconstituée dans des tons beige-écru, est secouée par les troubles religieux. L'affranchissement des esclaves annonce les exactions des chrétiens envers les juifs. Les cartes redistribuées, il faut choisir son camp. C'est la bascule des plus forts en plus faibles et des opprimés en oppresseurs. Parmi la population grouillante d'Alexandrie, "Agora" s'attache au destin de 3 personnages en particulier : Hypatie, mentionnée plus haut, Davus et Oreste (Rachel Weisz, Max Minghella et Oscar Isaac, chacun excellent dans son rôle), tenaillés sans grande marge de manoeuvre entre leur devoir, leur raison et leur coeur. Tous les ingrédients d'un drame... Beau, mais quelque peu ardu.