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Un visiteur
4,0
Publiée le 30 juin 2008
Rien de tel qu'une "petite histoire" pour atteindre l'universel. Ici la petite histoire pourrait être réelle dans un contexte particulièrement complexe. le conflit qui oppose Salma et ses citronniers à l'état israélien via son ministre de la défense, permet au réalisateur Eran Riklis d'évoquer avec subtilité l'histoire contemporaine de son pays et de la Palestine tout en étant toujours à hauteur d'homme (et surtout de femme). Evitant avec soin tout manichéisme, à la fois réaliste et romanesque, profondément féministe, juste dans ses personnages, optimiste dans sa vision du monde sans jamais se défaire d'une lucidité plus noire, cette fable traite avec justesse du pouvoir, de la révolte des opprimés, du dialogue et du non-dialogue, de l'amour, de la mémoire, de la raison de vivre. Porté par une mise en scène simple et un scénario intelligent, le film trouve sa force dans l'interprétation. Hiam Abbass le porte sur ses épaules de femme forte à la fois soumise et frondeuse, complexe et profondément attachante, jamais hystérique, toujours juste. Face à elle, Ali Suliman en jeune avocat attendri et ambitieux et Rona Lipaz Michael en femme de ministre libre de pensée et d'action, font des Citronniers une œuvre profondément humaine loin de tout clichés. C'est aussi une réussite de voir qu'un pays comme Israel, malgré une politique intérieure et étrangère particulièrement discutable, offre à ses cinéastes la liberté de s'exprimer sur des sujets brûlants. Les Citronniers font partie de ce cinéma utile, indispensable à l'humain, témoin d'un monde complexe en constant mouvement.
Le film d'Eran Riklis ne résoudra pas le conflit israélo-palestinien mais il nous fait comprendre combien la situation est complexe et bloquée. Quoi de plus banal qu'un verger de citronniers qui fait vivre une veuve et son jardinier? Mais cela va se compliquer très vite car Salma (Hiam Abbas, qui donne à son personnage dignité et émotion) est palestinienne et ses arbres poussent à la frontière avec Israël. Difficulté supplémentaire, le ministre de la Défense isrélien s'installe dans la villa d'à côté : déploiement d'une protection musclée et construction d'un mirador qui surplombe les citronniers pour débusquer d' éventuels terroristes. Et bientôt le verdict tombe : les arbres touffus menacent la sécurité du ministre mais le chef du même nom a la solution, il faut tout raser! Salma n'a pas l'intention d'accepter l'injustice sans rien dire : elle s'adresse à un avocat connu, plaide sa cause devant la Cour suprême israélienne, en vain. La dernière image du film est d'une grande puissance symbolique, absurde et désolante. Ce mur élevé entre le jardin du ministre et le verger dévasté de Salma consacre l'incompréhension entre deux peuples pourtant si proches humainement. Car chaque personnage est ligoté dans une situation qui ne le satisfait pas mais dont il ne peut se libérer. Le ministre n'est pas un monstre mais sa femme, Mira, qui a compris la détresse de sa voisine, n'obtiendra rien d'un mari lui-même interdit de concession à la sécurité d'Israël! L'avocat de Salma s'éprend de cette femme courageuse et fière mais le poids de la tradition l'oblige à la quitter pour une femme plus conforme à son rang. Salma enfin est vaincue d'avance, privée de ses arbres par une conjoncture qu'elle n'a pas choisie et blâmée pour s'être attachée à un homme trop éloigné d'elle socialement. Eran Riklis se défend d'avoir fait un film politique. Pourtant comment ne pas percevoir le drame de Salma comme le symbole d'un affrontement dont personne ne peut vraiment sortir gagnant?
Le cinéma israélien, dont la production intéresse de plus en plus les écrans français, centre une majorité de son territoire aux environs de la frontière. Lieu de passage, de conflit et d’incertitude, la frontière est un objet de mouvement, idoine pour la matière cinématographique. A l’instar du beau «Disengagement» d’Amos Gitaï, Eran Riklis réalise «Etz Limon» (Israël, 2008), lutte des titans contre les petites gens sur une terre divisée par la frontière. D’un bord vit Salma, une veuve palestinienne qui cultive des citronniers avec l’aide d’un vieil homme. De l’autre bord demeure Mira, une israélienne, épouse du ministre de la Défense. Entre ces deux femme, ces deux pays résident sans un bruit des citronniers colorés d’un jaune Van Gogh et d’un vert Monet. Ces choses de la Nature autour desquelles s’observent tacitement deux femmes que leur peuple oppose sont un point de symétrie, ramenant à égalité les israéliens et les paléstiniens. Fomenté dans un esprit pacifique, «Etz Limon» dispose un ordre d’équité entre les deux nations en conflit. Riklis n’en reste pas à ce seul constat (qui fait l’unanimité du cinéma israélien) mais aborde en parallèle les contraintes qui étreignent les femmes de chacun de ces pays. Salma s’éprend d’amour pour son avocat, aussi jeune que son fils. Sa communauté musulmane réprouvera cet amour, quitte à lui adresser quelques sévères remontrances au nom de l’honneur de son défunt époux. Dans le même temps, Mira s’ennuie chez elle où elle passe ses journées lasse sur le canapé. Chacune d’elle, assoiffée modestement de plus de liberté, profite des instants possibles pour accomplir leur volonté profonde. Salma, dans le secret, embrasse son avocat tandis que Mira se confit à une journaliste envieuse de scoop. Doté d’une double lecture et de multiples couches de propos, ce film d’Eran Riklis s’achève sur un constat connu de tous : la force de l’Etat achève désormais la fragilité du plus petit.
(...)Filmée simplement mais d’une manière très belle par d’Eran Riklis ("la Fiancée syrienne"), cette fable se révèle aussi prenante que bouleversante. Elle nous parle aussi bien du désordre permanent qui règne la-bas que de ce que peuvent vivre les femmes aujourd’hui. Et si on ajoute à tout ça le jeu extrêmement subtil des acteurs (tous particulièrement bons )et une certaine forme d’humour malgré le sujet dramatique du film, on pourra conclure aisément que "Les citronniers" est incontestablement une des très belles surprises de cette année 2008.
Ici il n'y a pas de manichéisme,tout le monde est prisonnier de son travail, de sa culture, de sa condition féminine.La force de ce film est de nous parler de cette lutte entre David et Goliath mais aussi des relations hommes femmes compliquées dans cette région.Un beau film salutaire jamais ennuyeux au dénouement terrible.
Dans "Les Citronniers", l'avocat de Salma va dire que seul les films américains se terminent bien. Ici, point de manichéisme, bien que la préférence aille tout de même aux palestiniens. On est révoltés face a ce désir constant de sécurité au point d'en faire pâtir les plus démunis. Un combat plein de courage et de force. Un film humaniste qui espère une paix. La fin laisse un espoir partagé. Le conflit Israëlo-palestiniens est abordé avec parcimonie. C'est donc surtout un film sur deux femmes. L'une combattantes et l'autre se rendant compte de se qui se passe autour d'elle. Deux actrices touchantes et marquante, Hiam Abbas et Rona Lipaz Michael. On espère et finalement...
Léché! c'est tout ce qu'on peut dire de ce film israélien où tout est convenu: les arabes sont sales et résignés, les juifs intelligents et puissants. Après il y a des amourettes et des divorces pour pimenter un peu avec un fond de gentille occupation de la terre des autres qui ne comprennent donc rien. Oh, bien sûr, ce n'est pas en Palestine qu'on pourra voir d'aussi beaux conseils d'état, tout en marbre dis donc! Même si la justice dispensée est celle de l'apart... ouf, j'allais dire un gros mot. Mes excuses messieurs les censeurs!
Un film magnifique et très émouvant . Tous les acteurs sont excellents et l'héroïne est sublime . Quel beau portrait de femme à la fois courageuse, sensible , amoureuse, blessée, battante... Une histoire pleine d'humanité, et surtout un film très réussi sur un sujet brulant, mais qui prend, à mon avis, une portée universelle.
Un beau portrait de femme que celui de Salma, pour qui son verger représente toute sa vie et qui va faire de son combat une défense de sa dignité, de son identité, une revendication du respect. A ses côtés, celui du jardinier, dans l'ombre, témoin ténu. C'est ici que réside la force du film: dans les expressions de visage(s), l'ombre mouvante des arbres dans la chambre, les bocaux sur les étagères... C'est peut-être aussi à cela qu'aurait pu (dû?) se limiter le réalisateur, ou du moins le film aurait-il gagné en sobriété et en force(s) s'il n'y avait pas eu, entre autre, cette idylle contrariée entre Salma et son avocat. Fallait-il vraiment ajouter cette histoire qui se surajoute plus qu'elle n'apporte de sens? Comme si Eran Riklis avait voulu trop englober dans ce scénario moult aspects du conflit israëlo-palestinien, comme s'il avait voulu ne rien occulter. Il y a aussi quelques incohérences dans les relations entre le ministre de la défense et sa femme, ça manque de phrasé. En somme, pour nous : choisir un regard, une orientation, dans un film, c'est essentiel, quitte à laisser de côté certaines facettes. Dommage!
Ce film illustre parfaitement par un exemple complètement insensé mais courant, un conflit qui déchire israéliens et palestiniens. Les personnages sont très attachants, chaque rôle est parfaitement étudié et magnifiquement interprété pas deux actrices très talentueuses. Ce genre de film polémique qui débouche sur une réflexion politique, est une véritable alarme, un appel ou plutôt un rappel, car ces conflits qui existent depuis bien trop longtemps sont parfois oubliés. Heureusement il y a des films comme "Les citronniers".
Après avoir été profondément déçue par Amos Gitaï et Désengagement, film prétentieux s'il en est, j'ai retrouvé avec plaisir Hiam Abbas. Les Citronniers est un film modeste, il s'en dégage émotion et poésie. Loin de tout manichéisme, il propose une vision neutre du conflit pour lequel aucune issue ne semble se profiler à court terme. On quitte la salle forcément bouleversé avec ses questions et l'envie de s'intéresser plus précisément à un conflit historique aux enjeux politico diplomatiques, géostratégiques que je ne maitrisais pas pour ma part et dont les conséquences sont dramatiques sur le plan humain. A voir.
Même si ce film magnifique n'a pas la prétention de décrire l'occupation israélienne, il constitue une métaphore soft mais très réussie de la situation des Palestiniens. Certes, plutôt que le citronnier, Eran Riklis aurait pu prendre l'olivier qui incarne véritablement la sève de la Palestine et les oliviers sont arrachés et brûlés par dizaines de milliers pour des fausses raisons de sécurité ou pour construire le mur. Donc pas d'images fortes, mais beaucoup d'éléments sont évoqués : les check-points, le mur, les expropriations, les colonies... La force est donnée par la complicité qui grandit entre ces deux femmes, Mira l'Israélienne et Salma la Palestinienne, que sépare un grillage. Deux femmes dignes, d'une beauté envoûtante, empruntes de pudeur et de sensibilité et dont l'image reste encore gravée dans ma tête. On aurait aimé qu'elles aillent plus loin, qu'elles se parlent, deviennent amies mais l'interposition systématique des services de sécurité israéliens démontre que tout est fait pour éloigner les deux peuples ! Courez voir ce film, il le mérite !
Les Citronniers résume un peu la situation qui est plus que délétaire entre l'Israël et la Palestine depuis 1948. Le scénario montre à quel point l'incompréhension est grande entre les 2 nations, l'Israël est obsédée par la menace terroriste au point de la voir partout, ce qui conduit pour le plus souvent les autorités à prendre des mesures pénalisant très fortement d'innocents palestiniens dans leur quotidien, le scénario du film ainsi que la contruction d'un grand mur de protection séparant les 2 communautés en sont la preuve parfaite. Une des scènes du film montre que les autorités israëliennes peuvent aussi se comporter de manière incivile délibérément. Bravo au réalisateur qui ose dénoncer la politique de défense menée par son pays. Les acteurs achèvent de nous convaincre.