Plutôt bon film de Stéphane Brizé qui traite une relation amoureuse extra-conjugale entre un maçon et l'institutrice de son enfant, mais une relation qui ne se passe pas dans la consommation immédiate ; plutôt dans le retardement toujours reconduit de cette consommation. L'image représente bien la majeure partie des plans et des scènes du film, qui constitue une sorte de traité de la gêne : le film tente de mettre en images la gêne que les deux personnages dégagent progressivement en sentant l'attirance réciproque qui les anime, attirance moralement condamnable, évidemment. C'est le bon point du film à mon sens : la gêne des deux acteurs atteint comme par contagion le spectateur, qui ne peut que palper cette tension manifestée surtout par l'absence d'un discours "libéré" entre les deux, et par le nombre incroyable de silences qui en découle. En cela le film est réussi : la longueur et la qualité des plans, les dialogues bien construits et adaptés aux personnages (crédibles), parvient à ses fins : un film "à la française", sans l'agitation ambiante et sans la violence artificielle des films d'actions, un film qui joue sur les blancs, les pauses et les silences plutôt que sur la construction méthodique et des péripéties haletantes. A cela s'ajoute quand même la très bonne prestation des acteurs (Lindon excellent bien qu'il fasse presque toujours les mêmes rôles en ce moment, Kiberlain pas exceptionnelle, mais ça passe, Atika fait le boulot). Aux points positifs et à l'aspect général que je viens de décrire s'ajoute aussi la musique, très bien utilisée et surtout bien choisie, genre intimiste, avec un air de violon qui s'envole pour faire pleurer les pleureuses que je ne fus tout de même pas, cette fois-ci.
Points négatifs : c'est presque l'envers nécessaire de tout ce qui vient d'être expliqué : longueur, longueur (heureusement le film n'est pas trop long), pas trop d'action, une libido coincée, presque psychanalytique, bloquée dans le rapport désir/censure morale. Au niveau des idées, ce n'est pas très riche, mais enfin ça se laisse regarder...
Allez 12/20, pour la non-violence (loul).
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