De film détesté à film adulé, "Showgirls" de Paul Verhoeven a su conquérir le cœur des critiques au fil des années, les mêmes critiques qui criaient au navet trente ans plus tôt d'ailleurs, tout en ayant encore cette aura de film un peu "honteux", de plaisir coupable et d'OVNI du cinéma flirtant entre chef-d’œuvre absolu et nanar. Pour moi, il n'est ni l'un ni l'autre. Après l'avoir vu une premier fois, je l'avais apprécié mais sans plus et voulant raviver mes souvenirs, j'ai décidé de me le repasser une seconde fois. Et franchement quelle surprise ! En le revoyant aujourd'hui, je redécouvre complètement ce film ; un film trash, quelques-fois vulgaire, de mauvais goût, kitsch à souhait avec, par-dessus le marché, un jeu d'acteur bien trop excessif. Et nous sommes bel et bien devant la recette du parfait film camp. Le film fait en effet partie des plus emblématiques de ce style de la sous-culture gay que Susan Sontag a théorisé dans les années 60. Et effectivement, vu à travers ce prisme-là, le film est un pur régal, bien souvent involontaire, ce qui le rend d'autant plus savoureux (de la même manière qu'un nanar ; un véritable nanar involontaire est bien meilleur qu'un nanar qui cherche à l'être). Ainsi, les points négatifs du film en deviennent sa force mais sans pour autant l'élever au rang de chef-d’œuvre, disons, premier degré comme beaucoup de critiques ou même d'études universitaires ont pu le faire récemment. Certes, tout n'est objectivement pas mauvais, Verhoeven est connu pour son outrance, sa violence et sa mise en scène d'une sexualité franche et débridée ; il pousse simplement les limites ainsi un peu plus loin (notamment que "Basic Instinct", son précédent film déjà très sulfureux), flirtant ainsi bien souvent avec le mauvais goût car tout n'est pas très bien maîtrisé. D'un autre côté, cela va très bien avec le propos du film : dépeindre un Las Vegas criard, sale et rempli de dangers. Et dans tout cela, nous suivons Nomi qui rêve d'accéder à cet univers en rentrant dans un cabaret réputé. Alors, il y a un peu de "All About Eve", notamment dans le rapport à la notoriété, à la manière d'y accéder et puis dans le rapport entre les deux femmes rivales, mais, encore une fois, de manière bien plus trash. Alors un trash qui fait aujourd'hui bien-sûr beaucoup moins d'effet qu'au milieu des années 90 ; un film finalement bien trop en avance sur son temps. En réalité, le film est excellent dans son extravagance, notamment la première scène dans le club où Nomi croit qu'elle sait danser, la scène de la piscine évidemment et puis l'espèce de "danse fight" entre les deux rivales lors d'un spectacle, rappelant d'ailleurs encore une fois l'univers queer, en particulier ici avec le voguing qui repose sur le même principe : s'affronter lors de battle de dance où la performativité des genres est poussée au max. Et puis il y a bien-sûr le jeu d'Elizabeth Berkley qui en fait des tétra-caisses dans son jeu et dans ses mouvements particulièrement brusques. Mais en même temps, on ne peut pas vraiment dire qu'elle joue mal, elle est juste un peu trop à fond dans son personnage et puis elle dance quand même très bien ; les erreurs viennent, je pense, bien plus d'une direction d'acteur à l'image du film, c'est-à-dire extravagante et tape-à-l’œil. Car oui, c'est également une mise en scène tape-à-l’œil, tout est surbrillant en permanence, kitsch et tout sonne faux à la manière d'une publicité pour parfum. Mais d'un autre côté, c'est une mise en scène particulièrement soignée qui souligne justement cet aspect bling-bling de Las Vegas. "Showgirls" est-il alors maitrisé ou complètement raté ? Probablement qu'on ne connaîtra jamais la réponse mais il reste en tout cas un film parfois drôle, choquant, voire même touchant mais surtout excessivement camp !