Sofia Coppola est une cinéaste dont le thème de prédilection est l'ennui. Ses personnages en sont victime et cherchent, d'une manière ou d'une autre, à s'en extirper. Les films qui en résulte sont teintés de mélancolie mais se tourne fermement vers quelque chose de positif, de dynamique. Il me semble que Tarkovski (dont c'est mon premier film) emprunte le chemin inverse. L'ennui ne fait pas partie de l'histoire mais il est placé au cœur de l’expérience cinématographique.
Évidemment, cette démarche rebutera beaucoup de monde. J'ai personnellement eu beaucoup de mal à me plonger dans l'histoire, la faute à une longue introduction qui s'enlise dans des explications indigestes. Après trois quart d'heure d'exposition, le personnage principal, Kris Kelvin, se rend enfin sur la station de recherche qui gravite autour de la planète Solaris. Le récit démarre alors, non sans quelques heurts (le fait que les scientifiques refusent d'expliquer au héros les événements étranges de la navette est vraiment lourd). Mais l'ensemble reste profondément austère à cause d'une absence quasi-totale d'accompagnement sonore. Bien qu'une musique semblant provenir d'un endroit lointain se fait entendre de temps à autre, ce sont des bruitages métalliques, angoissants et nébuleux qui occupent l'espace sonore le reste du film.
Heureusement, le scénario aborde des thèmes très intéressants, et les grandes questions qu'ils soulèvent sont condensées dans le personnage de Khari. Elle est en réalité une image envoyée par Solaris dans un but inconnu. Elle prend la forme d'une personne issue du passé de Kris, en l’occurrence sa femme qui s'est suicidée quelques années auparavant. Bien que le film s'attarde chamboulement que subit le personnage principal, il reste concentré sur cette entité étrange et sa recherche d'identité. Piégée dans un statut de copie dont elle prend conscience peu à peu, Khari s'interroge sur ce qui fait un humain. Elle se met à singer la vie de l'ancienne compagne de Kris et essaye de percevoir les émotions des autres personnes à bord de la station. Ne partageant pas la paranoïa ambiante, elle apparaît comme le personnage le plus normal, mais Tarkovski contredit cette impression en la présentant à plusieurs reprises sous un jour monstrueux. De plus, Khari est omniprésente à l'écran grâce à un subtil jeu avec le hors-champ. Le réalisateur la fait apparaître de manière soudaine et incohérente à l'écran et filme, en son absence, le manteau qu'elle laisse derrière elle.
Pour une raison ou pour une autre, j'avais associé le cinéma de Tarkovski à de très belles images, mais Solaris en comporte bien peu. Globalement, ce sont les plans liés à l'eau qui sont les plus réussis, comme ceux qui se concentrent sur la rivière près de la maison de Kris. Les quelques images de Solaris, planète recouverte par un gigantesque océan, sont également surprenantes par leur irréalité : les mouvements des courants marins s'apparentent à ceux de la lave, plus lents et compacts. Le reste m'a complètement laissé de marbre, les immondes plans violets mis à part.
Solaris est donc loin de m'avoir captivé autant que le chef-d’œuvre de Kubrick, bien qu'il offre des possibilités d'analyse tout aussi profondes et intéressantes. Je retiendrai du film son ambiance léthargique et ses enjeux scénaristiques, qui sont responsables d'un violent ascenseur émotionnel lors de la scène de fin. Mais dans l'ensemble je ne pense pas que le cinéma Tarkovski soit un cinéma qui me parle beaucoup.