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Deep End
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Deep End" et de son tournage !

Et de 6!

A sa sortie en 1971, Deep End était le sixième film de Jerzy Skolimowski.

Genèse

Jerzy Skolimowski nous raconte la genèse de Deep End : "Nous étions en 1969. Je venais de terminer, à Rome, le tournage de mon plus mauvais film: Les Aventures du brigadier Gérard. La postproduction de ce film avait lieu à Londres. Je louais un appartement à Kensington, au 73 Cornwall Garden. Au bout de quelques semaines passées à Londres, j’ai commencé à envisager Deep End. On m’a raconté une histoire vraie à propos de quelqu’un qui avait perdu un diamant dans la neige et qui avait dû faire fondre la neige pour le récupérer. Ce petit épisode possédait un certain potentiel. En quelques jours, j’avais écrit une dizaine de pages de notes, tout en polonais. À l’époque, je ne parlais pratiquement pas anglais, mais je suivais des cours auprès d’une jeune Polonaise installée à Londres et qui m’apprenait les bases de la langue. Elle m’a aidé à traduire mes notes et à les mettre en forme comme un scénario. Avec ces quelques pages, je suis allé voir un producteur américain relativement connu, Judd Bernard, qui avait fait de très bons films et vivait à Londres. Judd Bernard a lu le scénario devant moi et l’a trouvé très bon."

Un voisin célèbre

Lorsqu'il entama l'écriture du scénario de Deep End, Jerzy Skolimowski avait comme voisin Jimi Hendrix.

Trouver le bon Mike

Pour le rôle de Mike, l'équipe du film a auditionné plusieurs douzaines de garçons. Jerzy Skolimowski se souvient : "À l’instant où John Moulder-Brown est entré dans la pièce, j’ai su que c’était lui. Il possédait un je-ne-sais-quoi dans sa façon de bouger, sa timidité, son comportement, qui m’a convaincu instantanément. Le personnage de Mike ressemble un peu au héros de l’un de mes films précédents : Le Depart. Jean-Pierre Léaud y jouait le rôle d’un jeune homme qui se cherche, pris dans les affres de l’adolescence."

Amoureuse d'un Beatles

Lors du tournage de Deep End, Jane Asher avait pour petit ami un certain Paul McCartney.

Sans répétitions

Deep End s'est tourné sans répétitions préalables, comme nous l'explique le réalisateur : "Nous n’avons pas du tout eu le temps de répéter. Il a fallu sauter dans l’avion tous ensemble et nous sommes arrivés à Munich à la veille du tournage. Impossible de tester l’alchimie entre les deux acteurs : s’ils fonctionnent si bien ensemble, c’est uniquement par chance ! Ils ne se connaissaient pas, ne s’étaient jamais rencontrés auparavant, mais ils étaient très intelligents et se sentaient parfaitement à l’aise dans leurs rôles."

De l'improvisation

A cause du manque de répétitions, les dialogues du film sont largement improvisés. "Lors du tournage, Diana Dors a improvisé le tiers, voire la moitié, de ses répliques. Et avec quel talent ! Grâce à son sens de l’humour et à sa générosité, elle s’est laissée diriger dans un registre que beaucoup d’actrices refuseraient, un registre presque grotesque. Ce sont ces improvisations, associées au fait qu’il n’y avait ni répétitions ni scénario fini, qui ont permis à Deep End de paraître si vivant. Cela a déterminé la forme même du film. Je jetais mes idées devant la caméra, j’accueillais les propositions et les solutions alternatives avec bienveillance. C’est à cause de ces choix instinctifs que le film paraît très leste, très libre. Il ne possède pas de lourdeur", confie Jerzy Skolimowski.

Un fantasme d'adolescent

Jerzy Skolimowski explique les raisons qui l'ont poussé à choisir Diana Dors, considérée comme la Marilyn Monroe anglaise, pour le rôle de la cliente : "Je dois avouer que sa participation est entièrement de mon fait. Jeune homme, je l’avais beaucoup admirée dans ses films des années 50. C’était littéralement une bombe sexuelle ! Elle était si belle, si sexy, si attirante, qu’elle m’avait laissé une sacrée impression."

Problème de neige

Pour l'une des scènes principales du film, la neige devait tomber à gros flocons. Ce qui aurait pu être un processus compliqué, a finalement était plus facile que prévu. "Fin avril, j’étais de retour à Munich, prêt à tourner. Il n’y avait pas la moindre trace de neige. Le printemps s’était installé, les oiseaux chantaient et les feuilles des arbres étaient vertes. Nous avions prévu de commencer par l’épisode du diamant dans le jardin enneigé. Nous avions donc délimité une zone qu’il fallait couvrir de neige artificielle. Soudain, le matin du 27 avril, avec ma chance légendaire, j’ai vu qu’il se mettait à neiger ! Nous avons pu tourner toute la séquence avec de la vraie neige ! Si on regarde la scène de près, on se rend compte que la neige fond très rapidement. Nous avons tourné de 8 heures du matin à 4 heures de l’après-midi, quelque chose comme ça. À la fin de la journée, l’épaisseur de la neige diminuait entre chaque prise. Le film donne l’impression qu’on a vraiment tourné en hiver", raconte le réalisateur.

Tourner à Londres

Bien que Deep End se déroule entièrement en Angleterre, le film a largement été tourné à Munich. Pour des raisons évidentes, l'équipe du film a quand même dû s'envoler pour Londres durant quelques jours, comme l'explique Jerzy Skolimowski : "Il était important de filmer la façade extérieure des bains publics anglais, car l’architecture des bâtiments en Allemagne ne correspondait pas. Les seuls intérieurs que nous avons filmés dans les bains de Londres sont les scènes autour de la piscine. Nous avons aussi tourné, à Soho, toute la séquence qui a lieu dans la rue avec la devanture peinte en jaune. La scène du métro a dû également être tournée à Londres, pour des raisons évidentes. On voit dans cette scène l’obsession grandissante de Mike et le fait qu’il perd les pédales. Son comportement déraille, il nage en plein fantasme. En tournant cette scène, on ne savait pas jusqu’où ça irait !"

Artiste dans l'âme

Jerzy Skolimowski est peintre, ce qui confère à son œuvre un style pictural très prononcé. Par exemple, dans Deep End, les couleurs sont volontairement criardes et la chevelure de Jane Asher, plus rousse qu'à l'accoutumée.

La musique

Jerzy Skolimowski n'a pas hésité une seule seconde lorsqu'il a eu l’opportunité de travailler avec Cat Stevens et Can. Le réalisateur raconte comment s'est déroulée leur collaboration : "J’ai rencontré Cat Stevens plusieurs fois à Londres et nous avons parlé du film. Il a composé la chanson-titre exprès pour Deep End. Je lui ai soumis l’idée des paroles "But I might die tonight" ("Je pourrais mourir ce soir"), et il les a brillamment intégrées ! C’est également lui qui a composé les petits intermèdes instrumentaux, ces morceaux presque accidentels. J’étais présent pendant l’enregistrement. Quant à Can, toute la séquence de Soho correspond à une longue piste de leur musique. Je crois qu’ils m’ont présenté plusieurs démos, peut-être seulement des ébauches, et j’ai choisi ce morceau-là, Mother Sky, en leur demandant explicitement de rallonger la piste afin qu’elle dure pendant toute la séquence."

Un film intemporel

En 2010, Jerzy Skolimowski s'est prononcé sur l'intemporalité du film : "En revoyant Deep End après tant d’années, je suis surpris par sa fraîcheur. Le film ne vieillit pas. Avant tout, nous avons bénéficié de beaucoup de chance, d’une bonne alchimie et d’un enthousiasme général. On était persuadés de construire quelque chose de particulier, de spécial. Je crois que je peux être très fier de ce film."

Un teen movie

Selon le réalisateur Nicolas Saada (Espion(s)), Deep End est un "film virtuose mais jamais poseur, sexy en diable, drôle et désespéré". Une oeuvre "au charme fou dissimule une puissance métaphysique qu’elle ne révèle que dans ses dernières images", affirme-t-il.

Cinéaste exilé

Comme son compatriote Roman Polanski, Jerzy Skolimowski n'a jamais vraiment habité en Pologne. A cause de la seconde guerre mondiale puis de la guerre froide, il a passé une grande partie de son existence exilé en Europe de l'ouest et en particulier en Allemagne de l'Ouest et en Angleterre.
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