Après des vacances bondiennes (« Spectre » étant à ce jour l’ultime aventure de 007), la trilogie « Rambo » en compagnie du docteur italien Franco Columbu (ami de Schwarzenegger et entraîneur de Sly pour ces trois films !!), me revoilà partie pour mon cycle W après le premier film issu de ma liste, « Winchester 73 ». C’est donc en cette fin d’été que je viens de voir pour la première fois un film de Delmer Daves. « La flèche brisée » : surprise totale de ma part.
Histoire : Arizona, 1870. Tom Jeffords, lassé de la guerre sanglante entre Apaches et blancs, va proposer la paix au chef Cochise. Le traité signé, le destin en sera changé à jamais.
Tiré du roman éponyme le plus connu d’Elliott Arnold, le scénario décoche toutes ses flèches et ne s’égare pas du chemin. Le scénariste original, Albert Matz, est non crédité car inscrit sur la liste des indésirables pour le sénateur Joseph McCarthy. Daves a donc dû recharger son calibre et d’engager un certain Michael Blankfort, auteur notamment de « La loi de la prairie » (avec James Cagney). Le providentiel Delmer tourne ainsi le premier western considéré comme pro-indien. Le futur réalisateur de « 3:10 to Yuma » prend parti en montrant les indiens comme tout homme blanc : civilisé, éduqué et qui a le sens de l’honneur : l’homme blanc garde son colt, l’indien, son arc et ses flèches. Le personnage principal (Jeffords –magnifique James Stewart !), attiré par les vertus de Cochise se mariera même avec une indienne, incarnée par Debra Paget (révélée par « La flèche brisée », on la retrouvera danseuse dans le diptyque de Fritz Lang « Le tigre du Bengale »/« Le tombeau hindou »), et épousera la cause des Apaches sans renier ses origines. A ce sujet, on peut voir certains rites et danses reflétant parfaitement la réalité, le metteur en scène de « La colline des potences » ayant participé dans sa jeunesse à des séjours chez les Navajos. En cela, « La flèche brisée » est considérée comme un document ethnologique reconnu par l’ONU. Delmer prend son arc et à moi de lui donner toutes mes flèches. Pardon, félicitations.
Le film tout entier étant consacré à l’humain, on ne peut que saluer la performance d’Albert Matz pour avoir mis en valeurs des hommes et des indiens vils et perfides, tout comme des blancs et Apaches bons et loyaux. En cela, « La flèche brisée » est pionnier du genre néo-western qu’incarne à merveille le « Little big man » d’Arthur Penn, « Les cheyennes » de John Ford, ou plus récemment, le « Danse avec les loups » costnerien. Delmer Daves signe donc ici un film avant-gardiste porté par deux acteurs blancs. Lesquels ?
James Stewart, non scalpé !, excellentissime dans le rôle du messager Tom Jeffords. L’acteur habitué à des comédies plus légères pour Lubitsch ou Capra entame dès les 50’s un tournant de carrière puisqu’il s’essaye au western. Essai concluant puisqu’en deux films seulement (« La flèche brisée », « Winchester 73 »), il impose sa carrure et sa stature tel un nouveau héros. Hitchcock et Preminger n’en seront que plus ravis ! Dans le rôle de Cochise, on retrouve Jeff Chandler (l’autre blanc du film), charismatique et imposant, qui jouera de nouveau ce rôle pour George Sherman (« Au mépris des lois »). Avec également Jay Silverheels (acteur indien qui a débuté sa carrière aux côtés d’Errol Flynn dans « L’aigle des mers » !) qui tient la baraque dans le mini-personnage de Geronimo, frondeur du traité signé par le chef Cochise.
Le western fabriqué par Delmer Daves s’inscrit également logiquement dans la plus pure tradition des westerns puisqu’il comporte son lot de chevauchées, de gunfights, d’une musique lancinante au possible (qui est par ailleurs totalement vieillotte) et d’une belle photographie d’Ernest Palmer (collaborateur de Borzage, et suppléé par J. Watson Webb Jr officiant comme monteur pour Henry Hathaway) en Technicolor, appuyé par le propos de Delmer lui-même, calumet de la paix oblige. Le réalisateur innove même pour la voix off –qui nous raconte l’histoire très bien appropriée au thème général– ainsi que pour le final en trouvant chez James Stewart le faciès qu’il convoitait (voir le film pour s’en apercevoir) dans la loyauté du personnage qu’il incarnait avec une facilité déconcertante. Ugh !
Pour conclure, « The broken arrow » (1950), de son titre originel, est donc un western novateur qui brisa les conventions établies par John Ford (« La chevauchée fantastique ») pour investir un nouveau genre (le néo-western) brillamment mis en scène par Delmer Daves et ici interprété par le duo Stewart-Chandler. Un petit classique donc.
Spectateurs en manque de winchesters, en-jamesstewart-isez vous !